Memorias. Congreso Mundial PEN. Septiembre de 2008 - PARTE 2

Texto con traducciones 31 de agosto



Discours de Jiří Gruša, Président du PEN International

17 septembre 2008

Chers collègues :

Permettez-moi de remercier tout d'abord les organisateurs, spécialement Mme Cecilia Balcázar qui a insisté pour maintenir sa proposition de nous réunir ici, dans ce pays. L'idée de nos fondateurs, que la liberté des mots signifie se libérer de la haine, a une raison profonde. La vision dichotomique du monde, les interprétations en noir et blanc sont le véritable problème de notre époque. C´est parce que nous sommes devenu chaque jour plus petits que nous avons besoin de la diversité comme dénominateur commun et pas comme le moindre, mais plutôt comme le plus fin. Et dans ce sens, vous avez Cecilia, représenté la sensibilité en relation avec ce qui vous est propre et la compétence communicative vers l´extérieur. De nouveau merci.

Nous sommes maintenant ici à Bogotá à réfléchir sur la littérature dans un monde qui est devenu le monde de l'image, sur la liberté d'expression parmi tant de prétendus prophètes qui revendiquent l'assassinat altruiste. Nous mettons l'accent sur l'individualité devant les rituels de masses. Nous sommes des poètes, des essayistes et des romanciers entourés de ceux qui alimentent le rêve de tout ce qui est nationaliste.

Le terrorisme est de nos jours comme un fantôme d'évangile qui tente d'instaurer un salut satanique pour toute l'humanité. Il est notre adversaire du fait que nous proposons la déconstruction analytique de ses présupposés et non l'organisation d'une croisade d'actions non créatives. C´est une grande satisfaction que quelqu´un d´autre ait assumé le cas d´Ingrid Betancourt et que sa libération soit le résultat d'un exercice intelligent et courtois du pouvoir.

Félicitations. Nous voulons en outre exprimer l'espérance que ce ne soit pas le dernier triomphe sur le chemin de l'obtention passionnée de la paix.

Ayant été réélu président pour mon second mandat qui sera le dernier, je voudrais ébaucher ma vision de ce qui reste à faire. Je voudrais en particulier évoquer les thèmes fondamentaux du PEN.

Nous avons maintenant un secrétariat vigoureux qui assure notre efficacité pour connecter autant de centres que possible afin qu'ils travaillent unis. Nous avons développé de nombreuses activités littéraires plutôt que de nous concentrer sur les règles et les statuts. Il était bien évidemment nécessaire de montrer que ces changements s'effectuaient de façon transparente en les présentant à l'Assemblée pour qu'elle les approuve.

144 centres PEN existent actuellement dans 105 pays. Ils ont tous pour objectif commun de travailler à promouvoir la littérature, à défendre la liberté d'expression et à développer une communauté d'écrivains. Ils se sont constitués sur la base des règles du PEN, qui ont évolué avec le temps. Ces règles sont partiellement obsolètes car le PEN vit non seulement à l'ère de la plume mais de plus en plus à l'ère de la souris. Ses racines européennes, se sont en outre affaiblies –nous nous convertissons en une organisation posteuropéenne, présente sur tous les continents et dans toutes les cultures–. C´est le message pour mon successeur, je le prie de se rendre compte de ce nouveau positionnement, de cette nouvelle distribution. Nous allons recevoir des nouvelles ressources intellectuelles dont nous avons tant besoin. Permettons que nos racines renforcent le corps pour faire naître de nouveaux bourgeons. C'est pour cette raison que je suis si décidé à organiser dès que possible le Congrès au Japon.

Je soutiens l'idée du Secrétariat pour que la formation de centres tienne compte des langues ou des diasporas des communautés si elles peuvent prouver qu'elles sont compatibles avec les larges idéaux que nous représentons : il est pour autant recommandable de chercher la façon de mettre en pratique un ensemble de rangs intérimaires et de solutions temporaires. Peut-être pouvons-nous chercher dans le champ de nos langues de travail celles qui ont une utilité géographique. Dans ce sens, je vous remercie de suggérer des recommandations au Comité qui proposera de nouveaux critères à l'Assemblée de Linz en 2009. Je pense en outre qu'il est intéressant de considérer mon ancienne proposition de donner un dénominateur géographique à chaque membre du Comité.
 (...)
Un certain nombre de centres sont… endormis, il est pour eux nécessaire d'appliquer une solution rapide car nous avons plus besoin de qualité que de quantité… Avoir des Centres qui représentent les valeurs du PEN signifie définir le PEN par l'intermédiaire de leur existence plus que par leurs mots.
(…)
Le retour de vieux rituels obsessifs dans notre vie quotidienne est décourageant. Parce qu'on en revient à considérer la valeur des mots comme s'il s'agissait d'un seul mot, d'une seule vérité, d'une seule race, d´une seule foi. (…)
Je décris ici la plus ancienne aspiration de la littérature, son code prophétique. Notre code est polyvalent. La valeur des mots ne signifient pas –nous l´espérons– que nous connaissons le sens de l'Histoire ; nous cherchons le consensus entre les récits. Nous sommes intéressés par la narration, non par le salut ; par la libéralité, non par les plaintes agressives. Car, qu'est-ce qu'implique notre croyance en la liberté d'expression si ce n'est la tolérance pour tenir compte de différentes fictions, de différents contes de fées ?

Parce qu'en tant qu'écrivains, nous n´avons pas tant autorité pour le discours militant mais plutôt pour les mots créateurs dans différentes langues. Voilà notre source d'énergie, celle qui défie les systèmes déshumanisés semblables à la vieille KGB, ou à toute autre tenue qui les habille.

Provenant d'un petit pays qui a sauvé avec difficulté sa langue pour produire plus tard grâce à elle de grandes oeuvres, je peux imaginer que des possibilités existent pour que notre façon de penser et d'écrire, dans ce monde qui devient si petit, soit de nouveau ce qui préserve la sagesse polyvalente de la vie. Que la littérature construise des projets et des vérités créatives au lieu de proclamations comme celles du Kremlin. Qu´elle ne produise pas de momies mais plutôt la versatilité de la poésie. Cela peut sembler ardu et il est possible que nous soyons entrés dans un siècle qui ne sera pas meilleur que celui que nous venons de conclure.

Les absurdités stupides sont de retour. La lutte hégémonique des agents secrets ; l'orgueil nationaliste ; la foi dans une mission impériale et le boniement héroïque qui l'accompagne. Tout cela est de retour et devient une brutalité admise. Ils ont déjà causé des dommages énormes. Et les personnes qui les signalent se retrouveront sans nom, seront qualifiées de diffamateurs, de menteurs, seront empoisonnées ou abattues. Pensez à Politkovskaja et à Aung San Sun Ky.

Ces auteurs ne sont pas seulement nos parents ; ils sont notre raison d'être. Ils sont les citoyens d'une mégalopole croissante, celle de la civilité. Le lieu où l´éthos et la beauté ne s'affrontent pas, ou le courage et la gentillesse cultivent la liberté comme une catégorie de pouvoir propre aux individus évolués.



Palabras de Enrique Santos Molano, presidente del PEN Colombia
“En nombre del Pen de Colombia, les doy [a los delegados de los ciento cuatro países asistentes] la más cariñosa y cordial bienvenida a Bogotá, ciudad que ustedes honraron al escogerla como sede del septuagésimo cuarto Congreso Mundial del Pen International, y que hoy enaltecen con su presencia. Nunca antes se habían reunido en esta capital tantos intelectuales importantes de tan diversos países, ni tantos excelentes trabajadores de la palabra.
            Debo reiterar a nuestra presidenta emérita, Cecilia Balcázar de Bucher, la gratitud y el reconocimiento del Pen de Colombia por el esfuerzo que ha realizado y por el coraje invencible con que asumió un reto de tal magnitud.
            El papel de la palabra es el lema y el tema de este septuagésimo cuarto Congreso Mundial de los escritores del Pen.  Como la palabra nace de la libertad de expresarla, debemos preguntarnos:  ¿cuál es el papel de la palabra en estos días en que esa libertad, sin la que no puede existir, está amenazada donde quiera, y por distintos enemigos, unos declarados y otros embozados, y a veces más peligrosos estos que aquellos? Quizá la campaña larvada contra la libertad de expresión puede sintetizarse, gráficamente, en la forma como, hace unos días, las fuerzas de seguridad emplearon diez gorilas para arrestar en Saint Paul, Minessota, a la periodista Amy Goodman, de cincuenta y dos años, que intentó impedir la detención arbitraria de dos de sus colegas que cubrían las manifestaciones de protesta contra la Convención Republicana. Como excusa para su arresto se la acusó --ni más ni menos-- que de estar propiciando actividades terroristas. El terrorismo es la acción más cobarde y execrable que existe; pero no es menos cobarde ni peligroso por parte de quienes lo combaten, convertirlo en una maza para aplastar a cualquiera que pretenda disentir, denunciar, protestar o simplemente hablar con franqueza. Los derechos humanos  pasan hoy por actividades terroristas, según la óptica del gran hermano que vigila para protegernos de las actividades terroristas, y de la de esa otra cantidad de pequeños hermanos que le ayudan en su fraternal tarea de vigilancia.
            Estamos viviendo una era de medioevo tecnológico. En la pasada Edad Media las brujas eran el enemigo y la brujería el motivo plausible para perseguir la libertad de expresión y ahorcar y quemar la palabra. Todo el que no le caía en gracia al amo de la aldea o al señor del castillo era señalado de brujo y las consecuencias de este señalamiento escabroso eran la tortura y la muerte, o en el más amable de los casos, el desplazamiento forzoso. Hoy, en el alto medioevo tecnológico, simplemente se ha cambiado de terminología. Ya al que quiera pensar por su cuenta o hablar con libertad, no se le señala de brujo, sino de terrorista.
            ¿Cuál podría ser entonces el papel de la palabra en estos tiempos en que una nueva y más siniestra capa de oscurantismo se extiende por el mundo? Sin duda el mismo papel heroico que cumplieron en la edad oscurantista anterior los que manejaban la palabra. Pelear en todos los terrenos para evitar que quienes se sienten incómodos con la libertad de expresión, terminen por aniquilarla y por silenciar la palabra, será la única forma de encaminar la Humanidad hacia un nuevo Renacimiento.
            De nuevo les manifiesto a nuestros huéspedes ilustres la cálida bienvenida que les da Bogotá, como la ha expresado con elocuencia el señor alcalde de la ciudad, y declaro inaugurado el septuagésimo cuarto Congreso Mundial del Pen International”.


Address of Mr. Enrique Santos Molano, President of PEN Colombia
74º Congress of International PEN
September 18th, 2008


On behalf of PEN Colombia, I cordially and warmly welcome you [delegates of the 104 attending countries] to Bogotá, a city that you have honoured by choosing her as the seat of the 74th World Congress of PEN International, indeed a city that you enhance with your presence.  Never before had so many important intellectuals from such different countries, or so many excellent wordsmiths, met in this capital city.

I must again express to our President Emeritus, Ms Cecilia Balcázar de Bucher, the thanks and recognition of PEN Colombia for the effort she has made and for the invincible courage with which she took on so great a challenge.

The role of the word is the motto and theme of this 74th World Congress of PEN writers.  Because the word is born of the freedom to express it, we must ask ourselves what is the role of the word in these days when this freedom, without which words could not exist, is under threat everywhere and from different enemies, some declared and others masked, with these last sometimes more dangerous than the others?  Perhaps the covert campaign again freedom of expression is portrayed by the way, some days ago, a ten man strong security force was employed to arrest 52-year-old newswoman Amy Goodman in St. Paul, Minnesota as she tried to prevent the arbitrary arrest of two of her colleagues who were covering a demonstration against the Republican Convention.  To justify her arrest she was accused of encouraging terrorist activities, no less.  Terrorism is the most cowardly and execrable action that exists; but it is no less cowardly or dangerous for those who fight against terrorism to then proceed to wield a bludgeon and use it to crush any person who wishes to dissent, denounce, protest or just speak out.  Human rights are now a terrorist activity in Big Brother’s eyes (vigilant as he is to protect us from terrorist activities) and in the eyes of the many little brothers who aid him in his fraternal task of vigilance.
We are living in a time technological obscurantism, a new Middle Ages.  Before, witches were the enemy and witchcraft the plausible cause for persecuting free speech and strangling and burning the word.  Whoever was not in the good grace of the local strongman or the lord of the castle was called sorcerer or witch; and the consequences of this maledictory finger pointing were torture and death, or in the kindest case ostracism.  Now, in the technological high Middle Ages, we have simply changed the words: now whoever wishes to think for herself or himself and speak freely is no longer called a witch but a terrorist.
What could then be the part of the word in these times when a new and more sinister layer of obscurantism mantles the world?  Certainly the same heroic role played in the previous Dark Age by those who cared for words.  To fight on all terrains to prevent those who feel uncomfortable with free speech from annihilating it and silencing the word, for that will be the only way to set Humanity on the path of another Renaissance.
*****
Again, to our illustrious guests— and echoing the eloquent words of our Mayor—please receive a warm welcome from Bogotá.   I hereby declare open for business the 74th World Congress of PEN International.


Discours de Enrique Santos Molano,
74° Congrès Mondial du Pen International

Au nom du Pen de Colombie, je donne [aux délégués des cent quatre pays participants] la bienvenue la plus chaleureuse et cordiale à Bogotá, ville que vous avez honorée en la choisissant comme siège de ce 74e Congrès Mondial du Pen International, et que votre présence aujourd’hui exalte. Jamais cette capitale n’avait accueilli en même temps autant d’écrivains importants d’autant de pays divers, ni autant d’excellents travailleurs de la parole.
            Je réitère la gratitude et la reconnaissance du Pen de Colombie à notre présidente émérite, Cecilia Balcázar de Bucher, pour l’effort qu’elle a réalisé et pour le courage invincible avec lequel elle a entrepris une tâche d’une telle grandeur.
            Le rôle de la parole est slogan et thème de ce 74e Congrès Mondial des écrivains du Pen.  Si la parole naît de la liberté pour l’exprimer, nous devons nous demander : ¿quel est le rôle de la parole  à une époque où cette liberté, sans laquelle elle ne peut exister, est menacée partout et par des ennemis divers, les uns déclarés, les autres dissimulés, ces derniers étant souvent plus dangereux que les premiers ? La campagne larvée contre la liberté d’expression pourrait être synthétisée graphiquement par la façon dont, il y a quelques jours, à Saint-Paul, Minnesota, les forces de l’ordre ont employé dix gorilles pour arrêter Amy Goodman, journaliste de cinquante-deux ans qui avait tenté d’empêcher l’arrestation arbitraire de deux de ses collègues alors que ceux-ci couvraient une manifestation en marge de la convention du Parti Républicain. Ils ont donné pour excuse de son arrestation qu’elle était accusée ni plus ni moins que de favoriser des activités terroristes. Le terrorisme est l’action la plus lâche et la plus exécrable qui puisse exister ; mais ce n’est pas moins lâche que ceux qui le combattent en fassent une massue pour écraser quiconque ose ne pas être d’accord, dénoncer, protester ou simplement parler avec franchise. Les droits de l’homme passent aujourd’hui pour des activités terroristes, selon l’optique du Big Brother qui nous surveille pour nous protéger des activités terroristes, et selon celle de tous ces autres petits frères qui l’aident dans sa tâche fraternelle de surveillance.
            Nous vivons à une époque de Moyen Âge technologique. À l’ancien Moyen Âge, les sorcières étaient l’ennemi et la sorcellerie était le motif plausible pour poursuivre la liberté d’expression et pour pendre et brûler la parole. Tous ceux qui ne plaisaient pas au seigneur du village ou du château étaient qualifiés de sorciers, et les conséquences de cette qualification scabreuse étaient la torture et la mort, ou, dans le meilleur des cas, le déplacement forcé. Aujourd’hui, dans le Haut Moyen Âge technologique, la terminologie n’a fait que changer. Celui qui veut penser ou parler librement, n’est plus qualifié de sorcier, mais de terroriste.
            Quel pourrait être, alors, le rôle de la parole à cette époque où les nouvelles ténèbres de l’obscurantisme envahissent le monde? Elle jouera, certainement, le même rôle héroïque qu’ont rempli à l’ère obscurantiste précédente ceux qui géraient la parole. La seule façon d’acheminer l’Humanité vers une nouvelle Renaissance sera de se battre sur tous les terrains pour éviter que la parole soit anéantie et étouffée par ceux qui sont mal à l’aise dans la liberté d’expression.
            Je renouvelle à nos illustres participants l’accueil chaleureux que Bogotá leur réserve, comme l’a manifesté avec éloquence le maire de la ville, et je déclare ouvert le 74e Congrès Mondial du Pen International.

Clarisa Ruiz Correal, directora de Artes Ministerio de Cultura hace una exposición sobre los programas del Ministerio destinados a democratizar la cultura.

Samuel Moreno Rojas, Alcalde Mayor de Bogotá,  habla para los asistentes que no conocen el PEN y les da una visión de la organización.

Presentación del grupo de música andina colombiana. Conjunto Pentagrama



5. MESA REDONDA: EL PAPEL DE LA PALABRA EN SU RELACIÓN CON LA JUSTICIA Y EN LA CONSTRUCCIÓN DE LA PAZ


Fundación Fescol
Comité de escritores en prisión – WIPC
Jueves 18 de septiembre

Presentación por parte del director Fescol, Hans Blumenthal
Participantes en la mesa: Camilo González, León Valencia y Alfredo Rangel


5.1 Sobre la Fundación Fescol
La Friedrich Ebert Stiftung en Colombia (Fescol) inicia sus actividades en el país en noviembre de 1979, convirtiéndose a través de los años en un espacio democrático de reflexión y análisis del país. Trabaja de manera prioritaria y sistemática en el fortalecimiento de la democracia y en promover la consolidación del Estado de Derecho y el pleno respeto a los derechos humanos.
Para el cumplimiento de sus objetivos, FESCOL  trabaja junto a las organizaciones de la sociedad civil en el análisis del conflicto y la elaboración de propuestas para su superación; también desarrolla proyectos para fortalecer los procesos de reforma política, social y territorial. Así mismo, busca reforzar la inserción internacional de Colombia y la seguridad e integración regional. Junto a los movimientos sociales, aporta al fortalecimiento de la cultura democrática, desde una perspectiva incluyente y de equidad social.
Las principales actividades están centradas en la educación pública, a través de estudios científicos y debates con representantes de la vida política, instituciones gubernamentales y organizaciones no-gubernamentales, universidades, medios de comunicación y del mundo diplomático.
5.2 Biografía de los participantes
           
Camilo González Posso

Ex ministro de Salud (1990-1992), durante la administración del presidente César Gaviria (1990-1994). Presidente del Instituto de Estudios para el Desarrollo y la Paz (Indepaz) y jefe del periódico Punto de Encuentro. Ha colaborado de manera ocasional con el diario El Espectador.


León Valencia Agudelo

Director ejecutivo de la Corporación Nuevo Arco Iris. Autor y coautor de libros  como Miseria de la guerra, esperanzas de la paz (2005), Gente que conocí (2007), Parapolítica: la ruta de la expansión paramilitar y los acuerdos políticos (2007). Fue miembro del Ejército de Liberación Nacional (ELN). Valencia es columnista de los periódicos El Colombiano y El Tiempo.


Alfredo Rangel Suárez

Actual director de la Fundación Seguridad y Democracia. Autor de varios libros, artículos y ensayos sobre el conflicto armado y los procesos de paz en Colombia. Columnista del periódico El Tiempo y de la revista Semana.








5.3 Palabras de bienvenida de Cecilia Balcázar

Agradece a la Fundación Fescol al darle acogida al Comité de Escritores en Prisión del PEN Internacional y al patrocinar el foro sobre El papel de la palabra en su relación con la justicia y en la construcción de la paz, tema del Congreso.  Dice que el lenguaje define el ámbito en el que se aplica la justicia;  que construye, desde la ideología que lo articula, las formas de vida que propician la paz, o que definen los campos irreconciliables del conflicto. La palabra proyecta la identidad del otro como antagonista que puede entrar en el diálogo o como enemigo irreconciliable que es necesario eliminar.
Afirma que una de las labores principales del PEN es la defensa de la libertad de expresión y de los derechos de los escritores.  Informa que hay alrededor de mil casos anuales de escritores en la cárcel, perseguidos, censurados y que de alguna manera sufren la autocensura porque en sus países no se dan las condiciones de libertad para que puedan expresarse. Observa que en Colombia, desde el punto de vista de los escritores de novela y ensayo no se ha presentado contemporáneamente ninguna censura pero que sí hay casos de  señalamiento, persecución y  asesinato de periodistas.  Señala que la palabra, con su poder, conforma en el ámbito político de la nación un imaginario en el que viven las grandes mayorías, sin que existan interpretaciones discursivas fuertes y coherentes que se opongan a esa visión hegemónica.
También alude al hecho de que existe dentro de la legislación colombiana  una ley de injuria y calumnia que el PEN Internacional aboga por derogar en donde quiera esté vigente  por cuanto su interpretación puede dar lugar a fenómenos de censura.

Agradece a Hans Blumenthal por patrocinar el foro con la participación de Alfredo Rangel, Camilo González y León Valencia reconocidos y respetados analistas de la situación nacional.


5.4 Introducción de Hans Blumenthal

El conflicto en Colombia no sólo es el más antiguo, sino que presenta características especiales. El proceso que empezó hace unos años para tratar de superarlo también es sui generis. Colombia se encuentra en proceso de desmovilización, de uno solo de los grupos armados, el de  los paramilitares.  Este proceso ha sido coordinado por el propio gobierno.

En los últimos años ha habido además casos de deserción de la guerrilla y de reducción de la violencia.  Muchos creen que es el comienzo del fin del conflicto que existe desde 1964, aunque la violencia sea más antigua. Dos de los panelistas aquí presentes son muy escépticos aunque otro es más optimista.


5.5 Intervenciones de los participantes

Alfredo Rangel

Seguridad y democracia. La política del Presidente se llama Seguridad Democrática. Muchos critican que el concepto esté orientado a la acción militar y olvidan que también hay un componente de inversión social. Esta política ha logrado ubicar el tema de la seguridad en Colombia en el centro mismo de la agenda política nacional.

Es curioso señalar cómo, a pesar de que en este país que ha sido durante algunos años de los más violentos del mundo y de América Latina, en donde el tema de la seguridad era esquivo, se hayan dado una serie de circunstancias especiales, entre ellas los diálogos de paz entre el gobierno de Andrés Pastrana y la guerrilla de las FARC. El fracaso de esos diálogos se motivó por una actitud inconsistente de la guerrilla que los utilizó como una táctica política, apostándole al triunfo militar, en un momento en el que eran muy fuertes. El diálogo era algo accesorio, un instrumento de fortalecimiento político y militar. De otro lado, el Gobierno, no tenía una estrategia clara de negociación, no hizo una propuesta en la mesa de negociación y aspiraba a una paz sin costos.  Ese desencuentro entre una guerrilla que no quería la paz y un Gobierno que no tenía serias intenciones en alcanzarla degeneró en una ruptura y una pérdida de confianza de los colombianos en el instrumento de los diálogos de paz.

La población estaba pidiendo seguridad porque había un desbordamiento de las acciones de los grupos violentos, que atacaban la población civil, mediante secuestros, masacres y desapariciones. Uribe, el candidato presidencial, hacía énfasis en el tema de la seguridad y en la aplicación legitima de la fuerza del Estado para neutralizar a los grupos violentos, y por esa vía recuperar el disfrute de las libertades individuales y públicas para los ciudadanos que, sin seguridad, no son posibles de ejercer. El tema de la seguridad es básico en una democracia de opinión, de empresa, en conjunto, de los derechos humanos básicos.

Esta política estaba fundamentada en una mayor presencia del Estado en las regiones del país y una estrategia de debilitamiento de los grupos armados que no aceptaran un diálogo, una negociación con el Gobierno. Se trataba de un diálogo con las FARC más exigente que el del gobierno anterior.

En un primero momento, el Gobierno ofreció al que quisiera desmovilizarse unas condiciones básicas, entre ellas, un cese al fuego unilateral e incondicional y definitivo, que concentrara toda su tropa en un lugar del país. El Gobierno no iba a aceptar ninguna transacción política; sólo se iban a establecer unas condiciones de reinserción. Los únicos que aceptaron estos términos fueron los paramilitares, los guerrilleros no. Cerca de 32 mil se desmovilizaron, de los cuales 16 mil eran armados. Esto es un triunfo de la seguridad democrática, que contribuyó a la recuperación de la seguridad.

El Estado encaró a los grupos que no aceptaron su propuesta con una estrategia de confrontación que ha resultado efectiva; las FARC tenían 18 mil hombres hoy tienen menos de ocho mil. El ELN podría tener menos de mil combatientes. La guerrilla se redujo a menos de la mitad. Hubo una pérdida de recursos. Las FARC llegaron a secuestrar a 998 personas en un año para financiarse. En 2007 fue menos de la décima parte. Lo corroboran quienes han sido liberados. Ingrid Betancur cuenta sobre el estado de precariedad. La abundancia de algunos años atrás se ha ido perdiendo. También a habido una pérdida de control, por un desarrollo de las comunicaciones de la Fuerza Pública; se perdió la capacidad de comando y control de operaciones a nivel nacional. En conjunto hubo una desmoralización, con siete mil desertores.

Con la desmovilización de los paramilitares y el debilitamiento de la guerrilla, en Colombia estamos empezando a vivir el principio del fin de los grupos armados. En el país se ha recuperado la confianza en la inversión extranjera. En años anteriores era de 2500 millones de dólares y se ha pasado a 7500 millones de dólares. Esto ha traído un crecimiento económico que ha sido record, el año pasado un 7%. Se pasó de 18% de desempleo a comienzos del gobierno de Uribe a un 11% actualmente. Según la ONU, ha habido una reducción de la población en pobreza, mayor acceso en la cobertura de salud y más cupos escolares. Ha habido una mala percepción de esta política, porque sí se ha incrementado la inversión en seguridad, pero es proporcionalmente menor que el incremento del gasto social.

El mayor logro de la política es haber cambiado la percepción de los colombianos. Sentimos que vivimos en un país más seguro. También el mundo comienza a ver que Colombia es viable, que se pueden recuperar la seguridad y la paz.


Hans Blumenthal
Se dirige a Camilo González

Tu Instituto de paz trabaja sobre los grupos emergentes. Unos se van y otros emergen. En cualquier proceso de desmovilización, según estadísticas internacionales, hay un porcentaje de desmovilizados que vuelve al crimen y la violencia. Un 15% de los desmovilizados regresan. Es la cifra promedio internacional. ¿Cómo es este fenómeno, son los mismos paramilitares, o es una forma de mutación, es mafia, crimen organizado, o una mezcla de los dos?. ¿Cómo es el fenómeno de hoy?




Camilo González

Si hablamos de cifras, cuál ha sido el tamaño de la desmovilización. Primero, es un gran hecho que se haya presentado una dejación de armas de aproximadamente 32 mil integrantes de esas organizaciones, de los cuales una parte importante eran amigos, simpatizantes, gente de tercer nivel, pero hubo una parte importante que pertenecía a estructuras militares.

Antes de dar algunas cifras, quiero plantear una pregunta y una respuesta: ¿cuál ha sido  el papel de la violencia paramilitar en Colombia? ¿Esa función se ha cerrado? Lo que en Colombia se dio como un gran hecho fue el ascenso de un poder político y militar en función de un modelo de acumulación y de un control del Estado, con el propósito de fortalecer esos modelos de acumulación.

El capitalismo emergente, gracias al narcotráfico, se juntó con los políticos regionales, y a través de un lavado de activos recuperaron bienes. Se dio una gran proceso se acumulación muy violento. La lógica de los paramilitares no se puede ver en Colombia como la contra guerrilla centroamericana. Acá hay una relación entre el narcotráfico y sectores de la economía rural. 4,5 millones de hectáreas que cambiaron de mano. Ese modelo de acumulación tenía otros elementos, el poder político, las rentas públicas, las regalías. Alrededor de la ocupación territorial se han movido muchos intereses, los paramilitares controlan los departamentos donde hay regalías. En ese proceso ha habido un componente militar y un control territorial.

Después del año 2002 institucionalizaron el poder, integrándose a la legalidad. La desmovilización no fue el triunfo de una política, sino el de una guerra. Se desmovilizaron porque vieron que el proyecto ya no era importante en lo militar, pero preservaron redes de narcotráfico, entre el 50 y el 55% de las exportaciones de cocaína. Ha habido entonces guerras internas. Pasaron a la institucionalidad con una especie de amnistía.

Se necesita una estructura militar más pequeña, sicarios y preservar fuerzas, con una presencia en el 40% de los municipios de Colombia. Ya no tienen un discurso antisubversivo, ahora quieren desarrollar sus negocios.

El fenómeno del paramilitarismo, narcoparaestatismo, es un fenómeno más complejo que tiene mutaciones, que hizo énfasis en lo militar pero ahora continúa. De 1995 a 2001 descendió la tasa de homicidios en un 50%. Ese ciclo está decayendo pero estamos en presencia de esa lucha entre un funcionamiento racional de la economía, donde hay fuerzas empresariales e internacionales, con las fuerzas emergentes que tienen múltiples alianzas. Están recolonizando Colombia y repartiendo los recursos naturales. 

Los gobernantes están comprando predios de los desplazados en la zona de la Orinoquia, desde el poder político y con el apoyo de sicarios y paramilitares. Se podrían mencionar muchos macroproyectos donde se lavan activos, no sólo del narcotráfico sino de otros negocios ilegales. Eso no está en proceso de acabar, ni se va a hacer en este gobierno. Todos los partidos de la coalición tienen sus políticos en la cárcel o encausados por parapolítica, que defienden un capitalismo mafioso, en contradicción con muchos intereses.

Llevamos muchas estadísticas en nuestro instituto sobre cuál es la lógica de lo que ha estado pasando en las últimas décadas en Colombia. Si no hay sujetos políticos democráticos que hagan contrapeso a las estructuras de poder que se han construido en cincuenta años de violencia en Colombia no va a haber fin. En esta lógica no es el fin de la violencia. Después de cinco décadas de violencia no se debería pensar que lo más importante es la seguridad sino los derechos humanos.


Hans Blumenthal
Se dirige a León Valencia

En Bogotá, con la desmovilización de los paramilitares, comenzó el proceso de justicia y paz, de acuerdo a la ley de justicia transicional. Había una cantidad de versiones libres de paramilitares y una extradición de jefes paramilitares, y comenzó un proceso de verdad que llevó no solo a que los paramilitares confesaran, sino a la investigación contra muchos cómplices, de muchos sectores, especialmente del sector político. Vinculaciones criminales entre políticos y paramilitares. Hasta ahora hay 334 investigaciones contra políticos. ¿Se podría interpretar como un escándalo o como que finalmente está pasando algo?

León Valencia

Yo hablo desde dos condiciones:  estuve dentro del conflicto y después he tenido una vida civil y en paz; el país me ha recibido generosamente y he podido escribir de política o ficción; también he sufrido controversias, dificultades y persecuciones, pero tengo gratitud por lo que ha sido la sociedad conmigo. Hablo desde una posición muy pesimista del país. La relación entre guerra y paz en los últimos 25 años se ha divido en tres tercios, uno se va por la salida militar, otro por la salida negociada y el otro ha oscilado entre las dos posiciones. En los años noventa el tercio que estaba por la salida negociada se ganó al tercio vacilante y se iniciaron unas negociaciones que fracasaron; luego, el tercio que estaba por la salida militar se ganó al oscilante.

Hay un odio muy grande por las guerrillas. No sólo se está por la salida militar sino que muchos aplauden actos atroces. Hay un grado de degradación enorme, que es apoyado por sectores de la sociedad e, incluso, por la Iglesia Católica. El cadáver de Raúl Reyes desaparece y la sociedad está de acuerdo con este hecho.  Es una guerra larga, que se ha degradado del lado de la guerrilla y del Gobierno y de políticos que se alían con actores ilegales. Es un juego de espejos, donde los enemigos comienzan a parecerse. No hay límites en esta confrontación.

Criminales aliados con las familias más prestantes de Colombia. Familias prestantes se asociaron con los paramilitares. Hay tres millones de desplazados y otros más desaparecidos; es peor que la dictadura de Pinochet en Chile.  Esto refleja el pesimismo que hay sobre el tema.  

La Ley de Justicia y Paz, qué se está aplicando puede verse desde dos perspectivas: desde la seguridad o desde la reconciliación. Los procesos de desarme, desmovilización y reinserción están asociados con procesos de reconciliación. Acá ocurrió una cosa muy distinta al desarme: desmovilización y reinserción, no están asociadas a un proceso se reconciliación sino a un sometimiento a la justicia.   Hay desmovilización porque se reciben beneficios lo que es una ganancia desde el punto de vista de la seguridad, pero desde la reconciliación es un fracaso.

Las guerrillas comentan que no hay seguridad en Colombia. Se ahondó la desconfianza en un proceso negociado, sabiendo que es a partir de éste como se desprende una mejor democracia.

La institución que  dirijo tiene oficinas en todo el país. Vemos a las FARC en lo profundo de las montañas. Tienen un respaldo en los campesinos cocaleros. Hay FARC y ELN para rato. Desde Bogotá no se ve, porque es una isla; pero cuando uno se mete en las montañas hay guerra y los campesinos la respaldan. La sociedad colombiana los ha empujado allá, no tienen alternativa.

Estamos más lejos hoy que cuando se posesionó el presidente Uribe. Si miramos este lapso de tiempo como lo mira el doctor Rangel, podemos sacar el balance de que hemos ganado en seguridad y en inversiones, pero en esas condiciones hemos estado varias veces.

Hay negociaciones de paz que tienen un éxito relativo. El Frente Nacional fue el primer pacto y ofensiva nacional. El segundo fue en los noventa, en el que participé, un pacto de paz parcial con declaratoria de guerra. Y el tercero es ahora; se le tiende la mano a los paramilitares pero se inicia una guerra con las FARC. La violencia se multiplica.

 

¿ES POSIBLE UN PROYECTO DE RECONCILIACIÓN  PARA COLOMBIA?

(Este escrito se reelaboró en julio de 2009 sobre la base de la transcripción  realizada durante el evento)


Por León Valencia 
En Colombia no ha habido un proyecto para terminar la guerra y buscar la reconciliación nacional en los últimos cuarenta años.  Por mucho tiempo se ignoró el conflicto o se buscó darle un tratamiento exclusivamente militar. En los años ochenta del siglo pasado se inició la búsqueda de  acuerdos de paz y  durante veinte años se intentaron y se lograron negociaciones con organizaciones guerrilleras, pero al mismo tiempo se lanzaron grandes ofensivas contra los grupos que no entraron en las negociaciones, es decir,  se presentaron de manera simultánea procesos parciales de paz y declaratorias de guerra. Con la llegada del presidente Álvaro Uribe se impuso la idea de que era posible una solución militar al conflicto con las guerrillas y una desmovilización concertada de los paramilitares.
.
LA NEGOCIACIÓN PARCIAL

Esta situación se presentó de manera clara a lo largo de los años noventa del siglo pasado en el país.  Se realizaron ocho acuerdos de paz que tuvieron gran trascendencia como quiera que posibilitaron la incorporación a la vida civil de cerca de siete mil combatientes, empujaron la realización de la Asamblea Nacional Constituyente y la expedición de una nueva Constitución Nacional, propiciaron el surgimiento de nuevos movimientos políticos y sentaron las bases para nuevos esfuerzos de reconciliación nacional. 

No obstante se mantuvo el enfrentamiento con guerrillas históricas y de gran capacidad de fuego como las FARC y el ELN.  En el mismo tiempo tuvo gran auge la disputa armada entre el Estado y los carteles de la droga y se consolidaron los paramilitares y la parapolítica como proyecto nacional que aunaba élites regionales y grupos armados ilegales. El Estado no cesó en sus esfuerzos de paz y en diversos momentos hizo ofertas de negociación a las guerrillas y propuestas de sometimiento a la justicia tanto a narcotraficantes como a paramilitares. La confrontación con los narcotraficantes logró limitar y oscurecer el gran impacto de los acuerdos de paz  y también la persistencia del litigio con las otras guerrillas, pero no alcanzó a minimizar o borrar de plano estos procesos en la vida nacional.

Ambas realidades tenían su espacio y marchaban de modo paralelo en el país. Se gestó una incipiente legislación para la paz, pero a la vez se desarrollaron instrumentos legales para intensificar la confrontación militar. Se echaron a andar proyectos de reinserción económica y social que comprometieron algunos recursos del Estado, pero se duplicó el presupuesto de defensa.

LA SALIDA MILITAR

El presidente Uribe  convirtió el pulso militar en la  principal preocupación de los colombianos, la guerra ocupó el espacio y las iniciativas de negociaciones de paz jugaron un papel secundario y subordinado a las estrategias militares.

Esta ha sido la realidad durante de estos siete años no sólo por voluntad del Presidente sino por la dinámica que  se fue imponiendo al final de las negociaciones entre  Pastrana y las FARC y  también por el mandato de la opinión pública que mayoritariamente se pronunció por una salida militar para el conflicto.

Todas las fuerzas en contienda hicieron cambios fundamentales después de la ruptura de las negociaciones entre el Estado y las guerrillas  en el año 2002 y del ascenso del presidente Álvaro Uribe Vélez. El gobierno ha desarrollado ofensiva militar continuada en el oriente y en el sur del país para destruir a las guerrillas y una estrategia de pacificación del norte del país mediante una negociación con los paramilitares. En ese camino  les ha propinado grandes golpes a las fuerzas insurgentes y ha logrado una desmovilización parcial de las fuerzas paramilitares.

Los grupos guerrilleros dejaron los grandes centros de población y producción y se vieron obligados a replegarse a lo  profundo de las montañas, a buscar formas de supervivencia en medio de la ofensiva gubernamental y a transformar sus estructuras y sus modalidades operativas.

Esto, desde luego,  ha implicado un  gran esfuerzo fiscal y un crecimiento extraordinario de  la fuerza pública.  Pasamos de 3.6 puntos del PIB de inversión en defensa al terminar el gobierno de Pastrana a más de 5  puntos del PIB en la actualidad.  Las fuerzas militares y de policía saltaron de 260.000 efectivos a 440.000.  Así mismo recibimos año tras año una ayuda cercana a los 700 millones de dólares de Estados Unidos.

Animado por las victorias obtenidas –especialmente en el 2008 cuando dieron de baja a dos miembros del Secretariado y  realizaron la operación jaque que trajo a la libertad a 12 secuestrados incluida Ingrid Betancur- el gobierno abriga la ilusión de poner fin al conflicto armado con un desmantelamiento de las guerrillas al estilo del Perú en los años noventa. Para ello ha lanzado el llamado “Salto Estratégico”: un plan de despliegue de fuerzas y cerco a las guerrillas en seis zonas del país acompañado de una más intensa intervención social con apoyo crucial de Estados Unidos.

No obstante las guerrillas han mostrado a lo largo de este año que están lejos de su desaparición, están asimilando las derrotas y pueden recuperar alguna  iniciativa y llegar vivas a las elecciones del 2010. Las FARC recompusieron rápidamente el mando designando a Alfonso Cano como comandante general después de la muerte de  Manuel Marulanda y ordenando los reemplazos de los miembros del Secretariado que perdieron la vida. Así mismo transformaron las estructuras dividiendo sus fuerzas  en unidades más pequeñas y fluidas; intensificaron el uso de armamento artesanal y el minado de los territorios para compensar las pérdidas de recursos bélicos y las limitaciones del acceso al mercado negro de armas; se dispusieron a minimizar el riesgo en el enfrentamiento acudiendo a las emboscadas de hostigamiento, a la utilización de francotiradores y a las operaciones comando.

Estos cambios  les han dado algunos frutos. Desde la llamada “Operación Jaque” han recibido pocos golpes importantes: la muerte de 8 de sus efectivos y el desmantelamiento de una compañía que estaba operando en la región de Sumapaz en las afueras de Bogotá, lo mismo que el asedio  sobre algunas estructuras que operan en la Macarena y las  bajas de efectivos en esa zona. En cambio han elevado sus operaciones  saltando de sólo 571 acciones en el año 2008  a 614 en los primeros seis meses del 2009. Algunas de esas acciones han sido particularmente duras para la fuerza pública y para la población: las emboscadas al ejército a la policía en la Guajira, Arauca, Cauca, Nariño, Caqueta, Huila y Guaviare cobraron la vida de más de cincuenta miembros de la Fuerza Pública. La disminución de la fuerza de las FARC ha sido drástica, pero de 18000 efectivos que alcanzaron a reunir en el año 2002  aún conservan cerca de 11.000.  El ELN  por su parte se mantiene en una condición defensiva y poco relevante en sus acciones militares. Quizás sólo cuenten con un poco más de 2500 combatientes. Pero mantienen su mando central intacto y en algunas regiones donde han echado mano del narcotráfico están recuperando fuerzas y han empezado a crecer.

Los paramilitares se propusieron un ingreso a la vida civil y una preservación del gran poder económico, social y político que habían conquistado en todo el país, pero especialmente en doce departamentos, en asocio con buena parte de las élites regionales. Para ello buscaron y consiguieron un dialogo y una negociación con el presidente Uribe.

En ese proceso recorrieron la fase de desarme y desmovilización 37 grandes estructuras de las Autodefensas que agrupaban 31.607 miembros y entregaron 18.051 armas según las cifras del Alto Comisionado de Paz. Se disminuyeron de manera importante los factores de violencia en algunas  zonas en que hacían presencia estas estructuras. No obstante ni el gobierno pudo cumplir con la oferta de asignarles y mantenerles el carácter político  y cobijarlos en una ley de alternatividad penal, ni ellos dejaron de delinquir desmovilizando la totalidad de las estructuras, entregando las rutas de narcotráfico y disminuyendo su poder económico y político. El proceso entró en crisis y las negociaciones se rompieron. El presidente Uribe envió entonces a sus 14 principales jefes en extradición a los Estados Unidos y la unidad de justicia y paz de la Fiscalía General de la Nación intensificó la aplicación de ley 975 y la realización de las  versiones libres en las cuales se han reconocido 21.000 asesinatos, la realización de 132 secuestros y el reclutamiento de 380 menores.  

Las partes terminaron acusándose mutuamente de engaño y traición. La mayoría  de los 3700 postulados para la ley de justicia y paz desertaron del proceso y más de 4000 reinsertados volvieron a las actividades armadas. Estos se sumaron a los  grupos paramilitares que no habían ingresado  a la negociación y en algunas zonas se formaron nuevos  núcleos, dando origen a una realidad: hay una nueva generación de paramilitares que agrupa a 10.200 miembros  y tiene presencia en 246 municipios.

Paralelo al proceso de desmovilización, desarme y reinserción de las estructuras armadas de los paramilitares se abrió un gran juicio a los aliados políticos de estas fuerzas ilegales. La Corte Suprema de Justicia cumpliendo su mandato constitucional de investigar y juzgar a los parlamentarios y atendiendo a una demanda de Clara López Obregón  inicio la indagación sobre presuntos hechos irregulares en las elecciones parlamentarias del 2002 y en las locales del 2003. Ayudada por las investigaciones académicas sobre la parapolítica  ha podido vincular a los expedientes a 83 parlamentarios y a 22 ex -parlamentarios. Así mismo abrió el camino para que la Fiscalía pudiera también empezar  las investigaciones sobre dirigentes y grupos locales y regionales,  proceso en el cual ha logrado vincular a más de 400 líderes políticos. Las acusaciones van desde constreñimiento al elector hasta concierto para delinquir y otros delitos.

Pero a pesar de la magnitud del juicio penal a esta alianza macabra entre altos funcionarios del Estado  y los paramilitares  el costo político aún es muy poco o ninguno. El gobierno se opuso con todas sus fuerzas a que los congresistas y partidos vinculados a la parapolitica tuvieran una sanción inmediata por sus actuaciones mediante la figura de la silla vacía en el parlamento y la disolución de los grupos más comprometidos.  Los cinco partidos más afectados por la parapolítica presentaron a las pasadas elecciones locales 29.000 candidatos y  en muchos casos ampliaron su influencia. En general los grupos y dirigentes políticos vinculados a estos procesos siguen ejerciendo un importante poder en las regiones por mano propia o a través de otras estructuras o personas. El presidente Uribe mantiene a todas estas fuerzas en su coalición y está gobernando con todos ellos.

No es claro aún que entre los partidos y dirigentes de la parapolítica surgidos de las alianzas establecidas en el 2002 y en el 2003  y los nuevos grupos paramilitares existan relaciones activas, pero no es descartable que  que a corto o mediano plazo se vuelvan a buscar compromisos de mutua conveniencia. Ni los paramilitares ni la parapolítca están muertos.

Una fotografía de la actual realidad del conflicto nos dice que los logros de la política de seguridad democrática son indiscutibles y la intensidad de la confrontación entre las guerrillas y el Estado ha disminuido.  Las fuerzas paramilitares se han disuelto como estructura nacional, han perdido el ímpetu y la potencia que llegaron a tener al finalizar el siglo pasado y ya no tienen  la cobertura política y la legitimidad  que alcanzaron. Pero tanto las guerrillas como los paramilitares están vivos.

Lo más preocupante es que dada la crisis económica y el muy posible recorte o reorientación  de la ayuda financiera de los Estados Unidos el Estado no podrá mantener el actual ritmo de inversión en seguridad y defensa.  De otro lado están  las graves tensiones en la frontera con Venezuela y con Ecuador y la dura rivalidad que sostienen los  mandatarios de estas dos naciones con el presidente Uribe. Un estancamiento o disminución de la inversión en la guerra y una agudización de las disputas fronterizas  son  factores que pueden contribuir a la persistencia y a la reactivación de las guerrillas en el inmediato futuro, sin que ello signifique que vuelvan a convertirse en la amenaza estratégica que fueron a finales de los años noventa.

Es  improbable entonces que  el escenario del “fin del fin” del conflicto buscado por el actual gobierno se concrete.  Más posibilidad tiene un escenario de empantanamiento de la situación y de resurgimiento de expectativas de negociación.


ACUERDO CON TODOS Y RECONSTRUCCIÓN DEL PAIS


La experiencia internacional ha mostrado una y otra vez que un proyecto de reconciliación nacional tiene ocasión cuando el conflicto madura hacia un empate mutuamente doloroso o cuando la guerra sufre un empantanamiento tal  que ninguna de las partes ve, a corto plazo, la posibilidad de un desmantelamiento y destrucción de la otra. Se necesita otra condición: que en una de las partes surja un sujeto político con la suficiente autoridad para plantear la terminación de la guerra y para proponer “un final cerrado” para las negociaciones de paz.

La figura de “final cerrado” se utiliza para señalar que uno de los contendientes ha decidido atender las demandas de la fuerza contraria y se dispone a ir a la mesa de negociaciones para hacer una oferta integral de paz. Con la decisión de acoger las demandas del contrario se garantiza el éxito de las conversaciones, pero a la vez se adquiere estatura ética y política para conquistar aliados y luchar porque las demandas propias se hagan realidad en el curso de las conversaciones.

Un ejemplo preciso de “final cerrado”  lo dieron las guerrillas del M19, el EPL, la Corriente de Renovación Socialista y otros grupos que a principios de los años noventa acudieron a la mesa de negociaciones: habían tomado previamente la decisión de abandonar las armas y desmovilizarse -que es lo que el Estado y la sociedad espera de un grupo alzado en armas- a partir de allí conquistaron una gran solidaridad de la opinión pública cuestión que les permitió ser protagonistas de una reforma constitucional y realizar un exitoso proceso de reinserción.  Quizás un ejemplo de final cerrado de parte del Estado  lo dio en esa misma época El Salvador. La derecha salvadoreña con una activa participación de los Estados Unidos  ofreció una salida digna y un conjunto de reformas que satisficieron las expectativas del FMLN. Caso contrario ocurrió en las negociaciones entre el Presidente Pastrana y las FARC: ninguna de las dos partes llegó a la mesa con una propuesta de “final cerrado”. Ni las FARC habían tomado la decisión previa de desarmarse y desmovilizarse, ni el Estado tenía una oferta que apuntara a resolver exigencias claves de las FARC contenidas en los 10 puntos de su plataforma política. Esa fue, sin duda, una de las razones del fracaso de estas negociaciones.

La reincorporación a la vida civil en el marco de un proyecto de reconciliación implica que todas las energías del Estado, de la empresa privada y de la comunidad internacional, se concentran en superar las causas que dieron origen al conflicto, en la reconstrucción del país y en establecer incentivos económicos, sociales y políticos para quienes regresan a la vida civil.

En la Colombia de hoy  una decisión de “final cerrado” por parte del Estado implicaría construir un oferta de participación política de las guerrillas en la vida democrática  y un camino para la desmovilización completa de los paramilitares. Con una propuesta audaz se atenderían las demandas de la insurgencia y se las obligaría a pactar la finalización de la guerra que están perdiendo inexorablemente.

Una decisión de “final cerrado” por parte de las guerrillas implicaría que estas fuerzas ofrecen su desmovilización y se van a la mesa de negociación a pactar unas garantías políticas para su accionar democrático y algunos cambios en la vida de las regiones donde operan para legitimar su reincorporación a la vida civil. Cómo han tomado de antemano la decisión de pactar la paz concentran las energías en buscar un apoyo de la sociedad y de la comunidad internacional para sus demandas.

En cualquiera de estas dos variables el postconflicto se convierte en un proyecto concertado para superar la destrucción que ha dejado la guerra y para sanar las heridas que ha dejado la confrontación.

En Colombia los tratados de paz que más se acercaron a este modelo ideal fueron los de 1902 que proscribieron la guerra interna durante más de cuarenta años. En América Latina el ejemplo más reciente de reconciliación es el de El Salvador mediante la paz firmada en 1992

PARA ENCONTRAR UN PROYECTO DE RECONCILIACIÓN

En la iniciación de unas nuevas negociaciones  se debe garantizar que surja un verdadero proyecto de reconciliación del país, es decir, un proceso de paz integral que tienda la mano por igual a las élites regionales que auspician el paramilitarismo, a los nuevos paramilitares  y a las guerrillas. También que una de las partes llegue con un “final cerrado”  de modo que las posibilidades de éxito de las conversaciones estén muy por encima del cincuenta por ciento. 

En el centro de las negociaciones deben estar: la democracia, el narcotráfico y las tierras y deben apuntar a sacar la violencia y las mafias de la política. Deben comprometer tanto a las elites políticas nacionales y regionales que han apelado a la alianza con fuerzas ilegales para controlar el poder político desde dentro, como a las guerrillas, que le disparan a la democracia desde afuera de la institucionalidad.

Los gobiernos de Pastrana y Uribe nos han dejado una profunda lección: no es posible la reconciliación si se le tiende la mano a una parte de las fuerzas ilegales y se intenta la derrota y la humillación de las otras.  El presidente Pastrana concentró sus esfuerzos en la búsqueda de la paz con las FARC, hizo muy pocos esfuerzos en las negociaciones con el ELN y dejó a un lado a los paramilitares. El presidente Uribe  aspiró a un pacto definitivo con los paramilitares y a una destrucción de las guerrillas. Las dos estrategias han fracasado. La de Pastrana  de manera estruendosa. La de Uribe tiene logros en seguridad, pero un déficit enorme en reconciliación.


ES NECESARIO RECONSTRUIR LA INFRAESTRUCTURA DE MEDIACIÓN Y FACILITACIÓN.

En medio de la dura confrontación entre el Estado y las guerrillas que se ha dado a lo largo del gobierno del presidente Uribe se han destruido tanto las ideas y los conceptos de diálogo y negociación que se habían forjado como la infraestructura de facilitación y mediación que con tanto esfuerzo se había logrado.

En el afán de aislar políticamente a las guerrillas y golpearlas militarmente el presidente Uribe prevalido de su popularidad fue poco a poco destruyendo todas las estrategias y conceptos que se habían ensayado en los procesos parciales de paz que se habían logrado. Carácter político del conflicto, zonas de despeje o de encuentro para negociar, indultos y amnistías, incorporación con garantías políticas a la vida civil, algunas reformas como resultado de la paz, un programa de reinserción social y económico con un profundo contenido civilista,  todo esto ha perdido sentido en la opinión pública.

La oferta para las guerrillas que tienen en la retina los colombianos es la de la desmovilización, el desarme y el sometimiento a un proceso de justicia transicional.  Fue este el punto al que finalmente llegaron los paramilitares y es uno de los argumentos que se esgrime para sustentar la propuesta.

Pero ya vimos como incluso los paramilitares que tenían ingentes riquezas individuales, gran poder político dentro del Estado y una gama de relaciones  con las élites regionales, terminaron rompiendo el proceso  y rumiando la venganza en las cárceles o lanzados nuevamente a las actividades criminales, en el momento en que el proceso perdió todo cariz político y quedó exclusivamente en manos de los tribunales.

Ahora bien, la reducción de la oferta de negociación tiene también otras razones: la degradación de la acción de las guerrillas con la práctica del secuestro, la vinculación al narcotráfico y sus ataques a la población civil;  el auge de la lucha antiterrorista; las mayores exigencias de los estándares internacionales en la protección de los derechos humanos; y la internacionalización de la justicia.  No es nada fácil en este contexto repolitizar el conflicto y  construir una opción de negociación política. Lo angustioso es que en la realidad de nuestro país la acción militar  sobre los actores armados ilegales acompañada de una oferta de desmovilización y sometimiento a la justicia no parece ser el camino para alcanzar una paz estable y duradera y una gran reducción de la violencia. Sólo un gran proyecto de reconciliación puede alcanzar esta meta.

De la misma forma en que se ilegitimaron estrategias y conceptos, se desprestigiaron las posiciones neutrales y las mediaciones y facilitaciones que tomaban distancia de los actores.  Países como Suiza  y Francia vivieron la estigmatización de sus facilitadores por parte del gobierno. Gobiernos como el Español sufrieron el veto de las FARC.  Igual cosa ocurrió en el plano interno donde personas o instituciones que prestaban buenos oficios en labores humanitarias o de paz terminaron en la picota pública, en procesos judiciales, o en la mira crítica de uno o de otro actor del conflicto. Ocurrió también que un mediador de la estatura del presidente Chávez fue más allá de sus funciones y cometió indiscreciones que abortaron un proceso de facilitación que pudo dar interesantes resultados.

Ahora  se impone empezar de nuevo a forjar un cuerpo de ideas y estrategias si queremos volver a poner sobre el tapete la terminación de la violencia por la vía negociada y la reconciliación nacional. También el trabajo para tejer una red de facilitadores y mediadores nacionales e internacionales  que  puedan romper la desconfianza infinita que tienen las partes del conflicto colombiano y ofrecer espacios de acercamiento y dialogo.

Esto requiere, desde luego, una gran dosis de realismo.  Las guerrillas son las llamadas a la audacia. Sin una gran iniciativa de su parte, es muy difícil abrir una ventana para la negociación. Tienen un gran saldo en rojo en la cuenta de la opinión pública y están obligadas a girar muy duro.  Si no proclaman abierta y sinceramente la abolición del secuestro es muy difícil crear un ambiente para la negociación. Después de actos de esta naturaleza es posible buscar horizontes de dialogo.

No son bien recibidas en la opinión pública alternativas de despeje de territorios y negociaciones  en medio del conflicto. Quizás sea necesario imaginar espacios discretos de acercamiento en el exterior y fórmulas para acercarse a un cese de hostilidades como preámbulo a conversaciones serias de paz

Ahora bien,  de nada servirán los acercamientos con las guerrillas  si no se encuentra la forma de generar un gran pacto con los líderes y grupos políticos  que representan a las élites regionales y a las clases emergentes para sacar la violencia y las mafias de la política.

Para decirlo en plata blanca.  Aquí se necesitan dos procesos de reconciliación: uno, del estado con las guerrillas; otro, de esa amplia alianza de élites regionales, mafias y paramilitares con la democracia.  
 
 Al mismo tiempo que se reconstruye una infraestructura de facilitación y mediación, es preciso intensificar la construcción de fortalezas de paz y democracia en las regiones. Llevar Estado, construir consejos municipales de paz, fortalecer la sociedad civil y poner en marcha programas de desarrollo en territorios ocupados por la guerrilla es acercar la salida negociada del conflicto y empezar a construir el postconflicto.

No menos importante es encontrar una estrategia para recuperar el estado de las manos de la parapolítica y las mafias en las zonas donde se concentró la presencia de los paramilitares a finales de los años noventa y principios de este siglo. Quizás sea esta la tarea mayor.  Está visto que la influencia de las guerrillas  se ha desplazado a municipios de menos de 20.000 habitantes y zonas de colonización profunda.  Mientras la influencia de la parapoítica, las mafias y los paramilitares,  tiene su epicentro en ciudades mayores de 100.000 habitantes.

El gobierno del presidente Uribe  se ha preocupado por llevar Estado a los territorios de la guerrilla bajo el Plan de Recuperación
Social del Territorio. Seguramente este plan necesita reformulaciones para colocar el énfasis en el fortalecimiento del papel de la sociedad civil, en el protagonismo de las autoridades locales y en la resolución de profundas inequidades sociales y no en la tutela  y el protagonismo de las fuerzas militares. Pero lo que más se necesita es un  “Plan Democracia”  para las zonas de parapolítica, mafias y paramilitares  orientado a recuperar el Estado de Derecho y a realizar una gran reforma agraria.

La comunidad internacional puede hacer una gran contribución en estas dos grandes estrategias: una, reconstrucción de la infraestructura de mediación y facilitación; dos, construcción de fortalezas locales de paz.  De hecho una parte importante de la cooperación internacional con las organizaciones no gubernamentales se está orientando en esta dirección.

Nota: las cifras y datos utilizados en este artículo provienen en buena parte del Observatorio del Conflicto Armado de la Corporación Nuevo Arco Iris. También de la Oficina del Alto Comisionado de Paz, de la Unidad de Justicia y paz de la Fiscalía General de la Nacional y del Ministerio de la Defensa.

Bogotá Julio de 2009

IS A RECONCILIATION PROJECT POSSIBLE FOR COLOMBIA?[i]

This text is based on the transcription of the oral intervention and was rewritten in July 2009

By León Valencia

In Colombia, during the past forty years, there has been no project for ending the war and seeking national reconciliation. For a long time the conflict was ignored, or an exclusively military treatment was sought. In the 80s the search for peace accords was begun, and for 20 years negotiations were attempted and achieved with guerrilla organizations, but at the same time large offensives were launched against groups which did not enter the negotiations; that is, partial peace processes were conducted simultaneously with declarations of war. With the arrival of President Álvaro Uribe, the idea that a military solution to the conflict with the guerrillas was promoted and an agreed demobilization of the paramilitaries.
PARTIAL NEGOTIATION
This situation was clearly present throughout the 90s in Colombia. Eight peace agreements that had important consequences were achieved and indeed made possible the incorporation into civilian life of about 7000 combatants. These agreements led to a constituent assembly and the approval of a new National Constitution, and also made it possible for new political movements to appear and laid the bases for new efforts at national reconciliation.
Even so, the confrontation with the historical guerrillas with massive firepower like FARC and ELN was maintained. At the same time, the armed dispute between the state and the drug cartels became much more intense and the paramilitaries and parapolitics were consolidated as a national project that brought together regional elites and illegal armed groups. The state did not give up its efforts at peacemaking and at certain times offered negotiations to the guerrillas and proposed to both guerrillas and drug traffickers that they should submit to justice. The confrontation with the drug traffickers managed to limit and obscure the great impact of the peace agreements, as did the persistence of the conflict with the other guerrillas, but it did not manage to minimize or completely erase these processes from the life of the nation.
Both realities had their space and went forward in parallel fashion in the country. Incipient legislation for peace was created but at the same time legal instruments to intensify the military confrontation were developed. Projects for economic and social reinsertion were initiated, with some resources from the state, but the defense budget was doubled.

THE MILITARY SOLUTION
President Uribe made the military struggle into the principal preoccupation of Colombians; war captured the political space and peace initiatives played a secondary and subordinate role to military strategies.
This has been the reality for these seven years, not only because of the will of the president but also because of the dynamic of the negotiations between President Pastrana (1988-1992) and the FARC and finally because of the mandate of public opinion, which favored a military solution to the conflict by a large majority.
All the forces in the struggle made fundamental changes after the rupture of the negotiations between the state and the guerillas in 2002 and the arrival in power of President Álvaro Uribe. The government has developed a continuous military offensive in the east and south of the country to destroy the guerrillas, with a strategy of pacification in the north of the country through negotiation with the paramilitaries. Along the way, he has delivered strong blows to the insurgent forces and has managed a partial demobilization of paramilitary forces.
The guerrilla groups have left the great centers of population and production and were obliged to withdraw to their mountain fastnesses, to search for a way to survive the government offensive and transform their structures and modus operandi. This, of course, has required much public money and an extraordinary increase in men under arms. We have passed from spending 3.6% of GDP on defense at the end of the Pastrana administration to over 7% of GDP at present. The military forces and the police leaped from 260,000 to 440,000 men and women. Equally, we receive, year after year, aid to the tune of $700M dollars from the United States.
Encouraged by the victories obtained – especially in 2008 when two members of FARC’s Secretariat were eliminated and Operación Jaque (jaque is check, the chess term) was conducted, freeing 12 kidnapping victims including Ingrid Betancur – the government hopes to end the armed conflict by dismantling the guerrillas, as Peru did in the 90s. For this, the Strategic Leap has been launched: a plan to deploy forces and encircle the guerrillas in six zones of the country, along with more intense social action, with the crucial support of the United States.
Even so, the guerrillas have shown throughout the present year that they are far from terminated; they are assimilating the defeats and could recover some initiative and reach the 2010 elections still standing. The FARC rapidly recomposed their leadership under Alfonso Cano, appointed general commander after the death of Manuel Marulanda and replaced the lost members of the Secretariat. They also transformed their structure into smaller and more fluid units; they intensified the use of artisanal weapons and have mined territories, to compensate for their loss of weaponry and the difficulty of acceding to the black market for armament; they have minimized the risks that attend confrontation, preferring ambushes to harass the military, the use of sharpshooters and commando operations.
These changes have produced some results. After Operación Jaque, they have received few important blows: the death of eight of their men and the dismantlement of a company operating in the region of Sumapaz on the outskirts of Bogotá, and also sieges laid against forces in the Macarena, with some losses in that area. On the other hand, they have increased the number of operations, from only 571 actions in 2008 to 614 in the first semester of 2009. Some of these actions have been especially hard for the armed forces and for the population: ambushes against the army and the police in La Guajira, Arauca, Cauca, Nariño, Caquetá, Huila and Guaviare, in which over fifty men have lost their lives. The decrease in FARC forces has been drastic, but from 18,000 men they managed to have in 2002, about 11,000 remain. The ELN, for its part, continues on the defensive and its military actions are irrelevant. Possibly this group has no more than 2,500 combatants. However, its central command is intact and in certain regions where they are involved in drug trafficking, they are regaining their strength and have begun to grow.
The paramilitaries proposed to re-enter civilian life and preserve the great economic, social and political power they had conquered throughout the country, but especially in twelve departments, in association with a good part of the regional elites. For this, they sought and achieved a dialogue and negotiation with President Uribe.
In that process 37 large self-defense structures which account for 31,607 men disarmed and demobilized, also giving up 18,051 weapons, according to the Data of the High Commissioner for Peace. The factors of violence in certain areas previously occupied by these forces decreased notably. However, neither was the government able to make good on its offer to assign and maintain a political status for them and provide cover under a law granting some alternate penal status, nor did they cease breaking the law after demobilizing, or give up their drug routes and decrease their economic and political power. The process entered a crisis and negotiations were broken off. President Uribe then extradited their fourteen main chiefs to the United States, and the Unit of Peace and Justice of the Office of the Attorney General intensified the application of Law 975, with hearings in which 21,000 murders, 132 kidnappings and the recruitment of 380 minors have been admitted.
The parties ended up with mutual accusations of trickery and betrayal. Most of the 3,700 candidates eligible for the Law of Justice and Peace deserted the process and over 4,000 reinserted men returned to armed activities. These were added to paramilitary groups that had not entered into negotiation, and in certain areas new groups were formed, giving rise to a reality: there is a new generation of paramilitaries grouping 10,200 members, present in 246 municipalities.
Parallel to the process of demobilization, disarmament and reinsertion of paramilitary armed men, a large-scale trial of the political allies of these illegal forces was begun. The Supreme Court, in charge of prosecuting members of congress by constitutional mandate and responding to a suit by Clara López Obregón, began a preliminary investigation of presumed irregularities in the 2002 parliamentary elections and 2003 local elections. Aided by academic research on parapolitics, the court has named 83 members of parliament and 22 former members as subjects for further investigation. In turn, the public prosecutor has initiated investigations of local and regional leaders and groups, with over four hundred political leaders being considered for prosecution. Accusations range from constraining voters to conspiracy in criminal activities and other crimes.
However, despite the magnitude of the trials against this macabre alliance between high government officials and paramilitaries, the political cost has been negligible or nil. The executive opposed with all its force that members of congress and supporters connected to parapolitics should be punished immediately for their acts, by maneuvering to protect individuals and groups in the line of fire, changing congressional rules and dissolving potentially suspect groups. The five parties most affected by parapolitics presented 29,000 candidates in the most recent local elections and in many case increased their influence. In general, groups and leaders targeted by these processes continue to be influential in their regions, in their own right or through other organizations or persons. President Uribe maintains all these forces in his coalition and is governing with all of them.
It is still not clear whether there are active relations between the parapolitical parties and leaders successful in the 2002 and 2003 elections and the new paramilitary groups, but it cannot be ruled out that in the short or medium term they should again seek mutually beneficial engagement. Neither the paramilitaries nor parapolitics are dead.
A snapshot of the present state of the conflict indicates that the achievements of the Democratic Security policy are unquestionable and that the intensity of the confrontation between the guerrillas and the state has diminished. Paramilitary forces have been dissolved as a national structure; they have lost the impetus and power they managed to have in 2000 and no longer have their previous political cover of legitimacy; but both guerrillas and paramilitaries live on.
What is of greatest concern is that, given the economic crisis and quite possible cuts or reorientation in US aid, the Colombian state will not be able to maintain present levels of expenditure in security and defense. On the other hand, there are serious tensions on the borders with Venezuela and Ecuador and the fact that President Uribe and the leaders of those nations are strong rivals. If investment in the war stagnates or drops and border disputes become more acute, the guerrillas could persist or be reactivated in the immediate future – though that does not mean that they will pose a strategic threat, as was the case at the end of the 90s.
It is then improbable that the scenario of the ‘end of the end’’ of the conflict the present government seeks will come true. More possible is a scenario where the situation bogs down and the expectation of negotiation comes into play again.

AGREEMENT AMONG ALL PARTIES AND THE RECONSTRUCTION OF THE COUNTRY
International experience has shown once and again that projects for national reconciliation occur when the conflicts mature into mutually painful stalemates or wars bog down in such a way that no party sees, in the short run, the possibility of dismantling and destroying the other. Another condition is required: the appearance in one of the parties of a political subject with sufficient authority to end the war and propose a ‘’closed termination’’ in peace negotiations.
The figure of closed termination is used to denote that one of the contenders has resolved to understand the demands of the other party and is willing to negotiate under a complete peace offer. With the decision to accept the enemy’s demands, the success of the conversations is assured; but equally, ethical and political stature is acquired, useful for gathering allies and striving for one’s own demands in the negotiation.
A precise example of the closed termination is provided by the case of the M-19, EPL and Renovación Socialista guerrillas and other groups that negotiated in the early 90s: previously, they had decided to abandon their weapons and demobilize – what society and government expect from a rebel armed group. Based on that, they garnered strong support from public opinion, which led to their being principal participants in a constitutional reform and successfully reinsert. Possible an example of closed termination by the state was provided in that same period by El Salvador. The right in Salvador, with active support from the US, offered a dignified exit and a set of reforms that satisfied the expectations of the FMLN. The contrary is what occurred in the negotiations between President Pastrana and the FARC: neither party came to the table with a closed termination proposal. Neither had the FARC decided beforehand to disarm and demobilize, nor did the state have an offer that answered to the FARC’s key demands, contained in their 10-point political platform. That was undoubtedly one of the reasons why that negotiation failed.
Reincorporation to civilian life in the framework of reconciliation implies that all the energies of the state, business and the international community will be concentrated on overcoming the causes that gave rise to the conflict, reconstructing the nation and establishing economic, social and political incentives for those returning to civilian life.
In Colombia now, closed termination by the state implies an offer to the guerrillas of political participation in democracy and a path for complete demobilization for the paramilitaries. With an audacious proposal, guerrilla demands would be resolved and they would be thus obliged to agree to end the war, which they are losing inexorably.
A closed termination decision by the guerrillas would imply the offer of demobilization and negotiation for agreed political guarantees that would allow them to participate, with certain changes in regions where they operate, to legitimize their reincorporation into civilian life. Having taken the decision for peace beforehand, their energies would be centered on looking for support for their demands from society and the international community.
In either scenario, post-conflict becomes an agreed project to overcome the destruction left by war and heal the wounds.
In Colombia, the peace treaties closest to this ideal model were those of 1902, which banished internal war for more than forty years. In Latin America, the most recent example of reconciliation is El Salvador’s, with a peace signed in 1992.

FINDING A RECONCILIATION PROJECT
In beginning new negotiations, we must guarantee that they gives rise to a real project for reconciliation in the country; that is, a complete peace process extending a hand equally to the regional elites who sponsor paramilitarism, the new paramilitaries and the guerrillas. Also, one of the parties must arrive with a closed termination offer, so that the chance of success of the peace talks should be substantially greater than 50 per cent.
At the center of negotiations we must place democracy, drug trafficking and land; the talks must aim at extracting violence and the mafias from politics. Both national and regional political elites must be committed to the process – all those who have used alliances with illegal forces for the purpose of controlling political power from within. The guerillas, who try to shoot down democracy as outlaws, must also be committed to the peace talks.
The Pastrana and Uribe administrations have left us a profound lesson: reconciliation is not possible if a hand is extended to a part of the illegal forces, with defeat and humiliation being the lot of the others. President Pastrana centered his efforts on seeking peace with the FARC; he made only a small effort in the negotiation with the ELN, and left the paramilitaries to one side. President Uribe aspired to a definitive agreement with the paramilitaries and the destruction of the guerrillas. Both strategies have failed. Pastrana’s in a resounding manner, Uribe’s with achievements in security but an enormous deficit in reconciliation.

WE NEED TO RECONSTRUCT THE INFRASTRUCTURE FOR MEDIATION AND FACILITATION
In the midst of the difficult confrontation between the state and the guerrillas in the course of the government of President Uribe, we have witnessed the destruction of the ideas of dialogue and negotiation that had been forged as an infrastructure for facilitation and mediation; these had been consolidated after much effort. In his haste to isolate the guerillas politically and strike at them in military terms, President Uribe, armed with his popularity, little by little destroyed all the strategies and concepts that had been essayed in the partial peace processes that had been successful: the political character of the conflict, demilitarized zones for meetings and negotiations, pardons and amnesties, incorporation into civilian life with guarantees, certain reforms as the result of peace, a program for social and economic reinsertion in a profound civilian spirit – all this has lost its meaning for public opinion.
The offer for guerillas that Colombians now have in their mind’s eye is demobilization, disarmament and submission to a process of transitional justice. This was the point the paramilitaries finally reached, and this is one of the arguments brandished in support of the proposal.
However, we have already seen how even the paramilitaries, who had acquired enormous personal wealth, great political power in the state and a wide range of relations with regional elites, ended up flouting the process and ruminating over vengeance from their jails; or else they were thrown back into criminal activities after the process lost any semblance of being political and was left exclusively in the hands of the courts.
Now, the reduction of the negotiation offer has also other causes: the degradation of the action of the guerrillas through the practice of kidnapping, the connection with drug traffickers and their attacks against the civilian population, the rise of anti-terrorist action, the greater demands stemming from higher international standards for the protection of human rights and the internationalization of justice. In this context, it is no easy matter to revive the idea of the political nature of the conflict and construct an option for political negotiation. What is deeply concerning is that in the reality of our country, military action against illegal armed actors, accompanied by an offer of demobilization and submission to justice, does not seem to be the path to reach a stable and lasting peace and a meaningful reduction of violence. Only a large-scale reconciliation project could reach this goal.
In the same way that strategies and concepts were made illegitimate, neutral positions and mediation and facilitation activities that attempted to maintain an objective distance from the actors lost all prestige. Nations like Switzerland and France saw their facilitators stigmatized by the government. The Spanish government, for its part, was vetoed by the FARC. Internally, the same thing happened: individuals or institutions who offered their good offices in humanitarian or peace endeavors were publicly pilloried, becoming involved in legal proceedings or becoming targets of one or another actor in the conflict. A mediator of the stature of President Chávez went beyond his brief and committed indiscretions, aborting a process of facilitation which could have produced interesting results.
Now we need to forge again a new body of ideas and strategies if we want to place on the table the end of violence through negotiation and national reconciliation. We must also work to weave a network of domestic and international mediators and facilitators who can break down the infinite mistrust the parties to the Colombia conflict have, and offer a space for rapprochement and dialogue. This, of course, will require a strong dose of realism. The guerrillas are those called to audacious action. Without a great initiative on their part, it is very difficult to open a window for negotiation. They are glaringly in the red as far as public opinion is concerned, and vast rebalancing is required. If they do not proclaim openly and sincerely that they will abolish kidnapping, it will be very hard to create an atmosphere conducive to negotiation. After this occurs, it would be possible to find a space for dialogue.
Public opinion is against the alternative of vacating a territory and negotiating in the midst of the conflict. Perhaps it will be necessary to imagine discreet approaches and meetings abroad and formulas for a cease-fire, as preliminaries to serious peace talks.
However, rapprochements with the guerillas will come to nothing if we do not find the way of generating a large-scale agreement with the political leaders and groups that represent the regional elites and emerging classes, to extract violence and the mafias from politics.
To state the bare-bones truth: here we need two reconciliation processes: one, between the state and the guerillas; another, between democracy and the broad alliance of regional elites, mafias and paramilitaries.
At the same time as an infrastructure for facilitation and mediation is devised, it will be necessary to build fortresses of peace and democracy in the regions. The presence of the state, reformed peace-minded municipal councils, strengthening civil society and applying development programs in territories occupied by the guerrillas are all tantamount to bringing any negotiated solution closer and opening the way for the post-conflict era. 
It will be no less important to find a strategy to recover the state from the hands of parapolitics and the mafias in the areas where paramilitary action was concentrated at the end of the 90s and the beginning of the present century. Possibly this will be the greatest task. We have seen that the influence of the guerrillas has been displaced to municipalities with less than twenty thousand inhabitants and deep colonization areas. Meanwhile, the influence of parapolitics, the mafias and the paramilitaries has its epicenter in cities with over one hundred thousand inhabitants.
The government of President Uribe has worked to increase the presence of the state in guerrilla-held areas through the plan for the social recovery of the territory. Certainly, this plan needs to be reformulated to place emphasis on strengthening the role of civil society and the actions of local authorities and reducing deep social inequality, and not in the stewardship and action of the military forces. But what we most need is a ‘’democratic plan’’ for areas dominated by parapolitics, mafias and paramilitaries, geared to recovering the rule of law and implementing a grand agrarian reform.
The international community can make a considerable contribution to both strategies: first, the reconstruction of the infrastructure for mediation and facilitation; second, the construction of local fortresses for peace. Indeed, an important part of international cooperation with NGOs is moving in this direction.


Bogotá, July of 2009
           





 

UN PROJET DE RECONCILIATION EST-IL POSSIBLE EN COLOMBIE ?

(Ce texte est une reconstitution amplifiée et basée sur la transcription originale


Par Leon Valencia

Il n'y a pas eu en Colombie de projet pour terminer la guerre et rechercher la réconciliation nationale ces quarante dernières années. Le conflit a longtemps été ignoré ou il a reçu une solution exclusivement militaire. Dans les années quatre-vingts du siècle dernier, des accords de paix ont commencé à être recherchés et pendant vingt ans des négociations avec des organisations de guérillas ont été tentées et ont réussies. Mais en même temps de grandes offensives ont été lancées contre les groupes qui n'ont pas voulu entrer dans les négociations, c'est-à-dire, que nous avons été en présence de façon simultanée de processus partiels de paix et de déclarations de guerre. Avec l'arrivée du président Alvaro Uribe l'idée s'est imposée qu'une solution militaire du conflit contre les guérillas et qu´une démobilisation concertée avec les paramilitaires étaient possibles.


LA NEGOCIATION PARTIELLE

Cette situation s'est présentée de façon claire tout au long des années quatre-vingt-dix dans le pays. Huit accords de paix ont été signés, ils ont été d'une grande transcendance car ils ont rendu possible le retour à la vie civile de près de sept mille combattants, ils ont conduit à la réalisation de l'Assemblée Nationale Constituante et à l'avènement d'une nouvelle Constitution, ils ont facilité l'apparition de nouveaux mouvements politiques et ont posé les bases de nouveaux efforts de réconciliation nationale.

L'affrontement avec les guérillas historiques possédant une grande capacité belligérante comme les FARC et l´ELN s'est cependant maintenu. En même temps, la lutte armée entre l'État et les cartels de la drogue était en plein essor, alors que les paramilitaires et la parapolitique se consolidaient en tant que projet national qui rassemblait les élites nationales et les groupes armés illégaux. L'État a poursuivi ses efforts de paix et il a à plusieurs reprises présenté des offres de négociations aux guérillas ainsi que des propositions pour se soumettre à la justice aussi bien à des narcotrafiquants qu´à des paramilitaires. La lutte contre les narcotrafiquants a réussi à limiter et à assombrir le grand impact des accords de paix ainsi que la persistance du conflit contre les autres guérillas, mais n'a pas réussi à minimiser ou à effacer complètement ces processus dans la vie nationale.

Ces deux réalités avaient un espace et fonctionnaient parallèlement dans le pays. Un début de législation pour la paix a été préparé alors que des instruments légaux se développaient pour intensifier la confrontation militaire. Des projets de réinsertion économique et sociale qui engageaient certains fonds de l'État ont été mis en place alors que le budget de la défense doublait.


LA SORTIE MILITAIRE

Avec le président Uribe, le bras-de-fer militaire est devenu la principale préoccupation des Colombiens, la guerre a occupé l'espace et les initiatives de négociations de paix ont joué un rôle secondaire et subordonné aux stratégies militaires.

C'est la réalité de ces sept dernières années non seulement en raison de la volonté du Président mais également à cause de la dynamique qui s'est imposée à la fin des négociations entre Pastrana et les FARC, à la demande de l'opinion publique qui s'est majoritairement prononcée pour une sortie militaire du conflit.

Toutes les forces en présence ont réalisé des changements fondamentaux après la rupture des négociations entre l'État et les guérillas en 2002 et l'arrivée du président Álvaro Uribe Vélez. Le gouvernement a allié des offensives militaires continue dans l'est et dans le sud du pays pour détruire les guérillas avec une stratégie de pacification du nord du pays par une négociation avec les paramilitaires. Cette méthode a asséné de grands coups aux forces insurgées et a réussi une démobilisation partielle des forces paramilitaires.

Les groupes guérilleros ont abandonné les grands centres de population et de production et ont été obligé de se replier au fin fond des montagnes, de chercher des formes de survie au milieu de l'offensive gouvernementale et de transformer leurs structures et leurs modes opératoires.

Cela a bien entendu impliqué un effort budgétaire important et une croissance extraordinaire de la force publique. Nous sommes passés de 3,6 points d'investissement en défense du PIB à la fin du gouvernement de Pastrana à plus de cinq points du PIB actuellement. Les forces militaires et de police sont passées de 260 000 effectifs à 440 000. Nous avons également reçu au cours des années une aide des États-Unis de près de 700 millions de dollars.

Encouragé par les victoires obtenues -particulièrement en 2008 quand deux membres du Secrétariat des FARC ont été abattus et que l'opération Jaque a permis de libérer 12 otages dont Ingrid Betancur- le Gouvernement garde l'illusion de mettre fin au conflit armé avec un démantèlement des guérillas à l'image du Pérou dans les années quatre-vingt-dix. Il a pour cela lancé ce qu'il appelle « le saut stratégique » : un plan de déploiement des forces et d'encerclement des guérillas dans six zones du pays, accompagné d'une intervention sociale plus importante avec le soutien crucial des Etats-Unis.

Les guérillas ont cependant montré tout au long de ces années qu´elles sont loin de disparaître, elles assimilent les défaites et peuvent reprendre une certaine initiative et arriver encore vivantes aux élections de 2010. Les FARC ont rapidement recomposé le commandement en nommant Alfonso Cano commandant général après la mort de Manuel Marulanda et ont ordonné de remplacer les membres du Secrétariat qui avaient perdu la vie. Ils ont ainsi transformé les structures en divisant leurs forces en unités plus petites et fluides ; ils ont intensifié l'usage d'armes artisanales et le minage des territoires afin de compenser les pertes de bélligérence et les limitations d'accès au marché noir des armes ; ils ont préféré minimiser le risque d'affrontement en ayant recours au harcèlement en embuscades, à l'utilisation de francs-tireurs et aux opérations commandos.

Ces changements ont porté quelques fruits. Après la fameuse « Opération Jaque » ils ont reçu peu de coups importants : la mort de 8 de leurs membres et le démantèlement d'une compagnie qui opérait dans la région de Sumapaz non loin de Bogotá, ainsi que l´attaque de quelques structures qui opèrent dans la Macarena et la mort de certains membres dans cette zone. Ils ont en échange augmenté leurs opérations pour passer de 571 actions en 2008 à 614 dans les six premiers mois de 2009. Certaines de ces actions ont été particulièrement dures contre la force publique et contre la population : les embuscades contre l'armée et la police dans les départements de Guajira, Arauca, Cauca, Nariño, Caqueta, Huila et Guaviare ont coûté la vie à plus de cinquante membres de la force publique. La diminution de la force des FARC a été drastique, cependant sur 18 000 membres qu'ils ont réussis à réunir en 2002 ils en conservent encore près de 11 000. De son côté l´ELN reste dans une position défensive avec des actions militaires peu importantes. Il semble qu'ils compteraient sur un peu plus de 2500 combattants. Ils conservent cependant leur commandement central intact et dans certaines régions où ils ont commencé à se mêler du narcotrafic ils récupèrent des forces et ont commencé à prendre de l´ampleur.

Les paramilitaires sont engagés dans un retour à la vie civile et une conservation du grand pouvoir économique, social et politique qu'ils avaient conquis dans tout le pays, principalement dans douze départements, en association avec une bonne partie des élites régionales. Ils ont pour cela cherché et obtenu un dialogue et une négociation avec le président Uribe.

Dans ce processus, ils ont réalisé la phase de désarmement et de démobilisation de 37 grandes structures des Autodéfenses qui regroupaient 31 607 membres et ont remis 18 051 armes selon les chiffres du Haut Commissionnaire pour la Paix. Les facteurs de violence ont diminué de façon importante dans certaines zones où ces structures étaient présentes. Cependant le gouvernement n'a pas pu respecter l'offre de leur donner et de maintenir leur caractère politique et de les protéger par une loi d'alternative pénale, et ils n'ont pas non plus cessé leurs activités délinquantes en démobilisant la totalité de leurs structures, en remettant les routes du narcotrafic et en diminuant leur pouvoir économique et politique. Le processus est entré en crise et les négociations se sont rompues. Le président Uribe a alors extradé les 14 principaux chefs vers les États-Unis et l'unité de justice et de paix du Parquet Général a intensifié l'application de la loi 975 et le recueil des versions libres qui ont permis la reconnaissance de 21 000 assassinats, la réalisation de 132 enlèvements et le recrutement de 380 mineurs.

Les parties ont fini par s'accuser mutuellement de tromperie et de trahison. La plupart des 3700 personnes qui s´étaient présentées devant la loi de justice et de paix ont abandonné le processus et plus de 4000 réinsérés ont repris les armes. Ils s'ajoutent aux groupes paramilitaires qui n'étaient pas entrés dans les négociations et dans certaines zones de nouveaux noyaux se sont formés pour donner naissance à cette réalité : l´apparition d´une nouvelle génération de paramilitaires qui regroupe 10 200 membres et est présente dans 246 municipalités.

Parallèlement au processus de démobilisation, de désarmement et de réinsertion des structures armées des paramilitaires, un grand procès a été ouvert contre les alliés politiques de ces forces illégales. La Cour Suprême de Justice, respectant son mandat constitutionnel d'enquêter et de juger les parlementaires et en réponse à un recours en justice de Clara López Obregón, a débuté une investigation sur des faits présumés irréguliers lors des élections parlementaires de 2002 et des élections locales de 2003. Aidé par des travaux de recherche sur la parapolitique elle a pu mettre en accusation 83 parlementaires et 22 ex-parlementaires. Elle a ainsi ouvert la voie pour que le Parquet puisse également commencer à enquêter sur des dirigeants et des groupes locaux et régionaux, processus qui a pu établir un lien avec plus de 400 dirigeants politiques. Les accusations vont de la contrainte de l´électeur jusqu'à l'association de malfaiteurs et d'autres délits.

Cependant malgré l'ampleur des procès contre cette alliance macabre entre des hauts fonctionnaires de l'État et les paramilitaires, le coût politique est encore faible ou inexistant. Le Gouvernement s'est opposé de toutes ses forces au fait que les membres du congrès et les partis en relation avec la parapolitique reçoivent une sanction immédiate pour leurs actions en utilisant le mécanisme de la chaise vide au parlement et la dissolution des groupes les plus compromis. Les cinq partis les plus touchés par la parapolitique ont présenté 29 000 candidats aux dernières élections locales et ont dans de nombreux cas élargi leur influence. En général, les groupes et les dirigeants politiques liés à ces processus continus à exercer un important pouvoir dans les régions en nom propre ou par l'intermédiaire d'autres structures ou personnes. Le président Uribe conserve toutes ces forces dans sa coalition et continue de gouverner avec eux.

Il n'est pas encore clair si des relations actives existent entre les partis et des dirigeants de la parapolitique apparus lors des alliances établies en 2002 et en 2003 et les nouveaux groupes paramilitaires, mais il n'est pas à rejeter qu'à court ou moyen terme des compromis de convenance mutuelle soient recherchés. Ni les paramilitaires ni la parapolitique ne sont morts.

Une photographie de la réalité actuelle du conflit nous montre que les succès de la politique de sécurité démocratique sont indiscutables et que l'intensité de la confrontation entre la guérilla et l'État a diminué. Les forces paramilitaires sous la forme de structures nationales se sont dissoutes, elles ont perdu la force et la puissance qu'elles avaient obtenue à la fin du siècle passé et n´ont plus la couverture politique et la légitimité qu'elles avaient atteint. Mais les guérillas et les paramilitaires sont encore vivants.

Le plus inquiétant est qu'au vu de la crise économique et d'une possible diminution et réorientation de l'aide financière des Etats-Unis, l'État ne pourra pas maintenir le rythme actuel d'investissement en sécurité et en défense. D'autre part, il existe des tensions graves à la frontière avec le Venezuela et l'Équateur et une dure rivalité des présidents de ces deux nations avec le président Uribe. Une stagnation ou une diminution de l'investissement dans la guerre et une accentuation des disputes aux frontières sont des facteurs qui peuvent contribuer à la persistance et à la réactivation des guérillas dans un futur immédiat, sans que cela signifie qu'ils redeviennent la menace stratégique qu'ils ont été à la fin des années quatre-vingt-dix.

Il est alors peu probable que le scénario de la « fin de la fin » du conflit recherché par l'actuel gouvernement se réalise. Un scénario d'enlisement de la situation et de ressurgissent des possibilités de négociation a plus de possibilités.


ACCORD AVEC TOUS ET RECONSTRUCTION DU PAYS

L'expérience internationale a montré plus d'une fois qu'un projet de réconciliation nationale est possible quand le conflit mûri vers un statu quo mutuellement douloureux ou quand la guerre se retrouve dans un enlisement tel qu'aucune des parties ne voit, à court terme, la possibilité d'un démantèlement ou d'une destruction de l'autre. Une autre condition est requise : l´apparition d'un homme politique dans l'une des parties avec l'autorité suffisante pour envisager la fin de la guerre et proposer une « fin définitive » pour les négociations de paix.

Le scénario de « fin définitive » est utilisé pour signaler qu'un des adversaires a décidé de répondre aux demandes de la force contraire et se dispose à s'asseoir à la table de négociations pour faire une offre intégrale de paix. La décision de répondre aux demandes de l'autre garantit le succès des conversations, et permet à la fois de donner une stature éthique et politique pour conquérir des alliés et lutter pour que les propres demandes deviennent une réalité au cours des conversations.

Un exemple précis de « fin définitive » est celui des guérillas du M19, de l´EPL, du Courant de Rénovation Socialiste et d'autres groupes qui se sont assis au début des années quatre-vingt-dix à la table des négociations : ils avaient précédemment pris la décision d'abandonner les armes et de se démobiliser -c'est ce que l'État et la société attendaient d'un groupe armé-. Ils ont à partir de là acquit une importante solidarité de l'opinion publique qui leur a permis d'être les protagonistes d'une réforme constitutionnelle et de réaliser un processus de réinsertion réussi. Un exemple de « fin définitive » venant de l'État a peut-être été celle du Salvador à cette même époque. La droite du Salvador avec une participation active des États-Unis a offert une sortie digne et un ensemble de réformes qui ont répondu aux attentes du FMLN. Un cas contraire a eu lieu lors des négociations entre le président Pastrana et les FARC : aucune des deux parties n´est arrivée à la table de négociations avec une proposition de « fin définitive ». Les FARC n'avaient pas pris la décision préalable de se désarmer et de se démobiliser, et l'État n'avait pas d'offre qui tendait à résoudre les exigences clés des FARC contenues dans les 10 points de leur plate-forme politique. Cela a été, sans aucun doute, une des raisons de l'échec de ces négociations.

La réincorporation à la vie civile dans le cadre d'un projet de réconciliation implique que toutes les énergies de l'État, de l'entreprise privée et de la communauté internationale, se concentrent pour aller au-delà des causes qui sont à l'origine du conflit, pour reconstruire le pays, pour établir les incitations économiques, sociales et politiques destinées à ceux qui retournent à la vie civile.

Dans la Colombie d'aujourd'hui, une décision de « fin finale » de la part de l'État impliquerait de faire une offre de participation politique des guérillas à la vie démocratique et d´ouvrir une voie pour la démobilisation complète des paramilitaires. Une proposition audacieuse répondrait aux demandes des insurgés et les obligerait à négocier la fin de la guerre qu'ils sont inexorablement en train de perdre.

Une décision de « fin finale » de la part des guérillas impliquerait que ces forces offrent de se démobiliser et s´assoient à la table de négociation pour négocier des garanties politiques pour leur action démocratique et certains changements dans la vie des régions où ils opèrent afin de légitimer leur réincorporation à la vie civile. Comme ils ont de toute façon pris la décision de négocier la paix, ils concentrent leurs énergies à chercher le soutient de la société et de la communauté internationale pour satisfaire leurs demandes.

Dans chacune de ces deux options, le postconflit devient un projet concerté pour aller au-delà de la destruction laissée par la guerre et pour soigner les blessures laissées par l'affrontement.

En Colombie, les traités de paix qui se sont le plus rapprochés de ce modèle idéal sont ceux de 1902 qui ont interdit la guerre interne pendant plus de quarante ans. En Amérique latine l'exemple le plus récent de réconciliation est celui du Salvador avec la paix signée en 1992.


POUR TROUVER UN PROJET DE RECONCILIATION

Pour l'initiative de nouvelles négociations il faut garantir l'apparition d'un véritable projet de réconciliation du pays, c'est-à-dire, un processus de paix intégral qui tende de la même façon la main aux élites régionales qui protègent le paramilitarisme, aux nouveaux paramilitaires et aux guérillas. Il faut également qu'une des parties arrive avec une « fin finale » afin que les possibilités de succès des conversations soient bien au-dessus de 50 %.

Nous devons retrouver au centre des négociations : la démocratie, le narcotrafic et les terres, et elles doivent tendre à extirper la violence et les mafias de la politique. Elles doivent aussi bien impliquer les élites politiques nationales que régionales qui ont fait appel à l'alliance avec les forces illégales pour contrôler le pouvoir politique depuis l'intérieur, que les guérillas qui tirent sur la démocratie tout en étant en dehors de l'institutionnalité.

Les gouvernements de Pastrana et d´Uribe nous ont appris une leçon importante : la réconciliation n'est pas possible si on tend la main à une partie des forces illégales et on essaie de vaincre et d'humilier les autres. Le président Pastrana a concentré ses efforts dans la recherche de la paix avec les FARC, il a très peu fait d´efforts pour les négociations avec l´ELN et a laissé de côté les paramilitaires. Le président Uribe recherchait un pacte définitif avec les paramilitaires et une destruction des guérillas. Les deux stratégies ont échouées. Celle de Pastrana de façon manifeste. Celle d´Uribe présente des succès en sécurité, mais un déficit énorme en réconciliation.


LA RECONSTRUCTION DE L'INFRASTRUCTURE DE MEDIATION ET DE FACILITATION EST NECESSAIRE.

Au milieu du dur affrontement entre l'État et les guérillas qui a eu lieu tout au long du gouvernement du président Uribe, les idées et les concepts de dialogue et de négociation qui s'étaient forgés ont été détruits tout comme l'infrastructure de facilitation et de médiation qui avait été obtenue avec tant d'efforts.

Dans la hâte d'isoler politiquement les guérillas et de les attaquer militairement, le président Uribe, fort de sa popularité a peu à peu éliminé toutes les stratégies et les concepts qui avaient été essayés dans les processus partiels de paix qui avaient réussi. Le caractère politique du conflit, la zone démilitarisée ou de rencontre pour négocier, les pardons et amnisties, l´incorporation avec des garanties politiques à la vie civile, certaines réformes comme résultat de la paix, un programme de réinsertion sociale et économique avec un profond contenu civil, tout cela a perdu du sens dans l'opinion publique.

L'offre que les Colombiens ont en tête pour les guérillas est celle de la démobilisation, du désarmement, et de la soumission à un processus de justice transitoire. C'est finalement le point auquel les paramilitaires sont arrivés et c'est un des arguments qui est brandi pour soutenir la proposition.

Mais nous avons vu comment même les paramilitaires qui possédaient d'énormes richesses individuelles, un grand pouvoir politique au sein de l'État et un ensemble de relations avec les élites régionales, ont fini par rompre le processus en ruminant leur vengeance dans les prisons ou en se lançant de nouveaux dans les activités criminelles, au moment où le processus a perdu tout aspect politique pour ne rester qu'exclusivement entre les mains des tribunaux.

Cela dit, la réduction de l'offre de négociation a également d'autres raisons : la dégradation de l'action des guérillas avec la pratique de l'enlèvement, leurs liens avec le narcotrafic et leurs attaques contre la population civile ; l'essor de la lutte antiterroriste ; les plus grandes exigences des standards internationaux pour la protection des droits de l'homme ; et l'internationalisation de la justice. Il n'est vraiment pas facile dans ce contexte de repolitiser le conflit et de construire une option de négociation politique. Il est préoccupant que dans la réalité de notre pays, l'action militaire sur les acteurs armés illégaux, accompagnée d'une offre de démobilisation et de comparution devant la justice ne semble pas être la bonne voie pour obtenir une paix stable et durable ainsi qu'une réduction importante de la violence. Seul un grand projet de réconciliation peut atteindre ce but.

De la même façon que les stratégies et les concepts ont perdu leur légitimité, les positions neutres, les médiations et facilitations qui s´éloignaient des acteurs ont perdu leur prestige. Des pays comme la Suisse et la France ont vécu la stigmatisation de leur facilitateur par le gouvernement. Des gouvernements comme celui de l'Espagne ont reçu le veto des FARC. Il s'est passé la même chose sur le plan intérieur ou des personnes ou des institutions qui apportaient leurs bons offices dans des tâches humanitaires ou de paix ont fini au pilori public, dans des processus judiciaires, ou sous le regard critique des uns et des autres acteurs du conflit. Il est également arrivé qu'un médiateur de la taille du président Chavez ait outrepassé ses fonctions et commis des indiscrétions qui ont fait avorter un processus de facilitation qui aurait pu donner des résultats intéressants.

Il est maintenant nécessaire de commencer de nouveau à forger un corps d'idées et de stratégies si nous voulons remettre à l´ordre du jour la fin de la violence par la voie de la négociation et de la réconciliation nationale ; et se remettre également au travail pour tisser un réseau de facilitateur et de médiateur nationaux et internationaux qui puissent rompre l'infinie méfiance des différents acteurs du conflit colombien et offrir des espaces de rapprochement et de dialogue.

Cela nécessite bien entendu une grande dose de réalisme. Les guérillas sont invitées à avoir de l'audace. Sans une initiative importante de leur part, il est très difficile d'ouvrir un espace pour la négociation. Elles ont un énorme découvert sur le compte de l'opinion publique et sont obligées de changer radicalement de direction. Si elles ne proclament pas ouvertement et sincèrement l´arrêt des enlèvements, il sera très difficile de créer une ambiance de négociation. Après des actes de cette nature il sera possible de chercher des horizons de dialogue.

Les alternatives de démilitarisation de territoire et de négociation au milieu du conflit ne sont pas bien perçues par l'opinion publique. Il est peut-être nécessaire d'imaginer des espaces discrets de rapprochement à l'étranger et des formules pour se rapprocher d'un arrêt des hostilités comme un préambule à des conversations sérieuses de paix.

Ceci dit, les rapprochements avec les guérillas ne serviront à rien si on ne trouve pas la façon de conclure un grand pacte avec les dirigeants et les groupes politiques qui représentent les élites régionales et les classes émergentes pour extirper la violence et les mafias de la politique.

Disons-le sans détour. Nous avons ici besoin de deux processus de réconciliation : le premier, de l'État avec les guérillas ; et l´autre, de cette vaste alliance des élites régionales, des mafias et des paramilitaires avec la démocratie.

En même temps que la construction d'une infrastructure de facilitation et de médiation, il est nécessaire d'intensifier la mise en place de forteresses de paix et de démocratie dans les régions. Que l'État soit présent, construire des conseils municipaux de paix, renforcer la société civile et mettre en marche des programmes de développement dans des territoires occupés par la guérilla, c'est rapprocher la sortie négociée du conflit, et commencer à construire l'après-conflit.

Il n'est pas moins important de trouver une stratégie pour reprendre l'État des mains de la parapolitique et des mafias dans les zones où s'est concentrée la présence des paramilitaires à la fin des années quatre-vingt-dix et au début de ce siècle. C'est sans doute le plus grand défi. Il est vrai que l'influence des guérillas s´est déplaçée dans des municipalités de moins de 20 000 habitants et dans des zones de colonisation éloignées, alors que l'influence de la parapolitique, des mafias et des paramilitaires, a son épicentre dans des villes de plus de 100 000 habitants.

Le gouvernement du président Uribe s'est préoccupé d'amener la présence de l'État dans les territoires de la guérilla avec le plan de récupération sociale du territoire. Ce plan a certainement besoin d'être reformulé pour mettre l'accent sur le renforcement du rôle de la société civile, sur le protagonisme des autorités locales et sur la résolution de profondes inégalités sociales et non sur la tutelle ou la mise en avant des forces militaires. Mais ce dont nous avons le plus besoin, c'est d'un « Plan pour la Démocratie » pour les zones de parapolitique, de mafias et de paramilitaires, orienté vers la récupération de l'État de Droit et la réalisation d'une grande réforme agraire.

La communauté internationale peut apporter une importante contribution dans ces deux grandes stratégies : la première, avec la reconstruction de l'infrastructure de médiation et de facilitation ; la deuxième, avec la construction de forteresses locales de paix. D'ailleurs, une importante part de la coopération internationale avec les organisations non-gouvernementales est orientée dans ce sens.

Note : Les chiffres et les données utilisées dans cet article proviennent en grande partie de l'observatoire du conflit armé de la Corporation Nuevo Arco Iris ; mais également du bureau du Haut Commissaire pour la Paix, de l'Unité de Justice et de Paix du Parquet Général et du Ministère de la Défense.

Bogotá, Juillet 2009.


Camilo González

En Colombia tenemos tres alternativas: la paz autoritaria, una solución negociada y un pacto democrático civil.
La dinámica va en un horizonte de diez años, a una paz autoritaria, en la cual se aísla a la guerrilla políticamente y pierde perspectiva de poder, pero sigue teniendo capacidad de desestabilizar. Se conjugan factores internacionales y nacionales. Estados Unidos tiene intereses geopolíticos en la región y tiene una alianza con el Gobierno y sectores muy importantes de la sociedad. Es una paz en función del modelo agrario exportador, de primarización.

El segundo escenario es la solución negociada y esa opción se está disolviendo. Una tercera sería la que yo llamo un pacto democrático civil, es decir, que la paz no pasa por la negociación Gobierno y guerrilla.

Hay una cultura mafiosa muy arraigada en la sociedad. Durante 2008 se han desmovilizado miles de personas, pero el futuro de Colombia depende de la emergencia de fuerzas democráticas.


Alfredo Rangel

La persistencia del narcotráfico en el país está en la base de la evolución de muchos de los problemas recientes. Donde hay narcotráfico hay mafias y donde hay mafias hay corrupción. Colombia no es un estado mafioso, hay algunos sectores. La postura de blanco y negro no responde a la realidad. La oposición ha avanzado en los últimos años porque hay más seguridad. Eso es una consecuencia de la pacificación.

El modelo de desmovilización que se aplicó al comienzo de la década del noventa fue de impunidad total, una amnistía. A las guerrillas que se desmovilizaron no se les exigió contar la verdad de sus crímenes ni reparar a sus víctimas, la justicia no apareció. Si se hubiera aplicado ese modelo ahora, los paramilitares no habrían contado sus crímenes y sus vinculaciones con los sectores políticos y empresariales, y todo habría quedado bajo impunidad. Pero estamos haciendo algo más, se está exigiendo que cuenten la verdad para poder beneficiarse de unas rebajas de pena.

Si estamos hablando de la justicia transicional es que hay reconciliación en la medida en que se esclarezca la verdad; si no hay, quedan las cosas latentes bajo una ley de impunidad. Si no es por la desmovilización de los paramilitares en condiciones de exigencia y rigor, las masacres de la década del noventa habrían quedado en impunidad.

Vamos a lograr unas dosis de verdad, justicia y reparación más altas que en los años noventa, y que en muchos otros países donde ha habido desmovilización. Que haya habido degradación del conflicto no es cierto. Las fuerzas militares y la policía crecieron el doble y hay menor número de violaciones de los derechos humanos. No podemos hablar de un Estado que atropelle los derechos humanos.

A futuro la solución a va a ser una salida negociada, y el logro de la paz pasa por la guerrillas. Es necesario remediar los problemas pendientes en el campo colombiano y que están en el origen del conflicto. Todo va a redundar en un mejoramiento de los derechos humanos. Que los secuestros se hayan reducido en un 80%, que el desplazamiento también se haya reducido demuestra una situación de mejoría. Yo creería que en unos seis u ocho años la violencia política podría estar solucionándose. Debe verse con más neutralidad y menos apasionamientos.


León Valencia

Se necesitan dos procesos de paz: uno con las guerrillas, para sacarlas de la violencia, y otro con las élites políticas, para que no utilicen la violencia.

El gran proceso de paz es comprometer a las élites colombianas para que no utilicen la violencia. Puede ser hasta más fácil con las guerrillas, pero las élites… Hay que hacer un pacto nacional con ellas.

Este es un Estado híbrido, no un Estado democrático, hay gente decente pero hay otra que no tiene límites éticos de ninguna clase. Aquí estamos entre dos violencias, una violencia de élites y de Estado y una de guerrillas, se necesitan dos procesos, y por eso no hay transición.

Sí hay investigaciones, promovidas desde la justicia, y hay confrontaciones aun entre los miembros de la academia.  Tenemos un país polarizado.



CONFERENCIA DE MICHEL DEGUY

Ecología y poesía
                                                                                              Traducción de Cecilia Balcázar

            1. Si tomamos las palabras en su etimología, y damos un vistazo de conjunto, de gran generalidad (una sinopsis), podemos decir que  ecología y poesía no solamente se pertenecen mutuamente sino que dicen y apuntan a «lo mismo». La ecología es una  lógica, un pensamiento “científico” del oikos, es decir de la morada terrestre y mundana de los humanos –de su “écoumène”[1].  En cuanto a la  poesía, ella fue o es, si le hacemos confianza a Hölderlin, una manera de habitar el ser humano “Dichterisch aber wohnet des Mensch”.  Los poetas, los artistas (Dichter)  “(re)cogen la belleza de la tierra” (Andenken).

Una expresión arcaica atribuida a Heráclito – citada tantas veces a través de los siglos-, dice:  Êthos anthropô daïmon : la  morada es para el hombre su genio.  Êthos nombraba en griego el terruño, la guarida.  El animal no puede vivir sin su nicho, de donde se desprende la significación actual de “etología” como ciencia del carácter y del comportamiento del ser humano y de las especies animales. 

El ser humano, porque pertenece al mundo de los vivientes, también tiene un “hábitat”, un “territorio”; pero este territorio consiste en su  genio, en su alma, en su “ser”.  En otras palabras, no es el instinto el que lo fija en la constricción monótona de un solo tipo de “territorio”  Su pensar (Denken) es su construcción.  Es tanto el sedentario esencial como el nómada esencial: la tierra y los mundos que hay en ella constituyen su residencia.  Él/ella es de aquí, pero también puede ser de otra parte.  El genio humano, genio de la muerte y de la inmortalidad, inventa y transforma a la vez, indefinidamente, las diversas modalidades de su habitar.  

¿Qué solicita de nosotros la nueva insistencia en la relación entre ecología -tomada en la acepción reciente del término, cuyo sinónimo frecuente es “medioambiental”-, y la poesía, cuyas definiciones parten de la diseminación metastásica y vertiginosa, de su sentido?   Es preciso entender la dimensión de la amenaza “global” que pesa sobre todos los ámbitos de la ecología, y la capacidad que tiene la poesía de asumir ante ella su responsabilidad: para sopesarla, para evaluarla, para hacer de ella su propósito, o para hacerle resistencia y mandarlo todo a la punta de un cuerno.

Un verbo auxiliar fundamental de la lengua griega, lanthanesthaï, de la familia del lêthê, le dio pie a Heidegger para mirar la verdad como la a-lêtheïa, lo que puede traducirse como “no darse cuenta”   Este letargo o letargia acompaña todo modo, es decir todo verbo que diga la conducta normal de los hombres, como por ejemplo “mueren sin darse cuenta” (Platón). 

La Filosofía, es decir el pensamiento humano cifrado en lenguaje de lengua materna vernácula, como medio que permite “ver” las cosas, mientras se mira a sí misma y goza de la doble mirada; la Filosofía, al discernir, revelar y hacer explícitos los rasgos existenciales del “Dasein”[2] pretende sacarlo de su letargia, es decir de su incapacidad de percibir que él existe así gracias a esos rasgos existenciales.

            ¿Será que la poesía, encuentra su sentido (su telos) en el aumento de la letargia, en el servicio de lo auxiliar  (sueño, diversión, decoración, distracción  “donde quiera que sea por fuera de este mundo”, en el no pensar en la muerte, veneno, opiomanía)  o, en la lucidez alethéica que convoca en toda cosa, en todas partes y de mil maneras la clarividencia?  Muchos la tienen por irracional; no regida por el sentido; o como irresponsable (Goytisolo); o “surrealista”, en el sentido periodístico fatal que prevalece.

Mi respuesta “al llamado” es el de la clarividencia, del lado de una ecología radical, es decir, que no podría reconocerse a sí misma si no hiciera la diferencia entre medio ambiente y mundo, y de manera aun más general, si no se apoyara en la poesía, es decir en “el pensamiento simbólico” de la condición humana.  La tarea no es acabar con el humo del hábitat, descontaminar el “Umwelt” (la atmósfera o el medio ambiente) sino en rasgar lo Abierto –lograr nuevas aperturas-, que den sobre la “grandeza” o el “claro” (Lichung) del mundo o del Ser.

            3. Se cree que el fervor por la “purificación” con el que podría relacionarse, en modo menor una ecología ideológica y sincrética, con la tradicional y esmerada atención dada a la lengua, encuentra su formulación moderna en los versos famosos de Mallarmé “Darles un sentido más puro a las palabras de la tribu”.  Esta conjunción de purismo y preocupación identitaria, es lo que corresponde (en alto grado) a las “reacciones saludables” o  integristas, de un patriotismo lingüístico.  Que Mallarmé  no tenga nada que ver con esta interpretación común y verosímil –y que la apariencia de una similaridad pueda esconder la mayor diferencia-, es un tema que podría desarrollar en otra ocasión.

4. El fenómeno mundial (o de mundialización o globalización) es cultural.  Dentro del esquema general de la producción, la poesía se ubica, por supuesto, en un lugar secundario.  Su tarea social cada vez más reconocida (asignada) es la del entretenimiento.  En tanto que la poética “continuada por todos los medios”[3], considerada en “profundidad”, o sea, dentro de una tradición que la concibe como un modo de conocimiento o “clarividencia”, ameritaría una “Crítica de la Razón Poética”.  Digo que tal arte poético comprende la Ecología y se entiende con ella con tal de que esta se reconozca y se comprenda como lo que realmente es, en una radicalidad que va más allá del horizonte mental de las “Ciencias humanas” de nuestro tiempo y de su expresión en el ensayo crítico.

5. El pensamiento “ecológico” es difícil de precisar porque la noción de medio ambiente ha cubierto todo con un manto de conveniencias.  Porque  lo que está en juego no es el  medio ambiente, o lo que los alemanes y la etología llaman UMWELT: La pertenencia irremediable a un Umwelt  (lo instintivo, decíamos) caracteriza la naturaleza animal, en tanto que la apertura al mundo (Welt) por la cual se diferencia esencialmente de un Umwelt y de todos los Um-welt conocidos y estudiados, es propia de la humanidad.  Es lo que la Filosofía ha pensado desde su inicio.  La expresión ser en el mundo, frecuente en la Fenomenología moderna se refiere a lo mismo.  El hombre es rico en mundo, decía Heidegger no solamente en mundos, pero en mundo (Welt). Para el homo sapiens, salido de su Umwelt  “hacia” otros Umwelten, luego (o al mismo tiempo) hacia el Welt del lenguaje, es un devenir, una transformación antropomórfica, cuya “génesis real”, no ha podido retrazar hasta ahora  ninguna reproducción científica experimental.

Por ser “infinito”, el Welt no es un Umwelt agrandado.  Lo abierto (Rilke, Heidegger) no es la morada del animal ni “una” morada entre otras, reservada a los humanos.  La diferencia es precisamente la de lo infinito  que hace comprender por ejemplo el famoso poema de Leopardi.  Es al poema como arte, al que se le ha confiado el sentido de la diferencia o de lo infinito; el sentido de la apertura; el desprendimiento hacia el “claro del Ser” allí donde ocurre el “hay” “(es gibt” para citar la famosa locución heideggeriana).  Lo que está en juego es la capacidad del hombre de convertirse a lo infinito  (según el sentido de la locución familiar “Me ha convertido completamente”) de reoperar la apertura a la grandeza,  la apertura del ser.

Porque lo que ha sucedido, lo que el Filósofo llama “la edad de la Técnica”, es decir de la “ciencia” es esto: El hombre moderno al tomar posesión (Descartes) de todos los Umwelten (la “Naturaleza” como Umwelt des Umwelten), llama “Medio ambiente” todo lo que se propone “preservar”, el ensamblaje cósmico de todo ambiente (comprendidos los   “santuarios” en donde se conservan las muestras de la antigua naturaleza zoo-antropológica), “olvidando” así lo que el Pensamiento y el Arte (Dichtung) llamaban “Mundo” y escondiendo definitivamente la diferencia esencial.

En otras palabras, la defensa del “medio ambiente” (o el descontaminar) no tiene nada que ver con la tarea que exigiría la “salvaguardia del mundo” Y es donde “la poesía”, como posible sostén de la diferencia o “resistencia” ante la confusión, interviene esencialmente en afinidad con la Ecología “radical”.

6. En este punto debería elaborarse la problemática de lo cultural y de  la resiliencia, palabra cuyo uso se expande hoy en día y enuncia la instancia y la insistencia de algo nuevo.  Cultural es la palabra que señala en su conjunto la situación “epocal” del arte contemporáneo o “la edad del capitalismo cultural”[4],lo que equivale a decir cómo un arte, el de la poesía especialmente, que está en el centro de nuestra investigación, puede entrar en mutación completa, al mismo tiempo que preservar por “resiliencia” o “resistencia” una traslación de las  “reliquias” perdidas, es decir transmitidas.

7. Lo cultural es el “fenómeno social total”, para retomar una expresión de Marcel Mauss.  Realmente,  el fenómeno antropológico corriente es “ontológico”; esto quiere decir que es “la totalidad de los seres”, todo lo que es, lo que se pierde para abrirle espacio a una nueva fase del “ser” una nueva “época del ser” como diría el filósofo; que pertenece a la “Edad de la Técnica”. Lo que se denomina globalización o mundialización tiene que entenderse como la  “edad del capitalismo cultural” (con el acento de Benjamin). Entonces, no hay que tomar lo que se enfoca como “cultural” como algo superficial, local, “superestructural”, que le interesa solamente a un “Ministerio” a un presupuesto, etc. Ni la reflexión que se ocupa de manera “ontológica” (la que hacemos aquí, por cierto) como una protesta de intelectual “anticultural”!  Del mismo modo que el “antiamericanismo” no solo es un resentimiento primario, reaccionario, chauvinista, o no sé qué más. ¡No! No estamos ni “a favor” ni “en contra” de lo cultural.  Pero, en primer término  hay que constatar,  tomar la medida “total”. Pero es difícil dar este paso  y esta  “generalización” no se comprende y se rechaza…

¡No hagamos tabla rasa del pasado! Tal es nuestro imperativo. La “culturalización”, la taxidermia cultural, es decir la conversión en patrimonio  de los “genotipos culturales” para explotarlos como “fenotipos” o “productos derivados” no puede ser la última palabra. Ni toda esta canibalización de los “valores”, o su sobrevivencia en forma de valores turísticos o bienes de consumo. El cambio del mundo que se convierte en Museo Grévin. mediante una tecnología fantástica  no tiene ya nada que ver, evidentemente, con el relleno de paja o la conservación de las figuras con el proceso de la cera.

De lo “sagrado” no quedan más que las reliquias. Y las reliquias se encuentran en la lengua no en las criptas y en los cofres.   Nuestra responsabilidad  de artistas en cuanto a lo que nos llega de lo sagrado, conservado en la lengua, en las palabras de la lengua, en las obras, es depositarlas, y transferir la transmisión cultural misma para impedir su desaparición, su olvido definitivo.

¿Hay otra “salida”?»  No sé si se puede hablar todavía de salida.  Pero en fin, del mismo modo que para la Ecología fundamental es necesario tomar otra dirección, y no simplemente algunas medidas de protección, “al final” hay que tratar de bloquear la dirección “fatal” sin contentarnos más con “esperar en medio de la devastación” como un  heideggeriano ortodoxo: Es decir hay que seguir inventando un sentido al “habitar terrestre”, aun sin que ninguna (re)conciliación hölderliniana sea ya posible.

Tenemos que reestablecer el doble lazo con el “habitar” es decir con la “belleza de la tierra” (Andenken) y con el lenguaje (los saberes, las artes, la lengua vernácula, etc.) o en otros términos, necesitamos resignificar la promesa de la “tierra de promisión” (nunca poseída).  ¿En qué  transformarla para sostenernos en ella ?

Jacques Derrida se refería a otro cabo, a otra salida (opuesta a la de la mundialización por el consumo), para “fijar un nuevo rumbo” cuya dificultad hemos tratado de tantear en estas páginas.  La alianza con el arte de una “Ecología” pensante, filosófica -que no solo se ocupe de “medidas medioambientales” ordenadas por la tecnociencia, es decir seducida por la creencia en la Investigación, este “destino de la humanidad”, según Primo Levi-, la asociación con la poesía,  puede evitar los efectos no deseados del progreso científico. 

Esa alianza con la poesía, un arte no sometido al cambio cultural inmenso e inevitable del “arte contemporáneo”: es decir el arte no sometido a las aleaciones tecnológicas o “sintéticas” que instalan mensajes a guisa de una  semiótica social, para producir máximos rendimientos, en un sector importante de la economía es, o sería, una fórmula de esta citada “resiliencia”.  En pocas palabras, “mi” modo de resiliencia se llama poesía; resistencia a la mutación que la lleva fuera del logos; fuera, de la palabra; fuera de la “logicidad”, en beneficio de la “imagen” y del “cuerpo”. Es una poética que considera  “el fenómeno futuro” (Mallarmé), porque le presta atención a los videntes, es decir a las luces que se prenden para alertarnos.  




Michel Deguy
Ecologie et poésie

1. Si nous prenons les mots par l’étymologie, et les choses dont il s’agit dans une première vue d’ensemble (synopsis) de très grande généralité, nous pouvons dire : écologie et poésie non seulement se conviennent mais disent et visent « le même ». L’écologie est une logie, une pensée de l’oïkos, c’est-à-dire de la demeure terrestre et mondaine des humains – de leur « écoumène »[5]. Quant à la poésie, elle fut (le peut-elle être encore ?), si nous nous fions à Hölderlin, mode d’habitation des hommes : « Dichterisch aber wohnet des Mensch ». Les poètes, les artistes (Dichter) « assemblent la beauté de la terre » (Andenken).
Un logion archaïque attribué à Héraclite prononce – combien de fois cité pendant les trois millénaires ! – Êthos anthropô daïmon : son séjour est pour l’homme son génie. Êthos disait en grec le terrier, le gîte : pas d’animalité sans niche ; d’où la signification actuelle de « l’éthologie » : science des mœurs des espèces animales. L’homme aussi, donc, ce vivant, a un « terrier », un « territoire ». Mais ce terrier est sa génialité, son âme, son « être ». En d’autres termes, ce n’est pas l’instinct qui le fixe dans la contrainte monotone d’un seul type de « terrier ». Son bâtir (Bauen) est son penser (Denken). Il est aussi bien le sédentaire essentiel que l’essentiel nomade : la terre et les mondes de la terre font son séjour. Il est d’ici, mais il peut être aussi bien ailleurs. Le génie humain, génie de la mort et de l’immortalité, à la fois invente et transforme les modes divers, indéfiniment transformés, de son habitation.
2. L’insistance nouvelle, actuelle, sur la relation entre écologie prise dans l’acception récente du terme, souvent synonymisée par « environnementale », et la poésie alléguée selon des définitions elles-mêmes travaillées par la dissémination métastasique, vertigineuse, de son sens, que nous demande-t-elle ? De prendre la mesure de la menace « globale » qui hante les contextes variés de l’écologie, et la capacité de la poésie de prendre sa responsabilité dans cette mesure : pour la discerner, l’évaluer, en faire sa propre fin, ou lui résister et l’envoyer promener.
Un auxiliaire fondamental de la langue grecque, lanthanesthaï, de la famille du lêthê, et qui fonde Heidegger à envisager la vérité comme a-lêtheïa, peut se traduire par « ne-pas-s’apercevoir ». Cette léthargie accompagne tout mode, c’est-à-dire tout verbe, qui dit la conduite ordinaire des hommes : par exemple : « Ils meurent sans s’en apercevoir » (Platon). La philosophie, c’est-à-dire la pensée humaine en langage de langue maternelle vernaculaire comme milieu qui lui permet de « voir » les choses en se voyant elle-même, et d’en jouir, la philosophie, en discernant et révélant et explicitant les existentiaux du « Dasein »[6] prétend sortir celui-ci de sa léthargie, c’est-à-dire de son ne-pas-s’apercevoir qu’il existe ainsi « grâce à » eux. La poésie trouve-t-elle son sens (son telos) dans l’augmentation de la léthargie, le service de l’auxiliaire (rêve ; divertissement ; décoration ; distraction « anywhere but out of this world », le ne pas penser au mourir, poison, opiomanie) ou dans la lucidité alétheïque qui appelle en toute chose de toute part et de mille manières à la clairvoyance ? Beaucoup la tiennent pour déraisonnable, non astreinte au sens, irresponsable (Goytisolo), « surréaliste », dans le sens journalistique fatal qui prévaut.
La « réponse à l’appel » auquel je suis sensible est plutôt celle de la clairvoyance : du parti d’une écologie, et radicale, c’est-à-dire qui ne se connaîtrait pas elle-même si elle ne faisait  la différence entre l’environnement et le monde, et plus en général encore si elle ne faisait fond sur la poésie, c’est-à-dire sur « la pensée symbolique » de la condition humaine. Il ne s’agit pas de désenfumer le terrier, de dépolluer l’Umwelt (atmosphère ou environnement), mais de rouvrir l’ouverture – et reménager les ouvertures – sur la « grandeur » ou « clairière » (Lichung) du monde ou de l’Etre.
3. Le souci de « purification », par où s’apparenteraient en mode mineur une écologie idéologique et syncrétique et le soin linguistique de la langue, est ancien et plausible, jusqu’à trouver – croit-on – sa formulation moderne dans le vers fameux de Mallarmé : « Donner un sens plus pur aux mots de la tribu ». Purisme et préoccupation identitaire, voilà qui correspond (trop bien) aux « réactions salutaires », voir intégristes, d’un patriotisme langagier. Que Mallarmé n’ait rien de commun avec cette interprétation plausible commune – et donc que l’apparence d’un même puisse cacher la plus grande différence –, voilà ce que je développerai peut-être ailleurs.
4. le phénomène mondial (ou : de la mondialisation) est « culturel ». La poésie elle aussi, bien sûr, est mise à sa place – secondaire – dans le dispositif général des productions. Sa tâche sociale de plus en plus reconnue (assignée) est de l’animation ; tandis que la poétique continuée par tous les moyens[7], envisagée à la « profondeur », i.e. cette radicalité qui, si on reçoit la tradition de poésie comme un mode de connaissance auquel conviendrait, par exemple le nom de « clairvoyance », mériterait sa « Critique de la Raison poétique », telle Poétique, dis-je, entend, et s’entend avec, l’écologie, pour peu (mais ce peu est en excès sur l’horizon de l’intelligence « sciences humaines » de notre temps et son essayisme critique), pour peu que l’écologie soit elle-même sondée et comprise à l’étiage de radicalité qui convient.
5. La pensée « écologique » est difficile à entrevoir, car le terme d’environnement a tout recouvert d’un voile de convenances. Or il ne s’agit pas d’environnement, c’est-à-dire de ce que les Allemands et l’éthologie nomment UMWELT. L’appartenance déterminée, infranchissable (« instinctive », disait-on), à son Umwelt caractérise l’animalité. L’ouverture au Monde (Welt) par où il diffère essentiellement d’un Umwelt et de tous les Um-welt connus et étudiés, caractérise l’humanité. C’est la philosophie qui pense cela, depuis son début. L’expression d’être-au-monde, fréquente en phénoménologie moderne, le fait entendre. L’homme est riche en monde, disait Heidegger : pas seulement en mondes, mais en monde (Welt). Pour homo sapiens, sorti de son Umwelt « vers » d’autres Umwelt, puis (ou en même temps) vers le Welt par le langage, est un devenir (anthropomorphose) dont à ce jour aucune reproduction scientifique expérimentale ne peut retracer la « genèse réelle ».
« Infini », le Welt n’est pas un Umwelt élargi. L’ouvert (Rilke ; Heidegger) n’est pas le séjour de l’animal, ni « un » séjour parmi d’autres, réservé aux humains. La différence est précisément celle de l’infini – que fait entendre par exemple le fameux poème de Leopardi. C’est au poème, c’est-à-dire à l’art, qu’a été confiée la différence-par-l’infini, le sentiment de l’ouverture, l’arrachement vers (pour) la « clairière de l’Être » (celle où il y a), pour citer la fameuse locution heideggérienne. Il s’agit de retourner l’homme à l’infini (selon le sens de la locution familière : « Il m’a complètement retourné »), de réopérer l’ouverture à la grandeur ou « apérité » de l’être.
Or il est arrivé ceci (c’est ce que le Philosophe appelle « l’âge de la Technique », c’est-à-dire de la science) que l’homme moderne prenant possession (Descartes) de tous les Umwelt (la « Nature » en tant qu’Umwelt des Umwelt), appelle « Environnement », qu’il entend « préserver », le cosmique emboitement de tout environnement (y compris les « réserves » où sont stockés des échantillons de l’ancienne nature zoo-anthropologique), « oubliant » ainsi ce que la pensée et son Art (Dichtung) appelaient « Monde » et recouvrant définitivement la différence essentielle.
D’un mot : la défense de « l’environnement » (dé-pollution) n’a rien à voir avec la tâche qu’exigerait la « sauvegarde du monde ».
Et c’est par où « la poésie », en tant que possible maintien de la différence, ou « résistance » à la confusion, intervient : essentiellement affine à l’écologie pensante (ou « radicale »).
6. A ce point devrait s’élaborer la problématique du culturel et de la « résilience » – ce mot dont l’usage qui se répand aujourd’hui pointe comme l’instance et l’insistance d’une chose neuve. Culturel est le mot qui signale dans son ensemble la situation « épochale » de l’Art contemporain (« l’âge du capitalisme culturel »[8]) : à savoir celle-ci : comment un art, et celui de poésie spécialement, au centre de mon questionnement ici, peut-il entrer en mutation complète, tout en préservant par « résilience », ou « résistance », une transformation, une translation de l’ancien, des « reliques » perdues, c’est-à-dire transmises.
7. Le culturel est un « phénomène social total », pour reprendre une expression de Marcel Mauss. A vrai dire : le phénomène anthropologique en cours… C’est « ontologique » ; ça veut dire que c’est « le tout de l’étant » (tout ce qui est ; tout ce qu’il y a) qui est emporté – en nouvelle phase d’« étantité », dirait le philosophe ; autrement dit en une nouvelle « époque de l’être » (dirait le même) ; ou encore : la phase en cours appartient à « l’âge de la Technique » ; et il s’agit d’appréhender ce moment où nous en sommes comme « âge du capitalisme culturel » (avec un accent « benjaminien »), qu’on appelle partout « mondialisation ». Donc, de ne pas prendre ce qui est visé par « culturel » pour quelque chose de superficiel, local, « superstructurel », intéressant seulement un « Ministère » et un budget, etc. Ni la réflexion qui s’en soucie « ontologiquement » (celle-ci, donc) pour une râlerie d’intellectuel « anti-culturel » ! Pas plus que l’« antiaméricanisme » n’est un ressentiment primaire, réactionnaire, chauvin, ou je ne sais quoi. Non ! Nous ne sommes ni « pour » ni « contre » le culturel. Mais d’abord il s’agit de constater ; de prendre la mesure « totale ». Or c’est difficile à admettre, et cette « généralisation » est en général incomprise et refusée…
Du passé ne faisons pas table rase ! Telle est l’injonction principale pour nous. La « culturalisation », ou taxidermie culturelle, c’est-à-dire la patrimonialisation des « génotypes culturels » et leur exploitation en phénotypes (« produits dérivés »), toute cette vampirisation des « valeurs », ou survie en valeurs touristiques consommatoires d’un monde visitable devenant Musée-Grévin du monde, par une technologie fantastique qui n’a plus rien à voir, évidemment, avec l’empaillement ou la cire de conservation « Grévin »,… ne peut être le dernier mot.
Du « sacré », il n’y a plus que des reliques ; et les reliques sont dans la langue (non dans les cryptes et les châsses). Ce qui nous vient du sacré, et qui est conservé dans la langue, les paroles de la langue, les œuvres, notre responsabilité d’artiste est de le déposer, et le transférer à la transmission culturelle elle-même, pour empêcher sa disparition, son oubli définitif.
Une autre « issue » ? Je ne sais pas si on peut encore parler d’issue. Mais enfin – de même que pour l’écologie fondamentale il s’agit de prendre une autre direction, et pas simplement quelques mesures de protection – il s’agit bien « à la fin » de chercher à infléchir la direction « fatale », ne nous contentant plus d’« attendre dans la dévastation » comme un heideggérien orthodoxe ; c’est-à-dire de continuer à inventer un sens à l’« habitation terrestre », même si aucune (ré)solution hölderlinienne n’est plus possible.
Le double attachement à « l’habiter », c’est-à-dire à la « beauté de la terre » (Andenken) et à la langue (aux savoirs, aux arts, aux parlers en langue, etc.), en d’autres termes encore à la promesse de « terre promise » (pas possédée), en quoi le transformer pour nous y tenir ?
*
Jacques Derrida appelait « autre cap » cette direction autre (autre que celle de la mondialisation par consommation), dont ces pages tâtonnent la difficulté d’une problématique. L’alliance d’une « écologie » pensante, philosophique, et pas seulement soucieuse de « mesures environnementales » commandées par la techno-science, c’est-à-dire en fin de compte leurrée par cette croyance que la Recherche (ce « fatum de l’humanité », selon Primo Levi) saura inventer les parades aux contrefinalités du progrès scientifique, l’alliance, dis-je, avec l’art (de poésie tout simplement), lui-même non asservi au devenir culturel immense et inévitable de « l’art contemporain », c’est-à-dire d’alliages technologique ou « synthétiques » installant des messages (une sémiotique sociale) pour les profits maxima dans un secteur de l’économie entraînant, est, ou serait, une formule de cette « résilience » alléguée. Brièvement : « mon » mode de résistance s’appelle poésie ; résistance à la mutation qui entraîne celle-ci hors du logos, de la parole, hors « logicité », au profit de « l’image » et du « corps ». C’est une poétique qui envisage « le phénomène futur » (Mallarmé), parce qu’elle fait attention aux voyants, i.e. aux lumières qui s’allument pour nous alerter.









ECOLOGY AND POETRY
Michel Deguy 
                                                                                  English version by Gérard Bucher.

            1. If we take into account the words’ etymologically, we might say that, from a broad synoptic standpoint, ecology and poetry not only cohere but are “one and the same”. Ecology is a “science”, a discourse about the oikos, about the earthly or worldly dwelling of human beings – their “ecumene”[9]. As for poetry, it was (and perhaps still is?), according to Hölderlin, a way for men to dwell: “Dichterisch aber wohnet der Mensch”. Poets and artists (Dichter) “(re)collect the beauty of the earth” (Andenken).
            An archaic line attributed to Heraclitus, quoted over and over again throughout the centuries, says: Êthos anthropô daimon: Man’s dwelling place is his genius. In Greek Êthos designates a lair or a burrow. An animal can live only if he belongs to a niche, hence the current meaning of “ethology”: the science of animal behavior. In so far as he belongs to the world of the living, man also has a “habitat”, a “territory”, but his place of dwelling lies in his genius, his soul, his “being”. In other words, he is not bound by instinct to one monotonous “habitat”. His ability to build (bauen) his own place of residence is his capacity to think (denken). He is both the essential sedentary and the essential nomad; the Earth and the worlds within the Earth constitute his abode. He is (from) here but also (from) elsewhere. Man’s genius, as he incarnates death and immortality, constantly invents and transforms the modalities of his “habitat” through an indefinite series of variations.
            2. What does the current insistence on the relationship existing between ecology (understood in its modern sense as a synonym of environmental) and poetry (the definitions of which are modulated by the disseminating and vertiginous metastasis of its meaning) require of us?  It requires that we become aware of the “global” threat currently bearing on the entire spectrum of ecological “contexts” and of poetry’s ability to rise to the occasion: to assess the possibility of a response, to evaluate it, to make it its own purpose, to resist it or to kiss it off.
            A basic auxiliary verb of the Greek language linked to lêthê, lanthanestathaï, authorized Heidegger to view truth as a-lêtheïa which could be translated as “not to heed”. This lethargy accompanies any mode, i.e. any verb, which denotes the ordinary behavior of man, as is the case in: “they die without realizing it” (Plato). Philosophy or man’s thinking as it is conveyed by common language – the vernacular mother tongue as medium which enables us to “see” things while glimpsing this “seeing in words” and enjoying the double “take” –  philosophy, in so far as it discerns, reveals and makes explicit “Dasein’s”[10] “existentials”, ambitions to free it of its lethargy, i.e. its inability to notice that it exists only thanks to said “existentials”. Hence the question of knowing if its meaning (its telos) lies in an increased lethargy, as conveyed by way of this auxiliary (through dreams, diversions, decorations, distractions, “Anywhere out of this world”[11]: the blanking out of the fear of death, poison, opium addiction) or in the alethéic lucidity of a supreme clairvoyance in all matters, all places and in a thousand ways? Many view poetry as irrational; not governed by meaning, irresponsible (Goytisolo); “surrealistic” in the fatal journalistic sense that prevails.
            My own propensities respond to this calling in the later fashion as it favors poetic clairvoyance which, in so far as it sides with a radical form of ecology, would have to give up its calling should it fail to make a distinction between the environmental and the world, and more broadly still, if it tended to disclaim poetry’s inheritance i.e. the “symbolic grounding” of the human condition. The task is not to decontaminate our habitat, to cleanse the Umwelt (the atmosphere or the environment), but instead to tear up the Open, practice new openings unto “greatness” or the “clearing” (Lichtung) either of the world or of Being.
            3. The passion to “purify”, whereby an ideological and syncretic ecology would seek to align itself with the ancient care given to language, finds its modern formulation, according to some, in Mallarmé’s famous line of verse “to render a purer meaning to the words of the tribe”. This conjunction of a preoccupation for purity with that for identity would seem to satisfy (all too well) a “sanitary reaction” or lingering linguistic patriotism. That Mallarmé’s conception is foreign to this facile interpretation and that the appearance of a certain superficial similarity hides, in fact, the greatest of possible differences is an issue I might choose to deal on another occasion.
            4. The global phenomenon (or globalization) is “cultural”. In the overall scheme of productions, poetry finds itself demoted to a secondary position. As a social function it is more and more frequently associated with entertainment. While poetics, “as pursued by any means”[12], viewed at its adequate depth and level of clairvoyance, and considered congruent with a certain tradition that establishes it as knowledge, would require nothing less than “A Critique of Poetic Reason”. I say that such a poetic art includes ecology in so far as, beyond the contemporary purview of the “human sciences” or of any essayistic endeavors, ecology can be assessed for what it really is.
            5. “Ecological” thinking is difficult to make out because the notion of environment has been blanketed in convention. For what is at stake is precisely not the environment or what the Germans call UMWELT, i.e. the fact of being irremediably entangled in an Umwelt (an instinctive sphere) insofar as it pertains to animal nature. By contrast, the “worlding of world” which characterizes humanity precisely distinguishes itself, not only from any given Umwelt, but from the sum of all known and knowable Umwelten. This is what philosophy has always had to think from the outset. The expression “being-in-the-world” which is a recurrent formulation in modern phenomenology indicates the same. Heidegger said that man is “world wealthy” not only because he captures a plurality of worlds but essentially one world (Welt). That Homo Sapiens, emerged from his Umwelt into a radically different Umwelt and hence into the Welt by means of language is an “evolution” or an anthropomorphic transformation which, until now, no experimental science has been able to trace as a “real genesis”.
            In so far as it is infinite, the Welt is not merely a broadened Umwelt. The Open (Rilke, Heidegger) is not the abode of an animal nor is it merely the “one” which has been granted to human beings. The difference is precisely that of the infinite as heeded for example in Leopardi’s famous poem. It is to the poem as art that has been entrusted a sense of difference or of the infinite. A sense of the Open: the wrenching free towards a “clearing of Being” wherein occurs a “there is” (“es gibt” famously pointed out by Heidegger). At stake is man’s ability to face a radical turnabout, to rekindle an inkling of the infinite, to reenact a sense of what is great, to measure the magnitude of being.
            For that which has taken place – and which philosophy has called “the age of Technique” i.e. “science” – is this: modern man (Descartes) in taking possession of all Umwelten (“Nature”) and intending to preserve the cosmic convolution of all environments which he has subsumed under the noun “Environment” (including the “sanctuaries” in which some samples of ancient zoo-anthropological nature have been “preserved”) has kept on loosing sight of that which Thought and Art used to call “World”. Hence the continual and irretrievable hiding of the essential Difference.
            Stated differently, the fact of defending or decontaminating the “environment” has nothing to do with what would be required should we choose to “safeguard the world”.
            This is the impasse wherein poetry, as it is attuned to thinking a “radical” ecology, has to uphold difference and “resist” the present confusion.
            6. At this stage, it is the issue of the cultural and of resilience that need to be questioned. In so far as its use has become prevalent, resilience serves as the indicator of a new and persistent possibility. Cultural, on the other hand, points towards the “epochal” situation of contemporary art as a whole (“the age of cultural capitalism”[13]) which amounts to something like the following: how is any art (poetry being a particular instance) understood as the focus of our inquiry, to undergo a complete transformation while preserving, through “resilience” or “resistance”, a “translation” of what remains of those relics which have been lost as they were being handed down?
            7. The cultural is the “total social phenomenon” as in the phrase coined by Marcel Mauss. Actually, the current anthropological phenomenon as it unfolds… is “ontological”. Which means that “the totality of beings” (all there is) is being washed away to make place for a new phase of “being”, a new “epoch of being” as the philosopher would say, belonging to the “age of Technique”. What is referred to everywhere as “globalization” needs thus to be understood as the “age of cultural capitalism” (with a Benjaminian twist). However, what is designated here as “cultural” must not be confused with some superficial, local or super-structural concern which needs to be budgeted or to be referred back to an administration. Nor must such an intellectual, ontological, pursuit (as illustrated in these pages) be viewed as some “anti-cultural” intellectual bickering! No more than “anti-Americanism” can be assimilated to a mere primary, reactionary chauvinist resentment or to who knows what else. No! We are neither “for” nor “against” the cultural. Our duty is to size up the facts. Now, this step is a difficult one to take and any type of “generalization” tends to be misunderstood or rejected…
            Let us not make a blank slate of the past! This is our motto. The phenomenon of “culturalization”, of cultural taxidermy, of the ownership claim over “cultural genotypes” to be exploited as “phenotypes” or “derivative products” cannot have the final say. Nor can the cannibalism of “values” and their survival in the form of tourist or consumer “goods”. The Madame Tussaud’s metamorphosis of the world by means of a “fantastic” technology has no longer anything to do with the mere stuffing up of figures or a wax-museum preservation syndrome.
            Of the “sacred” only “relics” remain. But these relics are to be found not in crypts or shrines but in language. Our responsibility as artists towards what remains of the sacred, as safeguarded in language, in relation to words and works, is to deposit them, to reenact the cultural transmission itself in order to prevent its extinction, its complete obliteration.
            Could there be another outcome? I don’t know if we may yet speak of an alternative. But in any case, as with fundamental ecology, we must change directions and not merely accumulate “protective measures”. In “the final analysis”, we must try to thwart the “fatal” outcome. We can no longer satisfy ourselves with “waiting amidst desolation”[14] as some orthodox Heideggerian might wish to do. We must instead continue to invent a sense of “dwelling” even if no Hölderlinian (re)conciliation is in sight.
            That we have to reestablish is the dual link with “dwelling” i.e. with the “beauty of the earth” (Andenken) and with language (knowledge, the arts, the vernacular tongue, etc.). To put it another way, we need to rekindle the hope of the (never owned) “promised land”.

            Jacques Derrida referred to this possible other outcome (as opposed to globalization by consumerism) as “setting a new course”: the very topic with which we have been grappling in these pages. At any rate, the undesirable effects of scientific progress could be warded off only by the alliance of a “thinking ecology” (no longer exclusively focused on “environmental measures” as stipulated by the techno-sciences or the misguided belief in Research, i.e. “mankind’s fate” according to Primo Levi) with art (simply put with poetry). Reciprocally, the formula for true “resilience” would imply a break away from the immense and inevitable cultural turn in “contemporary art” towards technological and “synthetic” modes of fabrication as it installs messages geared at obtaining maximum yields. In short, “my” form of resistance is called poetry. It is a resistance to the mutation which, in the name of “logicality” fosters the “image” and the “body” while uprooting the logos, the word. It is a poetic art that embraces “the future phenomenon” (Mallarmé) as it gives precedence to the seers, i.e. the lights that light up and warn us of what’s coming.                      




6. CONFERENCIA DE JOHN RALSTON SAUL:
EL PAPEL DE LA PALABRA EN LA REINVENCIÓN DEL MUNDO


Biblioteca Luis Ángel Arango
Viernes 19 de septiembre


6.2 Presentación de Margarita Garrido*

John Ralston Saul nació en Otawa y estudió en McGill University y en King’s College London. Después de trabajar en Petro Canadá, se dedicó a escribir y ha tenido una brillante carrera como novelista y ensayista. Ha sido presidente del Centro Canadiense del PEN Internacional, hoy es presidente honorario del mismo y uno de los más destacados y brillantes hombres de su país, donde preside importantes corporaciones. Sus cinco novelas han sido traducidas y reseñadas profusamente y algunas de ellas como The Paradise Eater le mereció el Premio Letterario Internazionale y, en conjunto, el de Caballero de las Artes y las Letras de Francia. Su trilogía filosófica formada por los libros Voltaire’s Bastards, The Doubter’s Companion y The Unconscious Civilization le han dado reconocimiento internacional y premios como The Gordon Montador Award, en dos ocasiones, una en 1996 y otra en 1998, y la distinción con el más alto honor civil en su país, el de Companion of the Order of Canada, en 1999. El doctor Saul ha expresado, en distintas ocasiones, el gran valor que le da al haber obtenido la medalla presidencial Pablo Neruda en Chile.

Su compromiso con las grandes cuestiones sociales como la democracia, la ciudadanía, la libertad de expresión, la educación, las lenguas indígenas y el medio ambiente ha estado presente y expresado en el conjunto de sus obras, con una actitud crítica hacia algunos de los más fuertes pilares de la civilización occidental.

En primer lugar, el poder moderno tecnocrático y gerencial, cuyo lenguaje envuelve al individuo en una cierta visión del mundo y esconde el sentido de las cosas o al menos los múltiples sentidos. En segundo lugar, la crítica a la dictadura de la razón sobre las demás capacidades mentales. Es decir la razón que deja de lado el sentido común, la creatividad, la ética, la intuición y la memoria. En tercer lugar, la crítica al individualismo que desestima la solidaridad humana.

En su libro The Collapse of Globalization and the Reinvention of the World, publicado en el año 2005, recoge su cuestionamiento a la ideología globalista y señala cómo la globalización está rompiéndose en piezas contradictorias, en nacionalismos positivos y negativos.

Su reciente apuesta definitiva por la libertad de expresión, con el libro Joseph Howe and the Battle for Freedom of Speech, lo pone en el centro de los intereses de este congreso del PEN, en el que intervendrá sobre el papel de la palabra en la construcción de un nuevo mundo.



El Papel de la Palabra en la Creación de un Mundo Nuevo
John Ralston Saul
Congreso Internacional del PEN.  Bogotá, 19 de septiembre de 2008

Es un gran honor para mí dirigirme a ustedes aquí en Bogotá.en esta reunión que sigue la gran tradición de los congresos PEN a los que he asistido desde los años ochenta. Es grato estar aquí con Jiří Gruša, quien continúa jugando un papel tan importante como nuestro Presidente internacional, y por supuesto con Enrique Santos Molano, el presidente del PEN colombiano y Cecilia Balcázar de Bucher, miembro de la Junta Directiva del PEN Internacional. El PEN de Colombia merece nuestras felicitaciones por organizar este congreso.

Bogotá representa una sociedad fascinante y compleja como son complejas las sociedades de donde provenimos cada uno de nosotros.  Me gustaría comentar esta noche la situación que como escritores compartimos, en nuestros diferentes países, y civilizaciones.

Si diéramos un paso atrás para tomar perspectiva sobre la naturaleza de nuestras sociedades, creo que estaríamos de acuerdo en describirlas como corporativistas, en el sentido que se le daba a esta palabra en los años treinta. Y, como sucede con tanta frecuencia en una era corporativista, nos vemos rodeados del renovado fenómeno del populismo, que es lo último que hubiéramos deseado experimentar en este nuevo siglo.

Porque en tanto que escritores y escritoras, buscamos el lenguaje, los conceptos, las palabras, para confrontar esta combinación de populismo y corporativismo. Nada más difícil de confrontar que una civilización que se describe a sí misma como si estuviera haciendo una cosa cuando de hecho está realizando otra diferente.

Antes de abordar el tema de esta charla  permítanme decir algunas palabras sobre el PEN Internacional. Desde finales de los ochenta, esta Organización viene gozando de una notable evolución. Ayer en la inauguración, Jiří Gruša dijo: “Puede que el PEN haya nacido en Europa, pero Europa es solo una pequeña parte del todo.” En otras palabras, El PEN se ha vuelto internacional de verdad. Esta evolución ha ocurrido gradualmente  en el curso del último cuarto de siglo, y a medida que el PEN se ha abierto al mundo, ha asimilado también principios equivalentes y propósitos de todo el mundo que se armonizan con los de su origen. Nos hemos mantenido fieles a nosotros mismos, a la vez que hemos cambiado profundamente.  Hemos puesto en marcha una estructura democrática moderna sin caer en las trampas burocráticas que han deteriorado tantas otras ONG’s. Como resultado, el PEN Internacional sigue trabajando en favor de la libertad de expresión y la liberación de los escritores encarcelados, como siempre lo ha hecho, pero con nuevos enfoques y en una búsqueda constante de nuevas soluciones. Y así, lo que Jiří como Presidente ha logrado y Homero antes que él; lo que  Eugene ha alcanzado como Secretario General y Joanne antes que él, son realizaciones de veras notables. Y me parece que la construcción de una organización cada vez más eficaz bajo Caroline es algo que a todos nos debe enorgullecer, ya que le ha permitido a PEN cumplir cada vez más con su papel en el mundo.

En segundo lugar quiero expresar unas palabras sobre el desarrollo del programa mundial de Escritores en el Exilio. Con ICORN, el programa cuenta con una poderosa organización en Europa que poco a poco se torna internacional y ha desarrollado un programa que cobija de 30 a 50 escritores en el exilio. El PEN de Canadá tiene un programa que beneficia a 20 o 25 escritores exiliados.  El número de escritores en el exilio asciende a cerca de 75 en diferentes partes del mundo, y me parece que podría haber muchos más.

He conocido este proceso de cerca por estar involucrado con el programa de PEN Canadá desde el comienzo y asistir al Comité Asesor de ICORN. Y es claro que la oficina central del PEN juega un papel crucial en hacer posible toda esta actividad.

Hablar del programa de Escritores en el Exilio es una manera importante de examinar la fuerza y la fragilidad de la literatura en el mundo. Todos sabemos qué pasa cuando un escritor es encarcelado. Pero hay diversas formas de estar en la cárcel. Más a menudo de lo que se cree el exilio tiende a ser una especie  de celda para un escritor o una escritora.  Porque si se está en  el exilio se pierden la comunidad; los lectores y con gran frecuencia también los editores.  Y si se escribe en una lengua local nos convertimos también en víctimas de la falta de estructuras internacionales para acoger lo que podríamos llamar lenguas minoritarias.

Y así, un escritor puede verse libre de prisión, pero estar viviendo en otra clase de celda, que podría llamarse la cárcel del silencio. Nosotros en PEN, con nuestra labor tradicional para salvar la vida de los escritores y sacarlos de la prisión, puede que hayamos hecho mucho, puede que hayamos ayudado a salvar sus vidas. Pero para que ese trabajo quede completo, especialmente si los escritores son forzados a exiliarse, tenemos que pensar en sus vidas de escritores en el exilio. No hay respuestas fáciles a este problema, y cada nuevo exilio pondrá a prueba no sólo al escritor en cuestión, sino a todos nosotros. Esto también es un recordatorio de la relación entre la lengua y el poder. Muchos de nosotros hablamos lenguas extraordinarias – lenguas poderosas que atraviesan fronteras – lenguas que por tal razón  tienen características imperialistas.

Como bien lo sabemos, existen muchas otras lenguas igual de ricas y extraordinarias, pero que no tienen poder internacional, ni siquiera poder nacional. En muchos casos, la historia de los estados-nación modernos implicó la creación de un exilio interno para los escritores de estos idiomas. Más recientemente, algunas de estas lenguas  han encontrado sus propias fronteras políticas. En otros casos, algunos de los viejos estados-nación monolíticos se han abierto a la idea de acoger estas lenguas minoritarias. Sin embargo, nuestro trabajo en Escritores en el Exilio es un recordatorio constante de los resultados negativos de la creación de los Estados-nación monolíticos, y por supuesto de las dificultades que representan las políticas concebidas con una idea estrecha de la cultura. Porque escribimos en lenguas determinadas, estamos para bien o para mal atrapados en esa época de las estructuras nacionales construidas alrededor de esas lenguas.  Tal como lo sabemos los que venimos de países más pequeños, esto puede ser una gran fortaleza que proteja nuestra lengua y su uso. Pero también puede ser una debilidad cuando debe enfrentarse la falta de libertad de expresión.

Hay una debilidad adicional que apareció durante las últimas dos décadas con el crecimiento del corporativismo y el populismo en sus formas más nuevas. En Occidente, hemos pasado a través de medio milenio de creación de Estados-nación inspirados en la idea de pureza - búsqueda de sociedades homogéneas de una sola raza, una sola lengua, una sola religión y un solo mito.  Las sociedades que tuvieron el poder de proceder así, con frecuencia llevaron el concepto de pureza al de imperio, y a su vez se propusieron destruir las sociedades no monolíticas, las minoritarias, y también las lenguas minoritarias, en nombre del destino, el idioma y la cultura nacional del imperio. Durante todo este periodo hemos visto muchas cosas positivas – la construcción de programas sociales  y de la educación pública, por ejemplo – pero para muchos ha sido una época de lo que José Martí llamó “la democracia vengativa que avanza en la oscuridad.”

Hoy nos sentimos, para bien o para mal, atrapados en un mundo globalizado. Esta nueva forma de internacionalismo tiene muchas ventajas. Pero también constituye una nueva versión del sentimiento de un destino inevitable propio de las civilizaciones más poderosas. Lo que se llama globalización ha resultado ser, de muchas maneras, un internacionalismo falso, que al estar dominado por el énfasis en lo económico – una perspectiva bajo cuya óptica se juzga todo, incluyendo la cultura – nos encontramos en una situación que posterga el verdadero diálogo entre las culturas. Por un lado, este sistema estimula  cierta conformidad comercial internacional que debe aplicarse en todo sitio y toda situación. Por otro lado, parece haber llevado, tal vez como reacción, a reanimar el populismo y a rivalidades negativas entre las culturas. En otras palabras, lo que debería  ser un nuevo capítulo del internacionalismo, ha propiciado  el regreso del populismo y del corporativismo.

Al mismo tiempo, hemos visto aparecer interesantes modelos contemporáneos de Estados-nación post-modernos, o lo que llamaría Estados-nación no monolíticos. Por ejemplo, lo que con frecuencia se ve en Europa como lucha entre fuerzas a favor y en contra de la inmigración, podría más bien concebirse como el paso de la vieja idea de la Ilustración, de la nación monolítica, y su gradual reemplazo por una nueva forma de Estado-nación no monolítico. ¿Qué significa todo esto? De muchas formas significa un retorno a lo que fue más interesante del período anterior a la Ilustración, a saber, que la gente podía imaginarse como perteneciente a una región, una ciudad y una nación incipientes. En otras palabras, las personas podían verse a sí mismas de manera no monolítica; podían disfrutar de la idea de la complejidad y vivir en sociedades de múltiples niveles. Con frecuencia he dicho, respecto a la situación canadiense, que somos una versión positiva de aquella enfermedad llamada trastorno de personalidad múltiple. Pero cuando logramos lo máximo de nosotros mismos, tenemos un orden de personalidad múltiple.

La nuestra es sólo una sociedad entre muchas de las Américas que ve la inmigración como una gran oportunidad, y la ve como algo que tiene un impacto muy local. En los niveles municipales y regionales, este factor ayuda a romper lo monolítico y le da a la gente una manera de abrirse a sociedades pluriculturales.  En la ciudad de Toronto, de donde provengo, más de 50% de la población nació en otros países. Esto lo experimentamos como una gran oportunidad, entre otras cosas, para resignificar el lenguaje, las ideas, las palabras.. Esta realidad humana local se ha convertido en la ocasión para resucitar el concepto de ciudadano, más allá de las viejas ideas de raza y de mitos ancestrales.

Me refiero a todo esto porque PEN, en su ideal más alto, es una ilustración de la idea del ciudadano no-monolítico. Muchos de nosotros venimos de sociedades en donde mucha sangre se derramó para crear la idea monolítica de la nación. Y sin embargo, aquí estamos, sólo pocos años más tarde, tratando de alejarnos de esa falsa pureza en dirección de una idea más interesante de la complejidad. Muchos de nosotros venimos de sociedades que se mantuvieron en esa idea de la complejidad, en parte por vivir en sociedades y culturas minoritarias fuertes. Lo que sabemos es que este encuentro de minorías y mayorías, tomado como algo positivo, puede ser una fuerza formidable para la creatividad y la imaginación.

Ahora, quisiera volver a la idea del regreso del corporativismo. Muchos de nosotros descartamos la idea del corporativismo una vez terminada la segunda guerra, casi como una fábula que desapareció después de 1945. El vínculo entre Mussolini y el corporativismo se ha usado para burlarse de este por los aspectos militaristas y brutalmente dictatoriales que Mussolini le imprimió. Sin embargo, es importante volver, y analizar lo que sucedió en los años treinta. El corporativismo se propuso, sobre todo en Italia, por parte de algunos filósofos como opción alterna a las diferentes ideas de individualismo y ciudadanía propuestas por las democracias liberales. Los  filósofos corporativistas proponían un nuevo tipo de civilización manejada por grupos, en particular por los grupos de interés y sus representantes. Hoy, algunos los llamarían grupos de inversionistas.

Esta alternativa a una democracia basada en la ciudadanía constituye una forma de liderazgo racional de expertos. Se trata de una civilización basada en el mérito y enfocada en el fortalecimiento de sus técnicos a través de la especialización y la educación, o lo que podríamos llamar hoy la educación en silos. Estas sociedades se estructuran verticalmente, en vez de horizontalmente.

Una de las características de las sociedades corporativistas exitosas es la de que cada grupo meritocrático de expertos debe desarrollar su propia jerga especializada, cada vez más incomprensible para los especialistas de los otros silos. Debido a que a estos grupos les sería imposible comunicarse entre ellos, y que inclusive una conversación entre ellos sería una especie de traición al profesionalismo, resulta que la sociedad la manejarían unos gestores de nuevo formato, expertos en organizar los silos de los contenidos. En otras palabras, el corporativismo sería una sociedad en la que el poder privilegiaría la forma sobre el contenido; y porque a los especialistas no se les pediría adentrarse en debates públicos – es decir, en la admisión de la incertidumbre – sería una civilización construida alrededor de silos aislados de certeza especializada y la eficiencia de los enlaces administrativos.

En  tal civilización, sería cada vez más difícil utilizar la lengua natural. Sin duda sería inaceptable desde el punto de vista social. De cierta forma, el lenguaje creativo sería una expresión de deslealtad ante las corporaciones y perturbaría la eficiencia de los gerentes.

Habrán podido ustedes darse cuenta  de que el modo en que vengo describiendo los métodos del corporativismo de los años treinta, desprovisto de su militarismo y racismo, de su violencia dictatorial abierta, se parece extrañamente a los métodos que admiran hoy nuestras universidades, nuestras estructuras de gobierno y nuestro sector privado.

Desde el punto de vista de la sociedad, ¿qué aspecto tiene hoy la condición corporativista? Primero, existe una creciente confusión entre el contrato social y el contrato comercial. He hablado con magistrados de las Cortes Supremas de todo el mundo, y casi todos están de acuerdo en que hemos llegado a un punto en que los métodos administrativos de los últimos cincuenta años lograron confundir tanto el contrato social y el contrato comercial,  que les resulta difícil prescribir normas basadas en principios de justicia, por oposición a unas interpretaciones restringidas de la ley. En muchos sentidos esto explica la frustración que los ciudadanos sienten con sus sistemas judiciales.

Segundo, el auge de la especialización y las jergas de los especialistas ha hecho cada vez más difícil sostener diálogos amplios, debates, reflexiones públicas e incluso propiciar una educación basada en lecturas extensas. Por supuesto, todas estas cosas se dan, pero no son lo más admirado en nuestra sociedad, sino que se ven como una forma de diletantismo. Entonces, cada vez más encontramos que vivimos en sociedades lideradas por élites altamente especializadas que no le conceden importancia a las discusiones o los debates amplios. Esta situación genera un creciente miedo a la incertidumbre en quienes ocupan posiciones de poder. Temen mostrar la incertidumbre en público. Piensan que la certeza es un signo de su capacidad de expertos que han accedido por méritos a sus cargos.

Sin embargo, la democracia depende de manera cabal de la aceptación de la incertidumbre pública por parte de sus líderes. La fortaleza de cualquier tipo de democracia – y hay muchas formas diferentes con fuentes muy diferentes, en todo el mundo – es que los ciudadanos se beneficien de que sus líderes convivan con la incertidumbre como fuerza positiva. Y por supuesto, que los escritores tengan, como una de sus funciones principales, la celebración de la creatividad como gran fuerza positiva en la constante incertidumbre.

Tercero: después del lento ascenso de la libertad de expresión como un factor primordial en muchas naciones, hemos sido testigos de su marginalización gradual a través de los recursos menos esperados. Incluso una herramienta banal como el contrato laboral se ha vuelto un mecanismo corporativista. Claro que la organización gradual de las sociedades occidentales en particular en sociedades altamente administradas, ha tenido muchos aspectos positivos. Esto ha ofrecido el tipo de protección para los trabajadores e inclusive para los empleados de cuello blanco que los sistemas antiguos de empleo no controlado simplemente no ofrecían. Pero en su forma más reciente, hemos visto el surgimiento del contrato laboral o su equivalente como un mecanismo que puede controlar y limitar severamente  la libertad de expresión y acción de un ciudadano. ¿A qué me refiero? Los ciudadanos, a través de sus impuestos, pagan la educación de los ciudadanos jóvenes. Estos estudiantes se gradúan, solo para conseguir empleo basado en que todo lo que aprendieron, lo que los califica como expertos, le pertenece a su empleador. La expresión de sus opiniones, que fluyen de su experticia, le pertenece a su empleador. Ya no pueden hablar libremente en público de lo que más saben. Así, llanamente, el corporativismo eliminó eficazmente del espacio público la mayor contribución que un especialista –ante todo un ciudadano con obligaciones ciudadanas- , puede darle a la sociedad. En ese sentido, el poder del contrato laboral se ha convertido en un ataque directo a la libertad de expresión de los ciudadanos.

Y, sin embargo, el espacio público está lleno del ruido del comentario; lo sabemos porque somos parte de ese ruido. Pero en cierta forma, nos han marginalizado del papel de animadores, y han coartado nuestro papel como individuos responsables en la sociedad.

Cuarto, el ascenso del corporativismo ha llevado a una nueva forma muy particular de conformismo, llamada lealtad – una forma de lealtad que tergiversa la relación entre el ciudadano y el Estado. Es que el ciudadano es por definición leal. Es uno de los significados de ciudadanía. La legitimidad del Estado está basada en la idea de la ciudadanía. Por tanto, el estado no tiene ningún derecho de cuestionar la lealtad de un ciudadano. Es la obligación del ciudadano ser lo más desagradable y perturbador frente al Estado. En otras palabras, el ciudadano, a través de su compromiso, expresa en el espacio público sus expectativas de lealtad ante el Estado. Después de todo, es su Estado.

Y en tanto que escritores, tenemos la obligación particularmente importante de ser en lo posible lo más perturbadores ante el Estado. Se podría hasta alegar que es un deber poner en tela de juicio cualquier estructura que le exija conformidad a la ciudadanía. Para ser aun más preciso, es una obligación ciudadana el ser desleal y arrostrar el miedo que sienten los que detentan el poder cuando se ven confrontados con la inconformidad. Las características del ciudadano leal incluyen ser francos, desagradables y desleales frente al conformismo. La feminista canadiense  de primera hora, Nellie McClung, lo dijo así: “No meternos en lo que no nos concierne es una virtud de poca monta, y de segunda, muy exaltada en ciertos círculos, sobrestimada en todo el mundo, usada constantemente como excusa para la pereza, pretexto para la indiferencia, la frialdad y el abandono; refugio del vagos y defensa segura del flojo.”

Quinto, ideas como la de los silos meritocráticos; jergas de silo; la sociedad basada en los intereses de grupo en vez de las obligaciones del ciudadano, y la utilización de la lealtad para disfrazar la celebración de la conformidad – todos esto lleva a la aceptación de la idea de la inevitabilidad como característica de la civilización moderna. Buena parte de la globalización se ha construido alrededor de la idea de su propia inevitabilidad. Por supuesto, los ideólogos siempre se han presentado como inevitables. Y mientras más insistan en ello, más cerca tienden a encontrarse de su propio fin.

Lo que quizá resulte inusual en la estructura corporativista contemporánea es que lo inevitable se presenta como si fuera un resultado natural de una capacidad de experticia racional. Pero sólo es posible llegar a esta idea de lo inevitable de los hechos si se deja de lado la incertidumbre que personas como nosotros los escritores sabemos que tenemos que llevar a cuestas. Sólo por medio del aislamiento creado por los silos de especialistas pueden creer los líderes que se encuentran en un camino predestinado hacia lo que, supongo, podrían llamarse certezas secuenciales. De manera extraña, nuestro sistema, que se supone notablemente moderno o incluso postmoderno, y que nos lleva hacia un futuro indefinible pero seguro, montado a lomo de ideología, cada vez más se parece al utilitarismo anticuado del siglo diecinueve. De hecho, la forma en la que operan nuestras sociedades con frecuencia ostenta la certeza de las viejas religiones en donde las élites se aferraban a sus posiciones negando la posibilidad de escoger.  Pero la civilización basada en el concepto de lo inevitable, lo inapelable, no puede ser racional. En verdad, sería difícil pensar en una idea más errada de cómo funciona la realidad, que esta en la que los líderes operan en silos aislados, sin comunicarse entre ellos. No sorprende entonces que como consecuencia, tantos de nuestros líderes acaben creyendo en lo  inevitable como intrínseco a una civilización sana. Desde lejos, podemos ver que lo que describen es una ideología, no un destino.

Sexto - y creo que muchos de nosotros nos hemos dado cuenta de esto-, el ascenso gradual de la clase gerencial, en otras palabras de la forma sobre el contenido, ha llevado a un virtual asesinato del lenguaje público formal. Sabemos que las estructuras de poder se han desplazado en los últimos quinientos años, del sacerdote al soldado, al abogado; y ahora al gerente. Desde el punto de vista del lenguaje público, nuestra sociedad gerencial se parece más a las viejas sociedades dirigidas por sacerdotes que a las otras dos. En el caso de la casta sacerdotal y la gerencial, el objetivo principal es utilizar el lenguaje público como arma en contra de la comunicación y la discusión pública.

De esta forma, el corporativismo intenta exprimirles la vida a las palabras y al lenguaje, y el populismo pretende secuestrar el lenguaje combinando la política del miedo con la política del amor. Esta combinación puede ocupar muy efectivamente el sitio del bien público, especialmente un espacio en donde el individualismo responsable o la condición de ciudadano pueden ser vistos como la capacidad de imaginarse al Otro. Entonces es frecuente que el populismo lo acabemos sintiendo como una ideología. Sin embargo, no es ideología porque las ideologías constantemente buscan la claridad y la certeza. El populismo, por otro lado, trabaja la metafísica del amor y del miedo. Es un malabarismo que hace aparecer normal lo anormal.

Insisto tanto en el populismo pues por medio de este truco metafísico se le roba al escritor su poder fundamental. Después de todo, ¿qué es escribir si no el talento de llegar a lo universal mediante la evocación real de lo específico? La imaginación del lector es liberada por esa metafísica que convierte lo específico en universal. Entonces el populismo deforma nuestro talento metafísico de volver universal lo específico a través de la imaginación del lector; y en vez de esto explota esa imaginación confundiendo miedo y amor. Thomas Eloy Martínez lo dijo así: “El rumor es una precaución que toman los hechos antes de volverse verdades.” En otras palabras, no son verdad. Este es el poder del populismo y es la manera cómo actúa como agresivo contrapeso del corporativismo, siendo al mismo tiempo su apoyo más efectivo.

Jorge Orlando Melo habló ayer sobre un episodio ocurrido en la Universidad Distrital de Bogotá, en donde en una breve toma se mostró por televisión a un individuo que pronunciaba unas pocas palabras mientras usaba una máscara. Este suceso se convirtió en un miedo generalizado de que hubiera cientos de terroristas en la Universidad. La manera como esto se hizo podría verse como un clásico procedimiento del populismo. Haroon Siddiqui comentó el incidente diciendo que a nosotros, como forjadores de palabras, nos está costando mucho manejar este tipo de populismo. ¿Por qué? Porque la emoción desatada por esta inexplicable combinación de miedo y amor crea un lenguaje que se nos mete bien adentro. El supuesto poder racional de los hechos y de los argumentos se saca a empellones, e inclusive, a la belleza del lenguaje se le roba su poder. En cambio, hay un tipo de fantasía que de golpe parece ser real y que imposibilita cualquier tipo de respuesta sensata. La metafísica en su peor manifestación.

Con frecuencia hemos pensado como escritores que la manera de romper este tipo de bloqueos es con una explosión enceguecedora de claridad lingüística. Esto es lo que hizo  Jonathan Swift en Una Propuesta Modesta, al abogar  porque se engullera a los niños irlandeses como solución tanto de la pobreza como del aumento de la población. También fue lo que hizo Voltaire en su poema sobre el terremoto de Lisboa, que cambió para siempre la forma en que los europeos interpretarían las palabras de la iglesia dominante. Fue como si estos momentos inesperados y explosivos de claridad creativa lo hubieran cambiado todo, por lo menos en la imaginación de la gente.


Devuélvanme
la llave
de la puerta que se cerró

Las líneas de Pablo Neruda evocan la confusión que la gente siente en tales momentos. Debería ser fácil hacer lo mismo hoy, pero estamos en una época en la que gente que ha dedicado su carrera al mercado libre, que odia al gobierno, y su posible participación e en el mercado,  se ocupa ahora de nacionalizar amplios sectores del mercado libre como manera de seguir haciendo negocios. Nuestra confusión en este período se ha convertido en gran parte en un ataque contra la corrupción de los altos directivos en diversos países. Aun así, este tipo de enfoque tiene más que ver con la vieja paranoia;  en otras palabras, con el populismo de viejo corte más que con concentrarse en lo que se podría hacer. Es más, este tipo de enfoque parece tener muy poco efecto sobre lo que pasa en la realidad. Acabamos de pasar tres décadas de populismo global económico; de romanticismo.  Ahí está, colapsando por doquier, y aun así no hemos sido capaces de desarrollar todavía un lenguaje nuevo que describa lo que podría o debería suceder después. Deberíamos alegrarnos de que existan de nuevo grandes diferencias de opinión en el debate público, y aun así, la mayoría de las veces no se ha hecho nada más que continuar en lo mismo.. Por ejemplo, el gobierno de Estados Unidos sigue creando seis millones de nuevos secretos  cada año, y otros gobiernos de todo el mundo deben  estar haciendo lo mismo. ¿Qué podrán ser estos secretos? Son los falsos secretos de una civilización corporativista en donde el control del lenguaje es una forma de poder.

 Segundo; observen qué tan radicalmente ha cambiado en los últimos dos o tres años nuestro concepto de tecnología. Hasta ese momento, muchos pensábamos que la tecnología nos estaba llevando hacia una desarticulación de los mecanismos de control del poder, ya fuera este público o privado. Cada vez más, vemos que la tecnología se está usando para lograr el efecto exactamente opuesto, por ejemplo para limitar el campo de lo privado y para convertir los sistemas tecnológicos comunes de control y de información en mecanismos de lucro y en medios para averiguar lo que la gente está diciendo.

Lo que se introdujo hace algunos años como un sector libre de la industria de los servicios, que opera a través de teléfonos o computadores, ahora consiste casi en su totalidad en jefes que escuchan a sus empleados mientras atienden a sus clientes. Una grabación nos dice que la llamada está siendo monitoreada para darnos un mejor servicio, pero ninguna otra sociedad democrática ha pensado que esto sea necesario, ni siquiera éticamente aceptable. Esta especie de Gran Hermano, metido a escuchar cada palabra que decimos, hubiera sido imposible hace solo algunos años. Observen por ejemplo la cantidad de cámaras que hay en las calles. Londres es la ciudad donde más se vigila a los ciudadanos, y esta vigilancia se está extendiendo rápidamente a otros lugares. Nos preocupa notar la facilidad con la que empresas como Google, eBay  y Yahoo,  se han adaptado a la idea de limitar la información según la definan las autoridades chinas, y la facilidad técnica con la que han podido hacerlo.

Quizá lo más molesto de todo es la confusión que se ha generado entre información, libertad de expresión y comercio. El otro día me encontré con una reflexión de Cicerón. Cuando la vieja República romana colapsaba, y se convertía en el nuevo imperio, Cicerón notó que la vieja libertad de expresión que se tenía como algo normal cedía ante la precaución en la comunicación verbal, en cualquier contexto, hasta en el ámbito social.  Su reflexión tiene un asustador parecido con el ambiente corporativista actual. ¿Cuál sería el equivalente del Imperio hoy? Probablemente la combinación de corporativismo y populismo, ambos fenómenos que intentan de manera decidida socavar la capacidad de los ciudadanos de encontrar nuevas maneras de escuchar y hablar, en otras palabras, de ejercer su libertad de expresión.

En la década de 1840, Robert Baldwin, uno de los dos líderes del movimiento democrático canadiense, dijo que se trataba de una lucha entre “el poder de la opinión pública contra la moda y la corrupción.” Hoy en día la mayoría de los intelectuales tienden a ver la opinión pública con sesgo negativo.. Es un error. La opinión pública es el principal socio del escritor. Después de todo, la mayoría de la gente en nuestras sociedades, en cualquier sociedad, no tiene la oportunidad de escoger su lenguaje ni sus palabras. Muchas veces pensamos en la libertad de expresión como el derecho de hablar y escribir, pero la libertad de expresión es también la libertad de escuchar, y al escuchar, pensar; y al pensar, actuar. El corporativismo y el populismo, en su obsesión obcecada con la certeza, luchan  sobre todo por inducir en la ciudadanía una actitud de pasividad, para que no oiga con atención. Si lo hiciese, podría desarrollar sus ideas y empezar a actuar. El miedo más grande de un sistema corporativista-populista es que la ciudadanía despierte. Como dijo Gabriel García Márquez: “La ciudad despertó del letargo de siglos con la brisa cálida, tranquila y suave de un gran hombre muerto. Sólo entonces nos atrevimos a entrar al palacio presidencial”. ¿Quién es el gran hombre de hoy?  El corporativismo y el populismo ¿Cómo podemos derrotarlos?

Bien.  Primero hay diversas versiones de la vieja idea de simplemente decir no.  Ustedes conocen la versión colombiana de esa posición en el Nadaísmo de Gonzalo Arango.   Por atractiva que ella sea, simplemente no lleva a ninguna parte. Ni tampoco lo hará la crítica de Octavio Paz de “nuestra incapacidad de pensamiento crítico… la crítica despliega la posibilidad de la libertad y es por lo tanto una invitación a la acción.”

Esto debería funcionar, pero el sistema vigente le ha quitado los dientes al poder del pensamiento. Y sin embargo, Paz también tiene razón. Tenemos que repensar lo que significa nuestro lenguaje. Cuando le preguntaron a Confucio que haría en el momento de asumir el poder, contestó que lo primero que debía hacerse era “la rectificación de los nombres”.  En otras palabras, lo primero que debía hacerse era reexaminar el sentido de las palabras. Continuó diciendo que “si los nombres no son correctos, lo que se intente hacer fracasará.”

¿Cuáles son los sentidos corrientes que hay que rectificar? De muchas maneras, son los sentidos que vengo describiendo esta tarde – los significados que salen del populismo y el corporativismo, sus rezagos de mitologías resistentes y monolíticas, la capacidad de las enormes estructuras administrativas de nuestras sociedades de usar sumas ingentes de dinero para dominar la manera en que se defiende el lenguaje público. 

Permítanme terminar con una idea que tiene particular sentido en el Hemisferio americano, de Sur a Norte. Todos nosotros – apóstoles de la palabra –  somos de alguna manera víctimas del credo de la escritura. Tanto el corporativismo como el populismo se fundamentan en su deformación de la palabra escrita. Son capaces de utilizar la página escrita casi de la misma forma en que se usaron los textos religiosos en el final del Medioevo. En otras palabras, la sociedad europea de la Edad Media se bloqueó en gran parte por su obsesión por los detalles de la palabra escrita – podríamos describirla como una sociedad en donde la comunicación fue reemplazada por las glosas cuidadosas de los monjes en los márgenes de los textos ajenos. Para decirlo en términos académicos modernos, fue una sociedad que creía que la verdad estaba en una acumulación de pies de página, y sin embargo, nadie creía en realidad que el resultado fuera la verdad. Más bien, creían que controlar la palabra escrita era esencial para el poder.

La combinación actual de populismo y corporativismo se basa en el mismo tipo de obsesión con la palabra escrita como lenguaje falso que impide las comunicaciones. En el hemisferio americano, podríamos llevar esto un paso más allá, diciendo que el proyecto escrito del fin de la Edad Media tardía y del comienzo de la Ilustración tenía todo que ver con borrar la fuerza de las culturas orales en toda América;  con imponer la idea lineal de una verdad escrita en lugar de la idea circular de preeminencia oral.
Lo que olvidamos,  por supuesto -debido al éxito del proyecto escrito-, es que gran parte de la Europa de los siglos XVII y XVIII era profundamente oral. Aun  la Ilustración se basó en gran parte en lo oral utilizado como escrito. Por cierto, las primeras novelas escritas de la Ilustración eran esencialmente textos orales, y los usaron como textos orales quienes querían difundir las ideas que contenían mucho más allá del pequeño porcentaje de personas letradas. Y así, las novelas se declamaban en público, lo mismo que las culturas orales declamaron en público las mitologías por miles de años.

Para nosotros, habitantes del hemisferio americano, creo que hay una persistente incomodidad, incluso un desequilibrio, a pesar de que nuestras civilizaciones actuales han tenido cuatro siglos para tomar forma. Ese desequilibrio y esa incomodidad toman diferentes formas en las docenas de países que se extienden de la Antártida hasta el Ártico. Pero hay también una explicación compartida para este desequilibrio. Creo que esta explicación compartida se encuentra en nuestra continuada negación de la realidad de nuestros continentes; y esa realidad es indígena. Y esa realidad indígena – a diferencia del modelo europeo –mezcla gentes y geografía como una sola cosa. Es lo opuesto a la idea occidental del ser humano colocado por encima del lugar. Y esa realidad indígena es profundamente oral. En la medida en que nos mantengamos en la negación de esto, nos negamos a nosotros mismos y negamos la gran exactitud creativa de la cultura oral.

A pesar de esta negación formal, las novelas y la poesía y el cine y las obras de teatro que se producen en nuestros continentes en las últimas décadas han sido, cada vez más, expresiones de esa realidad oral, de ese enfoque circular no lineal, de aquella fusión de gente y lugar. Entendemos esto y lo hablamos, pero no hemos identificado este fenómeno como un re-emerger de la conciencia colectiva del hemisferio americano, en protesta contra las estructuras  escritas y corporativistas del poder, lineales y falsamente racionales.

Siento que dentro de esa oralidad están las herramientas que nos podrían ayudar a zanjar los hiatos entre nuestras sociedades, tan diferentes pero a la vez tan similares a lo largo y ancho de toda América.

Esta es una fuerza que, si fuera acogida, podría ayudarnos a negociar intelectual y políticamente con las barreras del corporativismo y el populismo. Y creo que este acercamiento podría ser el gran regalo de América para abocar estos problemas que compartimos con el resto del mundo.


Gracias.






John Ralston Saul
International PEN Congress, Bogota, 19 September 2008
“The Role of the Word in the Creation of a New World”



It’s a great honour to be speaking here in Bogotá. This gathering is in the great tradition of the International PEN Congresses I have attended from the 1980s on. And it is wonderful to be here with Jiri Grusha, who continues to play such an important role as our international president; and of course, with Enrique Santos Molano, the President of Colombian PEN, and Cecilia Balcázar de Bucher, Member of the Board of International PEN. Colombian PEN deserves all our congratulations for putting together this Congress.

Bogotá represents a fascinating and complicated society. Each of us comes from different societies, each with their own complexity. I want to talk tonight about the characteristics of the shared situation in which all of us write in our different countries and civilizations.

If we were to step back in order to look at the nature of our societies, I think we would find that they could best be described today as corporatist – in the 1930s sense of that word. And as so often happens in a corporatist era, we find ourselves surrounded by the repeated phenomena of populism, perhaps the last thing many of us expected to be obliged to live through in this new century.

I think that all of us as writers are searching for the words, the language, the concepts to deal with this combination of corporatism and populism. Nothing is more difficult to deal with than a civilization which describes itself as doing one thing when it is actually doing another.

But let me first introduce this talk with a few words about International PEN. Since the late 1980s, this organization has been undergoing a remarkable evolution. Yesterday, at the opening, Jiri Grusa said that “PEN was perhaps born in Europe, but that is a small part of the whole.” In other words, International PEN has become truly international. This evolution over the last quarter-century has happened gradually, and while PEN has embraced the world, it has also embraced the equivalent principles and purposes around the world which marry naturally with those of its origins. We have stayed true to ourselves and changed profoundly. And we have put in place a modern democratic structure and organization without falling into the bureaucratic difficulties which have overcome many other NGOs. As a result, International PEN continues to do its work for freedom of speech and writers in prison as it always has, but with new approaches and constantly in search of yet more new approaches. And so, what Jiri and Homero before him, Eugene and Joanne before him have accomplished, is quite remarkable. And I think that the building up of an increasingly effective office under Caroline is something we should all be proud of, as it has allowed PEN to increasingly fulfill its role around the world.

Secondly, a few words about the development of the Writers In Exile program. It has a very powerful organization in Europe with ICORN, which is gradually taking on an international form and has developed a program, which already covers some 30-50 writers in exile. PEN Canada has developed a program which ranges between 20-25 writers in exile. All together, there are potentially 75 places for writers in exile in different parts of the world. I feel there will be many more. I follow this closely because I’ve been involved since the beginning in the PEN Canada program and sit on the Advisory Board of ICORN. And of course, the PEN central office plays a key role in making all of this viable.

I’m taking the time to talk about the Writers In Exile program because I think it is a particularly important way for all of us to examine the strength and fragility of literature in the world. We all know what happens when a writer is put in prison. But there are other forms of prison. Exile is more often than not a form of prison for a creative writer. After all, with exile they or indeed we lose our community and our reading public, and more often than not our publishing houses. And if we write in a language which is not an international language, we also become victims of the lack of international structures for what could be called minority languages.

And so, a writer may find herself free from prison, but living in a new sort of cell which for a writer could be called the prison of silence. We at PEN, with our traditional work to save writers’ lives and to get writers out of prison, may well have done a great deal. We may have helped to save their lives. But for that action to be complete, particularly if they are forced into exile, we have to think about their life as writers in exile. There are no easy answers to this problem, and with each exile this will continue to test not only the writer in question, but all of us. This is also a reminder of the relationship between language and power. Many of us speak extraordinary languages – languages which are powerful across borders – but which also, therefore, have an imperial aspect to them. As we all know, there are many other languages which are just as rich, and just as extraordinary, but they do not have international powers, or even national powers. In many cases, the story of the modern nation state has been the creation of an internal exile for the writers of such languages. More recently a few of those languages have found their own political borders. In other cases, some of the old monolithic nation states have opened their idea of themselves to embrace minority languages. And yet this Writers In Exile work is a constant reminder of some of the negative outcomes of the creation of the monolithic nation state, and certainly of the difficulties of politics which are aligned with a narrow idea of culture. Because we write through particular languages, we are still for better or worse caught up in that era of national structures built around particular languages. As those of us who come from smaller countries know, this can be a great strength, protecting our language and the use of it. But it can also be a weakness when faced with the absence of freedom of speech. There is an additional weakness which has appeared over the last two decades with the growing power of corporatism and populism in its newest forms. In the West we have come through a half-millennium of nation-state creation; it has been driven by the idea of purity – the search for societies with one race, one religion, one language, one myth. Those societies which had the power to do so often carried this idea of purity out into the concept of empires, which set out to destroy non-monolithic societies, minority societies and minority languages in the name of the empire’s national destiny, culture, and language. Through all of that period we have seen many positive things happen – the building of social programs and of public education, for example – but for many this has been a time of what José Marti called “the vengeful democracy/ that advances in darkness.”

We think of ourselves today as caught up for better or worse in a globalised world. This new form of internationalism has many advantages to it. But it is also filled with a revised form of that sense of the inevitable destiny of more powerful civilizations. In many ways, what is called globalism has turned out to be false internationalism. And indeed, with its emphasis on an economic imperative – an economic perspective by which everything else has to be judged, including culture – we have found ourselves in a situation which discourages a real conversation between cultures. On the one hand, this system encourages a certain international commercial conformity which is to be applied in all places and to all situations; and on the other hand, it seems to have led, perhaps as a reaction, to the revival of populism, and to negative rivalries between cultures. In other words, what was meant to be a new chapter of internationalism has encouraged instead the return of both corporatism and populism.

At the same time we have seen emerge interesting contemporary models of post-modern nation states, or what I would call non-monolithic nation states. For example, what is often seen in Europe as a struggle between pro- and anti-immigrant forces is perhaps really more about the passing of the old Enlightenment idea of the monolithic state and its gradual replacement by a new form of non-monolithic nation states. What does that mean? Well, in many ways it means a return to what was most interesting in the pre-Enlightenment period. That is, that people could imagine themselves belonging to a continent, a region, a city and an insipient nation. In other words, people could see themselves in a non-monolithic manner; they could enjoy the idea of complexity and of living in multi-layered societies. I’ve often said about the Canadian situation that we are a positive version of that sickness called multiple personality disorder. Instead, we are, when we are at our best, a multiple personality order.

Ours is only one society among many in the Americas which views immigration as a great opportunity, and sees it as something which has a very local impact. At the municipal and regional level it helps to break open the monolithic and gives people a way to embrace living in multi-layered societies. In the city of Toronto, which I come from, over 50% of the population was born in another country. We live this as a great opportunity, among other things, for the reconsideration of words and language and ideas. This local human reality has developed into an opportunity to resuscitate the idea of the citizen outside of the old ideas of race and of monolithic mythologies.

I mention all of this because, in many ways, PEN at its best is an illustration of that idea of the non-monolithic citizen. Many of us come from societies in which a great deal of blood has been shed in order to create a monolithic idea of the nation. And yet, here we are, only a few years later, attempting to move away from that false purity towards the more interesting idea of complexity. Many of us come from societies which remained embedded in that idea of complexity, in part because we live in societies filled with strong minorities and strong minority cultures. What we know is that this meeting of minorities and majorities, if taken as a positive, can be a great force for creativity and imagination.

But I want to go back to the idea of the return of corporatism. Most of us have tended to write off the idea of corporatism since the end of the Second World War as a bit of a joke at best, and certainly as something which disappeared after 1945. The link between Mussolini and corporatism has been used as a way of laughing off corporatism, because of the militaristic and brutally dictatorial aspects he gave to it. But it’s important to go back and examine what happened in the 1930s. Corporatism was presented by a series of philosophers, in particular in Italy, but also elsewhere, as an alternate option to the various forms of individualism and citizenship being proposed in what were thought of as the liberal democracies. In its place these corporatist philosophers were proposing another sort of civilization which would be run by groups, in particular by interest groups and their representatives. Today, we might hear them being called stakeholder groups.

This alternative to citizen-based democracy was presented by a large group of thinkers as a form of rational leadership. Indeed, it was to be a rational leadership made up of experts; a meritocractic civilization which would focus on strengthening its meritocracies through specialization and education or what we might now call silo education. These were to be vertically structured societies as opposed to horizontally structured societies.

One of the characteristics of successful corporatist societies was that each meritocratic group of specialists would develop its own specialist dialect, which would become increasingly incomprehensible to the specialists in the other silos. And because those with specialist expertise would be unable to speak effectively with each other – indeed a conversation between them would be a betrayal of professionalism – it followed that society would be run by a modern form of managers who would specialize in organizing the silos of content. In other words, corporatism would be a society in which power was about form over content. And because the specialists would not be asked to engage in public debate – that is in the admission of uncertainty – it would be a civilization built around isolated silos of specialist certainty and the efficiency of management linkages.
                
In such a civilization real language would become increasingly difficult to use. It would certainly be unacceptable from a social point of view. In a sense, creative language would be an expression of disloyalty to the corporations and it would perturb the efficiency of the managers.

You will have noticed by now that the way in which I’m describing the methods of 1930s corporatism, stripped of its militarism and racism and overt dictatorial violence, strangely resembles those methods which are admired today by our universities and our structures of governance and our private sector.

From society’s point of view, what does the corporatist condition look like today? First, there is a growing confusion between the social contract and the commercial contract. I’ve talked with judges in Supreme Courts around the world, and they are almost all in agreement that we have now reached a stage where the administrative methods of the last half-century have succeeded in so confusing the social contract and the commercial contract that it is difficult for them to make rulings based on principals of justice as opposed to narrow interpretations of law. In many ways this explains the frustration which citizens feel with their justice systems.

Second, the rise of specialization and specialist dialects has made it increasingly difficult to carry out broad conversations, arguments, public musings, even an education based upon broad reading. Of course, all of these things take place. But they are not what is most admired in our society. They are seen rather as a form of dilettantism. And so increasingly we find that we live in societies led by highly specialized elites who themselves do not take seriously the idea of broad conversations or debates; they do not read broadly and are certainly not encouraged to think in a broad manner. All of this they would consider unprofessional and amateurish. This in turn breeds among those in positions of power a growing fear of uncertainty. They are particularly fearful of showing uncertainty in public. Certainty, they believe, is a sign of their meritocratic capabilities.

But democracy is entirely dependent upon the acceptance of public uncertainty by its leaders. The strength of any form of democracy – and there are many different forms with very different sources all over the world – is that the citizens benefit from their leaders living with uncertainty as a positive strength.

And of course writers have as one of their central roles the celebration of creativity as a great positive force for constant uncertainty.

Third, after the slow rise of freedom of speech to a central role in many nation states, we have witnessed its gradual marginalization by the most unexpected of means. Even a banal tool such as the employment contract has become a mechanism of corporatism. Of course, the gradual organization of Western societies in particular into highly managed societies, has had many positive sides to it. This has provided the sort of protection for workers and even white collar employees which the old systems of uncontrolled employment simply didn’t offer. But in its more recent form we have seen the rise of the employment contract or the equivalent of the employment contract to the role of a mechanism which can control and severely limit a citizen’s freedom of speech and action. What do I mean? Citizens through their taxes pay for the education of young citizens. These students graduate, only to be employed on the basis that everything they have learned which makes them qualified as experts now belongs to the employer. The expression of their opinions rising out of their expertise now belongs to their employer. They are no longer able to speak freely in public about the subjects they know best. In this simple way the corporatist system has effectively removed from the public place the most important contribution that a specialist – who is after all also a citizen with a citizen’s obligations – can make to their society. In that sense, the power of the employment contract has turned into a direct attack on the freedom of speech of citizens.

And yet, the public place is filled with the noise of commentary. We know this because we are part of that public noise. But in a sense, we have been marginalized into the role of entertainer and cut off from our role as responsible individuals in society.

Fourth, the rise of corporatism has led to a very particular new form of conformism which is called loyalty – a form of loyalty which misrepresents the relationship between the citizen and the state. After all, a citizen is by definition loyal. That is one of the meanings of citizenship. The state’s legitimacy is based on the idea of the citizenry. The state therefore has no right to question the loyalty of the citizen. It is the citizen’s obligation to be as disagreeable and disturbing to the state as possible. In other words, the citizen, through his engagement in the public place, expresses his expectations of the loyalty of the state. After all, it is our state.

And we as writers have a particularly important obligation to be as disturbing to the state as possible. One could actually argue that the citizen has an obligation to be disloyal to any structure which demands conformity from the citizenry; to be even more precise, there is an obligation for citizens to be disloyal to the fear which those who have power feel when faced by non-conformity. The characteristics of the loyal citizen include orneriness, outspokenness and disloyalty to conformity. The leading early Canadian feminist, Nellie McClung, put it this way: “[minding your own business] is a cheap and second-rate virtue, much extolled in certain circles, overestimated by the world at large; in constant use as an excuse for laziness; an alibi for indifference, coldness and neglect; the slacker’s refuge, the sluggard’s sure defense.”

Fifth, such ideas as meritocratic silos, silo dialects, society based on group interests as opposed to citizen obligations, the use of loyalty to disguise the celebration of conformity; all of these lead to the acceptance of the idea of inevitability as a characteristic of modern civilization. Much of globalism has been built around the idea of its own inevitability. Of course, ideologists have always presented themselves as being inevitable. And the more they insist on it the closer they tend to be to their own end. What is perhaps unusual in the contemporary corporatist intellectual structure is that inevitability is presented as if it were a natural outcome of rational expertise. But it is only possible to come to this idea of the inevitability of events by putting aside the uncertainty which people such as writers know we must all live with. Only through the isolation created by specialist silos can leaders believe that they are on a pre-destined path to what I suppose could be called sequential certainties. In a curious way our system, what is supposed to be remarkably modern, even post-modern, leading us into an undefinable but certain future riding on the backs of ideology, increasingly resembles old-fashioned 19th century utilitarianism. Indeed the way our societies operate often betrays the certainty of the old religions in which elites held onto their place by denying the possibility of choice. What needs to be said is simply that civilizations based upon concepts of inevitability cannot in any way be rational. In fact, it would be difficult to think of a more romantic idea of how reality works than one in which leaders operate in silos without communicating properly among themselves. It is not surprising that as a result, so many of our leaders come to believe in inevitability as the nature of a healthy civilization. From a distance, we can see that what they describe is ideology, not destiny.

Sixth – and I think many of us have noticed this – the gradual rise in strength of the managerial class, in other words of form over content, has led to a virtual assassination of formal public language. We know that the power structures have moved over the last five hundred years from the priest to the soldier to the lawyer and now to the manager. From a public language point of view, our managerial society resembles more that of the old priest-led society than the other two. In the case of the priestly castes and managerial castes, the principal aim is to use public language as a tool against communication and against public discussion.

And so in this way, corporatism attempts to squeeze the life out of words and out of language. And populism attempts to hijack the force of real language by combining the politics of fear with the politics of love. This combination can quite effectively occupy the space of the public good, in particular a space in which responsible individualism or citizenship can be seen as our ability to imagine the Other. So populism often ends up feeling like an ideology. But it isn’t ideology, because ideologies are constantly seeking clarity and certainty. Populism, on the other hand, works on the metaphysics of fear and love. It’s a magical trick which can make the abnormal appear normal.

I put so much emphasis on populism because through this metaphysical trick it steals the creative writer’s fundamental power. After all, what is writing if not the talent to arrive at the universal through some real evocation of the specific? The reader’s imagination is released through those metaphysics of turning the specific into the universal. And so, populism deforms our metaphysical talent to turn the specific into the universal through the reader’s imagination, and instead exploits that imagination through the confusion of fear and love. Thomas Eloi Martinez put it this way: “Rumour is the precaution that facts take before becoming true.” In other words, they are not true. This is the power of populism and the way in which it acts as an angry counterweight to corporatism, while at the same time it is its most effective supporter.

Yesterday, Jorge Orlando Melo spoke about an incident at the National University of Bogotá in which one brief image was shown on television of one individual wearing a mask uttering a few words. This was converted into a widespread fear that there were hundreds of terrorists at the university. The way in which this was done could be seen as classic populism. Haroon Siddiqui commented on the incident by saying that we as wordsmiths are having great difficulty breaking through that form of populism. Why? Because the emotion unleashed by the inexplicable combination of fear and love creates a language which penetrates deep within us. The supposed rational power of facts and arguments are shoved aside. Even the beauty of language seems robbed of its power. Instead, there is a kind of fantasy which suddenly appears to be reality, making any kind of sensible reply impossible. This is metaphysics at its worst.

We have often thought as writers that the way to break through these sorts of blockages is with a blinding explosion of linguistic clarity. This is what Jonathan Swift did with his Modest Proposal for the eating of Irish children as a solution to both poverty and population explosion. This was also what Voltaire did in his Lisbon Earthquake poem, which changed forever the way in which Europeans would hear the words of the dominant church. It was as if these sudden and unexpected moments of creative clarity had changed everything, at least in people’s imaginations:

Give me back
the key
of the door that was shut.

Pablo Neruda’s lines evoke the confusion which people feel in such moments. It ought to be easy today to do the same thing. And yet here we are in an era when people who have made their entire careers as pure free marketers, who hate government, to say nothing of government involvement in the free market, are busy nationalizing broad sectors of the free market as a way of keeping themselves in business. Our confusion in this period has largely turned into an attack on the corruption of the senior managers in various countries. And yet, this sort of focus has more to do with old-style paranoia, in other words old-style populism, than with concentrating on what actually could be done. What’s more, this sort of focus seems to have very little effect on what actually happens. We’ve just come through three decades of global economic populism, or romanticism. Here it is collapsing all around us and yet we have not yet been able to come up with a new language to describe what could or rather should happen next. We should be happy that there are great differences of opinion once again in the public debate. And yet most things are simply continuing on. For example, the United States government continues to create six million new secrets each year. Other governments around the world must be doing the same thing, on a more or less per capita basis. What could these secrets possibly be? They are the false secrets of a corporatist civilization in which the control of language is a form of power. Secondly, look at how our idea of technology has radically changed over the last two or three years. Until then, many of us were convinced that technology was leading to a breakdown of the control mechanisms of power, whether it be public or private. Increasingly, we are seeing technology being used to the exact opposite effect; for example, to limit privacy and to turn universal systems of technological information and control into mechanisms for making money and understanding what people are saying.

What was introduced only a few years ago as a new free-wheeling sector of service industries, which operate either through computers or telephones, now almost all involve the employees being listened to by their employers as they talk to clients. We are told by a recording that they are listening in order to ensure that we are well served. But no other democratic society has even thought this necessary or, indeed ethically acceptable. This sort of Big Brother listening-in on every word uttered would have been impossible only a few years ago. Witness the number of cameras in the streets. London is the city in which citizens are the most watched by the authorities, but this is spreading everywhere. Look at companies such as Google and Yahoo, and eBay, operating in countries such as China. We worry about the ease with which they have conformed to the idea of limiting information as defined by the Chinese authorities; and the technical ease with which they have been able to do this.

Perhaps most disturbing is the way in which all of this has involved a confusing of information with freedom of speech and commerce. The other day I came across a reflection of Cicero. As the old Roman republic was collapsing into the new Empire, Cicero noticed that the old uninhabited freedom of speech was giving away to verbal caution at any function – even social functions. His reflection has an eerie resemblance to the corporatist atmosphere today. What would today’s equivalent of the Empire be? Probably the combination of corporatism and populism, both phenomena which urgently attempt to undercut the ability of citizens to find new ways of speaking and hearing – in other words, of exercising their freedom of speech.

In the 1840s, Robert Baldwin, one of the two leaders of the democratic movement in Canada, said that it was a struggle of “the might of public opinion against fashion and corruption.” Nowadays, most intellectuals tend to think of public opinion in a negative light. This is a mistake. Public opinion is the essential positive partner of the writer. After all, most people in our societies – in any society – don’t have the opportunity to choose their language or their words. We often think of freedom of speech as the right to speak and to write. But freedom of speech is also the right to hear and upon hearing to think, and upon thinking to act. Corporatism and populism, and their attached obsession with certainty, are all about building a sense of passivity into the citizenry, a sense that they should not be listening with intent. Should they listen in such a creative way, citizens might develop their thoughts and move to public action. The greatest fear of a corporatist-populist system is that the city will awake. Gabriel Garcia Marquez: “The city awoke out of the lethargy of centuries with the warm, calm soft breeze of a great man dead. Only then did we dare to go into the presidential palace.” Who is today’s great man? Corporatism and populism. How can it be defeated?

Well, first there are various versions of the old idea of simply saying no. Those of you who are from Bogota know the Colombian version of simple refusal: Gonzal Arango’s idea of nadaismo – nothingness. Attractive though it is, it simply doesn’t lead anywhere. Nor will Octavio Paz’s critique of “our incapacity for critical thinking…criticism unfolds the possibility of freedom and is thus an invitation to action.”

It ought to work, but the system in place has effectively de-fanged much of the power of thought. And yet, Paz is also right. We need to rethink what our language means. When Confucius was asked what he would do upon taking power, he replied that the very first thing to be done was “the rectification of the names.” In other words, the very first thing to be done was to reexamine the meaning of the words. He went on to say, “if the Names aren’t right, what you try to do will fail.”

What are the false meanings of today which need to be rectified? In many ways they are the meanings which I have been describing tonight – the meanings coming out of corporatism and populism; their resistant, leftover monolithic mythologies, the ability of the enormous management structures in our societies to use unparalleled amounts of money in order to dominate the way in which public language is defended.

Let me finish with one idea which has particular meaning in the Americas, from South to North. All of us – apostles of the word – are in a sense victims of the creed of the written word. Both corporatism and populism are based upon their deforming of the written word. They are able to use the written page almost the way religious texts were used in the late Middle Ages. In other words, the European society of the Middle Ages was blocked to a great extent by its obsession with the details of the written word – we could describe it as a society in which communication was replaced by monks making careful notations in the margins of other people’s texts. To put this in modern, academic terms, it was a society which believed that truth lay in an accumulation of footnotes, and yet nobody really believed that the result was truth. Rather, they believed that controlling the written word was essential to power.

Today’s combination of corporatism and populism is based upon the same sort of obsession with the written word as a false language which prevents communications. We in the Americas could take this a step further by saying that the written project of the late Middle Ages and the early Enlightenment was all about erasing the force of the oral cultures of the Americas; it was all about enforcing a linear idea of written truth over a circular idea of oral consideration.

Of course, what we forget, because of the success of the written project, is that much of Europe in the 17th and 18th century was profoundly oral. Even the Enlightenment was to a great extent based upon the oral used as written. Certainly the early written novels of the Enlightenment were essentially oral texts and were used as oral texts by those who wished to spread the ideas they contained far beyond the small percentage of people who could read. And so the novels were publicly declaimed, just as oral cultures has publicly declaimed mythologies for thousands of years.

As for those of us who live in the Americas, I believe that there is a continuing discomfort, even disequilibrium, in spite of our current civilizations having had four centuries to take shape. That disequilibrium and discomfort takes different forms in the dozens of different countries that stretch from the Antarctic to the Arctic. But there is also a shared explanation for this disequilibrium. I believe that shared explanation lies in our continuing denial of the reality of our continents; and that reality is indigenous. And that indigenous reality – unlike the European model – blends people and geography as one. It is the opposite of the Western idea of the human being as set above the place. And that indigenous reality is profoundly oral. To the extent that we are in denial of this, so we are in denial of ourselves and of the great creative accuracy of oral culture.

In spite of this formal denial, the novels and poetry and films and plays which have been coming out of our continents over the last few decades have been, increasingly, expressions of that oral reality, that circular non-linear approach, that blending of people and place. We understand this and we talk about it, but we have not identified this phenomenon as a re-emergence of the collective unconscious of the Americas in protest against the linear, falsely rational, highly written, corporatist structures of power.

I feel that within that orality lie the tools which could help us deal with the disconnects in our very different and yet similar societies up and down the Americas.

This is a force which, if embraced, could help us to deal intellectually and politically with the barriers of corporatism and populism. And I believe that this approach could be the great gift of the Americas to dealing with these problems which we share with the rest of the world.

Gracias.
John Ralston Saul
                                                                                                                     
74e Congrès du PEN international, Bogotá, Colombie
                                                                                                                     
                                                                                                                Le 19 septembre 2008

Le rôle de la parole dans la création  d'un monde nouveau

            C'est un grand honneur pour moi de m'adresser à vous ici à Bogotá. Cette assemblée correspond bien à la belle tradition des congrès du PEN International auxquels j'ai assisté à partir de 1980. Et c'est une joie d'être ici avec Jiří Gruša, qui continue de jouer un rôle aussi important en tant que Président international de notre organisation; et bien sûr Enrique Santos Molano, le président du PEN de Colombie et Cecilia Balcázar de Bucher, membre du Conseil du PEN international. Le PEN de Colombie mérite toutes nos félicitations pour la mise en place de ce Congrès.
            Bogotá représente une société fascinante et complexe. Chacun d'entre nous vient d'une société distincte, chacune avec sa propre complexité. J'aimerais parler ce soir des caractéristiques de ce que nous partageons tous en tant qu'écrivains dans notre propre pays et notre civilisation.
            Si nous devions prendre un peu de recul et observer la nature de nos sociétés, je crois que nous conviendrions que la meilleure façon de les nommer serait de dire qu'elles sont corporatistes – dans le sens des années 1930 de ce mot. Et comme il arrive si souvent dans les périodes corporatistes, nous nous trouvons encerclés par le phénomène renouvelé du populisme, sans doute la dernière chose que la plupart d'entre nous aurions souhaité vivre en ce nouveau siècle.
            Je pense que nous tous, écrivains et écrivaines, cherchons les mots, le langage, les concepts pour faire face à cette combinaison du corporatisme et du populisme. Il n'y a guère de chose plus difficile à traiter qu'une civilisation qui se décrit elle-même en disant qu'elle fait une chose alors qu'en réalité elle en fait une autre.
            Mais permettez-moi d'initier cette causerie avec quelques mots sur PEN International. Depuis la fin des années 1980, cette organisation a évolué de façon remarquable. Hier, lors de l'inauguration,  Jiří Gruša a dit 'PEN a beau être né en Europe, ce n'est qu'une fraction de  l'ensemble.' En d'autres mots, PEN International est devenu véritablement international. Cette évolution du dernier quart de siècle s'est faite progressivement,  et tandis que PEN épousait le monde, il a aussi épousé à travers la planète les principes et les objectifs qui s'harmonisaient bien avec ceux de son origine. Nous sommes restés fidèles à nous-mêmes tout en changeant profondément. Et nous avons établi une structure et une organisation modernes et démocratiques sans tomber dans les pièges bureaucratiques qui ont affligé tant d'autres organisations non-gouvernementales. Le résultat en est que PEN continue comme toujours de faire son travail en faveur de la liberté d'expression et des écrivains persécutés, mais en utilisant des approches différentes et en maintenant sa quête de nouvelles approches. Alors ce que  Jiří a accompli, et  Homero avant lui, et Eugene, et Joanne avant lui, est tout à fait remarquable. Et je pense que nous devons tous être fiers de la mise en place d'un secrétariat de plus en plus efficace sous la direction de Caroline, car cela a permis à PEN de jouer de mieux en mieux son rôle autour du monde. Deuxièmement, quelques mots sur le développement du programme des Écrivains en exil. Il existe une organisation très forte en Europe grâce à ICORN (Réseau international des villes de refuge) qui est en train de se développer graduellement à l'international et a mis en place un programme qui touche déjà de 30 à 50 écrivains en exil. PEN Canada a mis en oeuvre un programme de 20 à 25 écrivains en exil. En tout et pour tout, il y a environ 75 écrivains ou écrivaines accueillis dans diverses régions du monde. Mon impression est qu'il y en aura bien d'autres. Je suis cela de très près car je me suis engagé dès le début dans le programme de PEN Canada et je fais partie du conseil consultatif d'ICORN. Et puis bien évidemment, le Secrétariat de PEN joue son rôle pour que tout cela fonctionne.
            Je saisis ce moment pour parler du programme des Écrivains en exil parce que je pense que c'est une façon particulièrement importante de jauger la force et la fragilité de la littérature dans le monde. Nous savons tous ce qui se passe quand un écrivain est emprisonné. Mais il y a d'autres sortes de prisons. Plus souvent qu'on ne le croirait l'exil est une forme de prison pour un écrivain ou une écrivaine. Car si on est en exil on perd sa communauté, ses lecteurs et, le plus souvent, aussi son éditeur. Et si on écrit dans une langue qui n'est pas internationale, on devient aussi la victime de l'absence de structures internationales pour accueillir ce qu'on pourrait appeler les langues minoritaires.
            Alors une écrivaine, libérée de prison, peut quand même se trouver dans ce qui serait en fait une prison du silence.  Nous, au PEN, dans le cadre de notre travail traditionnel pour sauver la vie des écrivains et les sortir de prison, nous avons sûrement fait beaucoup. Nous avons peut-être sauvé des vies. Mais pour compléter cette action, surtout si l'écrivain a été forcé à l'exil, il faut songer à sa vie en tant qu'écrivain en exil. Il n'y a pas de réponse facile à ce problème et chaque cas imposera des pressions non seulement sur l'écrivain concerné, mais sur nous tous. Cela nous rappelle d'ailleurs la relation qui existe entre la langue et le pouvoir. Un grand nombre d'entre nous parlons des langues que j'appellerais extraordinaires – des langues qui sont parlées au-delà des frontières – mais qui ont aussi, par conséquent, un poids impérial. Comme nous le savons tous, il y a bien d'autres langues qui sont tout aussi riches et extraordinaires, mais elles n'ont pas le pouvoir international, ou parfois même un pouvoir national. Dans de nombreux cas, l'histoire de l'état-nation moderne a impliqué la création d'un exil intérieur pour les écrivains dans une telle langue. Plus récemment, certaines de ces langues ont trouvé leurs propres frontières politiques. Dans d'autres cas, quelques uns des anciens états-nations monolithiques ont élargi leur perception d'eux-mêmes en s'ouvrant à des langues minoritaires. Entretemps, ce travail du programme des Écrivains en exil nous rappelle continuellement quelques uns des résultats négatifs de la création des états-nations monolithiques, et certainement des difficultés politiques propres à une lecture étroite de la culture. Comme nous écrivons dans une langue particulière, nous sommes, pour le meilleur ou pour le pire, engagés dans cette époque de structures nationales construites autour d'une langue en particulier. Comme le savent ceux d'entre nous qui venons d'un petit pays, cela peut représenter une grande force qui protège notre langue et l'usage qu'on en fait. Mais cela peut aussi représenter une faiblesse quand on fait face  à l'absence de liberté d'expression. Il y a un affaiblissement additionnel qui est apparu pendant la dernière vingtaine d'années avec l'augmentation du pouvoir corporatiste et du populisme dans leurs formes nouvelles. En Occident, nous sortons d'un demi-millénaire de création des états-nations; cette période a été guidée par l'idée de pureté – la poursuite de sociétés avec une race, une religion, une langue, un mythe. Les sociétés qui en avaient le pouvoir ont souvent poussé ce concept de pureté vers un concept d'empires qui visaient à détruire les sociétés non-monolithiques, les sociétés minoritaires et les langues minoritaires au nom de la destinée, de la culture et de la langue  nationales de l'empire. Pendant toute cette période, nous avons été témoins de grandes choses – la mise en place de  programmes sociaux et de l'éducation publique, par exemple – mais pour bien des gens, ce furent des temps de ce que José Martí appelait 'la démocratie vengeresse / qui progresse dans l'obscurité.'
            Nous nous percevons maintenant comme pris, pour le meilleur ou pour le pire, dans un monde globalisé. Il y a de nombreux avantages à cette nouvelle forme d'internationalisme. Mais elle est aussi alourdie par une version nouvelle du sentiment de destin inévitable des civilisations les plus puissantes. De bien des manières, ce qu'on appelait globalisation a fini par être un faux internationalisme. Et de fait, dominé comme il l'est par les impératifs économiques – une perspective à partir de laquelle tout doit être jugé, y compris la culture – nous nous sommes retrouvés dans une situation qui dissuade du véritable dialogue entre les cultures. D'une part, ce système encourage à une certaine conformité commerciale internationale qui doit s'appliquer à tout et partout; et d'autre part, cela semble avoir mené, sans doute en réaction, à une renaissance du populisme, et à des rivalités négatives entre les cultures.  En d'autres mots, ce qui devait marquer un nouveau chapitre de l'internationalisme a plutôt encouragé la résurgence du corporatisme et du populisme.
            En même temps, nous avons vu apparaître des modèles contemporains intéressants d'états-nations post-modernes, ou ce que j'appellerais plutôt des états-nations non-monolithiques. Par exemple, ce qu'on prend souvent en Europe pour une lutte entre les forces pro-immigration et anti-immigration est peut-être bien plus une question de passer de l'ancien âge des Lumières avec son état monolithique à un remplacement graduel par une forme d'État-nation non-monolithique. Qu'est-ce que cela signifie? Eh bien, de plusieurs façons, cela veut dire qu'on revient à l'un des aspects les plus intéressants de la période qui a précédé les Lumières, soit que les gens pouvaient s'imaginer appartenant à un continent, à une région, à une ville, à une nation naissante. En d'autres mots, les gens pouvaient se percevoir d'une façon non-monolithique; ils pouvaient prendre plaisir à l'idée de la complexité et de vivre dans une société à personnalité multiple. J'ai souvent dit au sujet de la situation  canadienne que nous sommes une version positive de cette étrange maladie qu'est la personnalité multiple. Nous sommes plutôt, quand nous sommes à notre meilleur, les bénéficiaires de cette maladie.
            Notre société n'en est qu'une parmi bien d'autres dans les Amériques qui voient l'immigration comme une belle occasion et comme un phénomène qui a un véritable impact au niveau local. Au niveau municipal et régional, cela aide a briser ce qui est monolithique et donne aux individus un accès à une société à personnalité multiple. Dans la ville de Toronto, d'où je viens, plus de 50% de la population est née dans un autre pays. Nous tenons cela comme une formidable occasion, parmi d'autres, de re-considérer les mots et les langues et les idées. Cette réalité humaine locale a progressé vers une opportunité de ramener l'idée du citoyen hors des concepts de race et de mythologie monolithique.
            Je mentionne tout cela parce que, à bien des points de vue, PEN à son meilleur est une illustration de cette idée du citoyen non-monolithique. Plusieurs d'entre nous venons de sociétés où de grandes quantités de sang ont été versées afin de créer une idée monolithique de la nation. Et pourtant, nous voici, à peine quelques années plus tard,  à tenter de nous éloigner de cette fausse pureté vers le concept beaucoup plus intéressant de la complexité. Plusieurs d'entre nous venons de sociétés qui sont restées marquées par cette idée de complexité, entre autres parce que nous vivons dans des milieux qui ont de fortes minorités et des minorités à la culture solide. Ce que nous savons, c'est que cette rencontre minorités-majorités, si elle est perçue positivement, peut  représenter un facteur très fort de créativité et d'imagination.
            Mais je veux revenir à l'idée d'un retour au corporatisme. La plupart d'entre nous avons eu tendance à rejeter le concept de corporatisme depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale comme une espèce d'histoire drôle, au mieux, mais de toute façon comme quelque chose qui a disparu après 1945. Le lien entre Mussolini et le corporatisme a été utilisé pour se rire du corporatisme, étant donné les aspects militaristes et brutalement dictatoriaux qu'il lui a donnés. Mais il est important de revenir en arrière et d'observer ce qui s'est passé dans les années 1930. Le corporatisme a été présenté par une série de philosophes, surtout en Italie, mais aussi ailleurs, comme une option alternative aux diverses formes d'individualisme et de citoyenneté qu'on proposait dans ce qu'on croyait être les démocraties libérales. À leur place, ces philosophes corporatistes proposaient une autre sorte de civilisation qui serait menée par des groupes, tout particulièrement par des groupes d'intérêt et leurs représentants. Aujourd'hui, on pourrait utiliser pour les décrire l'expression 'partenaires intéressés' – ou 'stakeholders' en anglais.
            Cette alternative à une démocratie qui se baserait sur les citoyens a été présentée par un important groupe de penseurs comme une forme de leadership rationnel. Dans les faits, on allait avoir un leadership rationnel composé d'experts; une civilisation méritocratique qui veillerait à renforcer ses méritocraties grâce à la spécialisation et à l'éducation, en d'autres mots grâce à ce que nous appelons maintenant 'l'éducation par silos'. On allait avoir des sociétés structurées verticalement, en contraste avec les sociétés structurées horizontalement.
            L'une des caractéristiques des sociétés corporatistes qui fonctionnaient bien, c'était que chaque groupe méritocratique développait son propre langage spécialisé, destiné à devenir de plus en plus incompréhensible pour les spécialistes dans les autres silos. Et parce que les spécialistes dans un domaine étaient incapables de parler de manière efficace les uns avec les autres – en fait, une conversation entre eux aurait été perçue comme une trahison à leur profession – il s'ensuivait que la société allait être dirigée par un type de managers spécialisés dans l'organisation des divers silos entre eux. En d'autres mots, le corporatisme serait une société où le pouvoir tenait à la forme plutôt qu'au contenu. Et comme on n'allait pas demander aux spécialistes de s'engager dans un débat public – ce serait admettre l'incertitude – il s'agirait d'une civilisation construite autour de silos isolés de certitude spécialisée, basée sur l'efficacité à créer des liens de management. 
            Dans une telle civilisation, le véritable langage devient de plus en plus difficile à utiliser. Ce serait en tout cas inacceptable d'un point de vue social. Dans un certain sens, un langage créatif serait l'expression d'un manque de loyauté aux corporations et cela dérangerait l'efficacité des managers.
            À ce stade de cette causerie, vous aurez remarqué que ma manière de décrire les méthodes de corporatisme des années 1930, si on en retire le militarisme et le racisme et la dictature violence ouverte, ressemble étrangement aux méthodes qui font l'objet d'une grande admiration  de nos jours dans nos universités, dans nos systèmes de gouvernance et dans notre secteur privé.
            Du point de vue de la société, à quoi ressemble le corporatisme aujourd'hui? Premièrement, il y a une confusion de plus en plus grande entre le contrat social et le contrat commercial. J'ai parlé à des Juges des cours suprêmes à travers le monde, et ils sont presque tous d'accord  pour dire que nous avons atteint un point où les méthodes administratives du dernier demi-siècle ont réussi à confondre à un tel point le contrat social et le contrat commercial que ça leur est  difficile de rendre des jugements basés sur des principes de justice plutôt que des interprétations étroites de la loi. De bien des façons, cela explique les frustrations ressenties par les citoyens face à leur système judiciaire.
            Deuxièmement, l'augmentation de la spécialisation et des dialectes spécialisés a rendu de plus en plus difficile d'avoir une conversation générale, une discussion, des échanges publics d'opinion, et même une éducation largement basée sur des lectures générales. Toutes ces choses demeurent, bien sûr. Mais elles ne correspondent pas à ce que nous admirons le plus dans notre société. On les perçoit plutôt comme une sorte de dilettantisme. Alors on découvre de plus en plus que nous vivons dans une société dirigée par des élites hautement spécialisées qui elles-mêmes ne prennent pas au sérieux l'idée d'une conversation ou d'un débat élargis; ils n'ont pas beaucoup de lectures et ne sont certainement pas encouragés à penser en termes généraux. Tout cela serait perçu comme non-professionnel et plutôt comme de l'amateurisme. Et cela nourrit chez ceux qui sont au pouvoir une peur de plus en plus grande de l'incertitude. Ils craignent tout particulièrement de manifester en public leur incertitude. La certitude, croient-ils, est un signe de leur capacité méritocratique.
            Mais la démocratie dépend pourtant complètement de l'acceptation par ses leaders d'un remise en question permanente par la population. La force de toute forme de démocratie – et il y en a de nombreuses formes à travers le monde, issues de sources diverses – est que les citoyens bénéficient du fait que leurs leaders tiennent l'incertitude pour une force positive.
            Et bien sûr les écrivains et écrivaines ont comme l'un de leurs principaux rôles la célébration de la créativité comme force extrêmement positive favorable à un constant questionnement.
            Troisièmement, suite à une lente progression de la liberté d'expression vers un rôle central dans de nombreux états-nations, nous avons observé sa marginalisation graduelle de la manière la plus inattendue. Même un outil banal comme une contrat d'emploi est devenu un outil du corporatisme. Il y a bien sûr de nombreux effets bénéfiques à l'organisation graduelle des sociétés occidentales, surtout celles où la gestion est omniprésente. C'est ce qui a obtenu pour les travailleurs et même pour les cols blancs le type de protection que le système antérieur d'emploi non contrôlé n'accordait tout simplement pas. Mais dans sa version plus récente, on a vu apparaître le contrat d'emploi ou l'équivalent d'un contrat d'emploi élevé au rang de mécanisme de contrôle et de limitation de la liberté de parole et de la liberté d'action du citoyen.  Qu'est-ce que je veux dire par là? Les citoyens et citoyennes, par l'intermédiaire de leurs impôts paient l'éducation de la jeunesse. Ces jeunes obtiennent leur diplôme universitaire et sont immédiatement engagés à la condition que tout ce qu'ils viennent d'apprendre et qui leur donne la qualité d'experts appartienne maintenant à leur employeur. L'expression de leur opinion à partir de l'expertise acquise apparient dorénavant à leur employeur. Ils n'ont plus la capacité de parler librement en public au sujet du domaine qu'ils ou elles connaissent le mieux. De cette manière fort simple, le système corporatiste a effectivement retiré du domaine public la plus importante contribution qu'un expert – qui est après tout aussi un citoyen, avec des devoirs de citoyen – peut contribuer à sa société. Sous cet angle, le pouvoir du contrat d'emploi est devenu une attaque directe à la liberté d'expression des citoyens.
            Et malgré cela, la place publique bourdonne de commentaires. Nous savons cela parce que nous faisons partie de ce bourdonnement. Mais d'une certaine manière, on nous a déplacés aux marges en faisant nous des amuseurs  qui n'ont plus accès au rôle de citoyens responsables dans la société.
            Quatrièmement, la montée du corporatisme nous a poussés vers une forme très particulière et nouvelle de conformisme qu'on appelle loyauté – une forme de loyauté qui déforme la nature de la relation entre le citoyen et l'état. Après tout, un citoyen est, par définition, loyal. C'est l'un des sens de la citoyenneté. La légitimité de l'état s'appuie sur l'idée de citoyenneté. L'état n'a donc aucun droit de remettre en question la loyauté du citoyen. C'est l'obligation du citoyen d'être aussi désagréable, contrariant que possible pour l'état. En d'autres mots, le citoyen, par son engagement sur la place publique, exprime ses attentes quant à la loyauté de l'état. Après tout, c'est notre état.
            Et nous, en tant qu'écrivains et écrivaines, nous avons une obligation particulièrement importante d'être aussi dérangeants que possible aux yeux de l'état. On pourrait même pousser l'argument jusqu'à dire que le citoyen a l'obligation d'être déloyal à toute structure qui exige la conformité des citoyens; et pour être plus précis encore, il y a une obligation pour les citoyens d'être déloyaux à la crainte que ressentent ceux qui détiennent le pouvoir face à la non-conformité. Les caractéristiques du citoyen loyal incluent le fait d'être désagréable, le franc-parler et le rejet de la conformité. La très importante féministe canadienne de la première heure, Nellie McClung, exprima la chose de la façon suivante: '(ne s'occuper que de ses propres affaires) est une vertu bon marché et de seconde-classe, très encouragée dans certains secteurs et surestimée dans le monde en général; on l'utilise continuellement pour faire pardonner la paresse; c'est un alibi pour l'indifférence, la froideur et la négligence; le refuge du fainéant, la défense confortable du paresseux.'
            Cinquièmement, des idées telles que les silos méritocratiques, les dialectes des silos, une société basée sur les intérêts de groupes par rapport aux obligations citoyennes, l'utilisation de la loyauté pour camoufler le culte à la conformité; tout cela  mène au concept de l'inévitable comme caractéristique de la civilisation moderne. Une forte proportion de la globalisation a été construite autour du concept de son propre caractère inévitable. Bien évidemment, les idéologues se sont toujours décrits eux-même comme inévitables puisqu'ils sont incontournables. Et plus ils insistent qu'ils le sont, et plus ils sont proches de leur propre fin. Ce qui est peut-être inhabituel dans la structure intellectuelle corporatiste contemporaine c'est que l'inévitable est présenté comme si c'était l'aboutissement naturel d'une expertise rationnelle. Mais il est possible d'en arriver à cette idée que les événements sont inévitables uniquement si on met de côté l'incertitude dont les gens comme les écrivains savent qu'elle doit accompagner notre vie. Ce n'est que grâce à l'isolement créé par les silos spécialisés que les leaders croient qu'ils suivent un sentier prédestiné vers ce que je suppose qu'on pourrait appeler des certitudes séquentielles. Curieusement, notre système, qui est supposément remarquablement moderne, et même post-moderne, nous mène vers un avenir impossible à définir mais certain, qui s'appuie sur l'idéologie, ressemblant en cela de plus en plus au bon vieil utilitarisme du 19e siècle. En fait, nos sociétés fonctionnent souvent à la manière des vieilles religions dans lesquelles les élites s'accrochaient à leur position en refusant la possibilité de choix. Qu'il suffise de dire que les civilisations qui se basent sur l'inévitabilité ne peuvent d'aucune façon être rationnelles. Il serait difficile en effet de penser à une idée plus romantique du fonctionnement de la réalité que celle où les leaders opèrent dans des silos sans communiquer de manière acceptable entre eux. On ne s'étonnera pas que le résultat en soit que tant de nos leaders finissent par croire que l'inéluctabilité constitue la nature même d'une civilisation saine. À distance, on voit bien que ce qu'ils décrivent, c'est une idéologie, et non un destin.
            Sixièmement. Je pense qu'un bon nombre d'entre nous l'avons déjà remarqué, la montée en force graduelle de la classe des managers, en d'autres mots de la forme sur le contenu, a mené à l'assassinat virtuel d'un langage public formel. Nous savons que les structures du pouvoir se sont déplacées au cours des cinq cents dernières années depuis le prêtre jusqu'au soldat puis jusqu'à l'avocat et maintenant jusqu'au manager. Du point de vue du langage public, notre société de managers ressemble plus à la société cléricale qu'aux deux autres. En ce qui touche la classe cléricale et la classe des managers, le but principal  est d'utiliser le langage public comme outil contre la communication et contre le débat public.
            Et ainsi, de cette façon, le corporatisme tente d'expulser la vie des mots et du langage. Et le populisme tente de prendre en otage la puissance du langage réel en alliant la politique de la peur avec la politique de l'amour. Cette combinaison peut effectivement occuper l'espace du bien commun, plus particulièrement l'espace où un individualisme ou une citoyenneté responsable  peut être perçu comme notre capacité d'imaginer l'autre. Alors le populisme finit souvent par ressembler à une idéologie. Mais ce n'est pas une idéologie puisque les idéologies cherchent constamment la clarté et la certitude. Le populisme, par ailleurs, oeuvre à partir d'une métaphysique de peur et d'amour. C'est un truc de magie qui permet de faire prendre l'anormal pour le normal.
            J'insiste autant sur le populisme parce que par ce tour de passe-passe métaphysique il vole à l'écrivain son pouvoir fondamental. Après tout, est-ce qu'écrire, ce n'est pas le talent d'arriver à l'universel par l'intermédiaire de l'évocation de ce qui est spécifique? L'imagination du lecteur est libérée dans cette métaphysique qui change le spécifique en universel. Et ainsi le populisme déforme notre talent métaphysique afin de changer le spécifique en universel grâce à l'imagination du lecteur, et il exploite plutôt cette imagination grâce à la confusion entre peur et amour. Voici ce qu'en dit Tomás Eloi Martínez: 'La rumeur est la précaution que prennent les faits avant de s'avérer.' En d'autres mots, ils ne sont pas vrais. C'est le pouvoir du populisme et c'est la façon qu'il a d'agir comme un contre-poids colérique au corporatisme, tout en étant en même temps son supporteur le plus efficace.
            Hier, Jorge Orlando Melo a  parlé d'un incident à l'Université nationale de Bogotá où pendant un bref instant à la télévision on a montré une personne portant un masque et prononçant des mots. On a transformé la chose en une vaste crainte qu'il y ait des centaines de terroristes à l'université. La façon qu'on a utilisée pour en arriver à cette conclusion est un classique du populisme. Haroon Siddiqui a commenté l'incident en disant que nous, en tant qu'ouvriers des mots, avons de grandes difficultés à discréditer cette forme de populisme. Pourquoi? Parce que l'émotion libérée par le lien inexplicable de la peur et de l'amour crée un langage qui s'immisce au plus profond de nous. Le pouvoir supposément rationnel des faits et des arguments est mis de côté. Jusqu'à la beauté du langage qui est privée de son pouvoir. À sa place, il y a une sorte de fantaisie qui a soudainement l'air d'être la réalité, rendant impossible toute réponse intelligente. C'est la métaphysique à son pire.
            En tant qu'écrivains et écrivaines, nous avons souvent cru que la manière de franchir ces obstacles était grâce à une aveuglante explosion de clarté langagière. C'est ce qu'a fait Jonathan Swift avec sa Modeste proposition de manger les enfants d'Irlande pour résoudre le problème de pauvreté et d'explosion démographique. C'est aussi ce qu'a fait Voltaire avec son poème sur le tremblement de terre de Lisbonne, qui a changé définitivement la façon qu'ont eue les Européens d'écouter les paroles de l'église dominante. C'était comme si ces moments soudains et inattendus de clarté créatrice avaient tout changé, au moins dans l'imagination populaire:
                        Redonnez-moi
                        la clé
                        de la porte verrouillée. 
            Ces vers de Pablo Neruda évoquent la confusion qui existe dans l'esprit des gens en des moments pareils. Ça devrait pourtant être facile de nos jours de faire la même chose. Mais nous nous retrouvons avec des individus qui ont construit toute leur carrière en partisans purs et durs du libre marché, qui détestent le gouvernement, sans parler de l'implication du gouvernement dans le libre marché, et qui maintenant s'affairent à nationaliser de grands pans de l'économie de marché afin de se maintenir eux-mêmes en affaires. Notre confusion, en cette époque, s'est en grande partie  transformée en une attaque contre la corruption des gestionnaires principaux dans divers pays. Mais tout cela ressemble bien plus à une paranoïa à l'ancienne, en d'autres mots à un populisme d'époque, qu'à un effort réfléchi de trouver ce qui pourrait être fait. Et plus encore, cette sorte d'effort semble avoir bien peu d'effet sur les événements. Nous venons de sortir de trois décennies de populisme économique global, de romantisme. Et tout s'écroule autour de nous et nous n'avons pas encore été fichus de trouver un nouveau langage pour décrire ce qui pourrait, ou plutôt ce qui devrait arriver maintenant. Nous devrions nous réjouir qu'il y ait de nouveaux de grandes divergences d'opinion dans le débat public. Mais pour l'essentiel les choses continuent comme avant. Par exemple, le gouvernement des États-Unis continue de créer six millions de nouveaux secrets chaque année. On peut supposer que les autres gouvernements du monde font sensiblement la même chose, per capita.  Que peuvent bien être ces secrets? Ce sont les faux secrets d'une civilisation corporatiste où le contrôle de la langue est une forme de pouvoir. Deuxièmement, observez à quel point notre idée de la technologie a changé radicalement depuis deux ou trois ans.  Jusqu'à ce moment là, plusieurs d'entre nous étions convaincus que la technologie nous menait à une rupture des mécanismes de contrôle du pouvoir, qu'il soit public ou privé. Nous constatons que de plus en plus la technologie est utilisée dans un but exactement contraire: par exemple, afin de limiter le droit à la vie privée et pour transformer des systèmes universels d'information et de contrôle technologique en mécanismes pour faire de l'argent et savoir ce que les gens disent.
            Ce qui, il y a quelques années, a été présenté comme un audacieux nouveau secteur des industries du service, qui fonctionne par l'intermédiaire soit des ordinateurs, soit des téléphones, implique maintenant presque toujours que l'employeur écoute son employé pendant que celui-ci parle avec un client. Il y a un enregistrement qui nous dit qu'on nous écoute pour assurer la bonne qualité du service que nous recevons. Mais aucune société démocratique n'a jamais pensé que cela pourrait être nécessaire, ou même moralement acceptable. Cette sorte de Big Brother qui écoute chaque mot qui est prononcé aurait été impossible il y a quelques années. Prenez le nombre de caméras installées dans les rues de Londres. Londres est la ville où les citoyens sont le plus observés par les autorités, et cela se répand partout ailleurs. Prenez les compagnies comme Google et Yahoo et eBay quand elles opèrent en Chine. Nous sommes préoccupés de constater avec quelle facilité elles se sont conformées aux idées de limitation de l'information telle que définie par les autorités chinoises; et avec quelle facilité technique cela a été possible.
            Ce qui est peut-être le plus dérangeant, c'est la façon dont toutes ces choses ont nécessité une confusion entre l'information, d'une part, et la liberté de parole et le commerce, d'autre part. L'autre jour, j'ai noté une réflexion de Cicéron. Alors que l'ancienne république romaine s'écroulait pour devenir l'Empire romain, Cicéron remarqua que l'ancienne liberté de parole, prise pour acquise, avait laissé la place à une situation où les gens étaient à tout moment d'une grande précaution verbale, même lors d'événements mondains. Sa réflexion a quelque chose d'étrangement similaire à l'atmosphère corporatiste qui prévaut aujourd'hui. Qu'est-ce qui serait de nos jours l'équivalent de l'Empire? Ce serait probablement une combinaison du corporatisme et du populisme, deux phénomènes qui agressent avec virulence la liberté des citoyens de trouver de nouvelles façons de s'exprimer et d'écouter – en d'autres mots d'exercer leur liberté de parole.
            Dans les années 1840, Robert Baldwin, l'un des deux leaders du mouvement démocratique au Canada, affirma qu'ils s'agissait d'une lutte entre 'la puissance de l'opinion publique contre la mode et la corruption.' De nos jours, la plupart des intellectuels ont tendance à voir l'opinion publique d'un oeil négatif. C'est une faute. L'opinion publique est le partenaire positif essentiel de l'écrivain. Après tout, la plupart des gens dans nos sociétés – dans toutes les sociétés – n'ont pas le choix de leur langue ou de leurs paroles. Nous prenons souvent la liberté de parole pour la liberté de parler et d'écrire. Mais la liberté de parole c'est aussi la liberté d'entendre et, une fois qu'on a entendu, la liberté de réfléchir, et une fois qu'on  a réfléchi, la liberté d'agir. Le corporatisme et le populisme, et leur fascination pour la certitude, cherchent avant tout à assurer un état de passivité chez les citoyens, soit l'idée que ces derniers ne devraient pas écouter avec attention. Car s'ils écoutent d'une manière aussi constructive, les citoyens seraient capables de développer leurs propres pensées et de passer à l'action publique. La plus grande peur du système corporatiste-populiste, c'est que la ville ne s'éveille. Gabriel García Márquez: 'La ville s'éveilla après des siècles de léthargie sous la tiède, calme et douce brise de la mort du grand homme. Et c'est alors seulement que nous avons osé entrer dans le palais présidentiel.' Qui est le grand homme d'aujourd'hui? Le corporatisme et le populisme, Comment peuvent-ils être défaits?
            Eh bien d'abord, il y a plusieurs variantes à la bonne vieille manière de dire tout simplement non. Ceux parmi vous qui venez de Bogotá connaissent la version colombienne d'un simple refus: c'est le concept du nadaismo – du rien, de Gonzal Arango. C'est peut-être attirant, mais ça ne mène nulle part. Pas plus d'ailleurs que, selon Octavio Paz 'notre incapacité d'avoir une pensée critique  ... la critique développe la possibilité de liberté et représente donc une invitation à l'action.'
            Ça devrait marcher, mais le système en place a été à toute fin pratique émasculé du pouvoir de penser. Et pourtant, Paz a aussi raison. Nous devons repenser à la signification de notre langage. Quand on a demandé à Confucius ce qu'il ferait en arrivant au pouvoir, il a répliqué que la toute première chose à faire était de 'rectifier les noms'. En d'autres mots, la toute première chose à accomplir était de réévaluer le sens des mots. Et il a poursuivi: 'si les Noms ne sont pas corrects, vous allez échouer dans ce que vous tentez de faire.'
            Quelles sont les significations fausses d'aujourd'hui qu'il faut corriger? De bien des façons, ce sont le significations que j'ai décrites ce soir – les significations qui viennent du corporatisme et du populisme; leurs restes de mythologies monolithiques qui résistent; l'habileté des énormes structures de management de nos sociétés à utiliser d'incomparables quantités d'argent afin de dominer la façon dont le langage public est contrôlé.
            Permettez-moi de conclure avec une idée qui a une signification toute particulière dans les Amériques, du Sud au Nord. Nous tous  - Apôtres de la parole – sommes dans un certain sens victimes de la croyance dans le mot écrit. Autant le corporatisme que le populisme s'appuient sur la déformation du mot écrit. Ils sont capables d'utiliser une page écrite un peu comme on utilisait les textes religieux à la fin du Moyen-Âge. En d'autres mots, la société européenne du Moyen-Âge a été bloquée dans une large part par son obsession au sujet des détails de la parole écrite – on pourrait décrire cela comme une société où la communication a été remplacée par des moines qui inscrivaient des notes très précises dans les marges de textes écrits par d'autres. Pour traduire cela en termes modernes et académiques, c'était une société qui croyait que la vérité se trouvait dans une accumulation de notes en bas de pages, et pourtant personne ne croyait que le résultat en était la vérité. On croyait au contraire que de contrôler la parole écrite était essentiel au pouvoir.
            Le jumelage actuel du corporatisme avec le populisme s'appuie sur le même type d'obsession au sujet du mot écrit en tant que faux langage qui empêche la communication. Nous, dans les Amériques, pourrions pousser l'idée une étape plus loin en disant que le projet écrit du Moyen-Âge et du début des Lumières tenait essentiellement à un effort d'effacer la force des cultures orales des Amériques; cela tenait à l'imposition d'une idée linéaire de la vérité écrite sur l'idée circulaire de la considération orale.
            Ce que nous oublions, bien sûr, à cause du succès du projet écrit, c'est qu'une grande partie de l'Europe aux 17e et 18e siècles était  profondément orale. Même les Lumières étaient en bonne partie basées sur l'oral utilisé comme écrit. On peut certainement dire que les premiers romans de l'époque des Lumières étaient essentiellement des textes oraux et étaient utilisés comme tels par ceux qui souhaitaient répandre les idées qu'ils contenaient bien au delà du faible pourcentage des gens qui pouvaient lire. Et les romans étaient donc récités en public, de la même façon que les cultures orales ont déclamé les mythologies en public pendant des milliers d'années.
            Quant à nous qui vivons dans les Amériques, je pense qu'il y a un inconfort continu, et même un déséquilibre, malgré le fait que nos civilisations actuelles ont eu quatre siècles pour se former. Ce déséquilibre et cet inconfort prennent une forme différente dans les douzaines de pays différents qui s'étendent de l'Antarctique à l'Arctique. Mais il y a aussi une explication partagée pour le déséquilibre. Je pense que cette explication partagée se trouve dans notre négation continuelle de la réalité de nos continents; et cette réalité est indigène. Et cette réalité indigène – contrairement au modèle européen – mélange et unit les gens et la géographie en un tout. C'est à l'opposé de l'idée occidentale de l'être humain établi au-dessus du lieu. Et cette réalité indigène est profondément orale. Plus nous continuons de refuser cela, plus nous nous nions nous-mêmes et plus nous nions la grande vérité créatrice de la culture orale.
            Malgré ce refus formel, les romans et les poèmes et les films et les pièces de théâtre créées sur nos continents au cours des dernières décennies ont été, de plus en plus, l'expression de la réalité orale, cette approche circulaire non-linéaire, ce mélange des gens et des lieux. Nous comprenons cela et nous en parlons, mais nous n'avons pas identifié ce phénomène en tant que résurgence de l'inconscient collectif des Amériques en réaction contre les structures linéaires faussement rationnelles, hautement écrites du pouvoir corporatiste.
            Je sens que dans cette oralité se trouvent les outils qui nous permettraient de traiter les clivages qui existent dans nos sociétés fort différentes et pourtant si similaires d'une extrémité à l'autre des Amériques.
            C'est une force qui nous permettrait, si on l'embrassait, de confronter intellectuellement et politiquement les barrières du corporatisme et du populisme. Et je pense que cette approche pourrait être le grand cadeau des Amériques visant à résoudre ces problèmes que nous partageons avec le reste du monde.
Gracias.








ANEXOS:

Breve panorama de la escritura de mujeres en Colombia[15]

María Mercedes Andrade*

La literatura escrita por mujeres en Colombia ha enfrentado retos comunes a otros países latinoamericanos, tales como la dificultad que han experimentado muchas autoras para publicar y dar a conocer sus textos, así como el que sus obras se hayan visto frecuentemente relegadas a un lugar marginal dentro de la cultura nacional.  Sin embargo, si bien dentro de las autoras del siglo XIX sólo han perdurado nombres como los de Soledad Acosta de Samper y Josefa Acevedo de Gómez, a lo largo del siglo XX la escritura de mujeres ha logrado crearse un espacio dentro del panorama cultural del país y exhibe una gran variedad de tendencias y estilos. En las primeras décadas del siglo XX y hasta mediados de siglo sobresalen los nombres de algunas autoras que comienzan a cuestionar específicamente el lugar de la mujer colombiana dentro de la sociedad, si bien dentro de esquemas narrativos aún convencionales, como son los casos de la novelista y poeta Juana Sánchez Lafaurie (Viento de otoño) y las novelistas Fabiola Aguirre (Dimensión de la angustia) y Elisa Mújica (Los dos tiempos).
El interés por la situación de la mujer, así como la preocupación por los problemas sociales del país, son temas que continúan apareciendo en la obra de autoras posteriores aunque éstos han sido abordados desde perspectivas y estilos muy diferentes, en ocasiones abriéndose a la experimentación y la búsqueda de un lenguaje narrativo nuevo. Obras como Estaba la pájara pinta de Albalucía Angel, Cola de zorro de Fanny Buitrago y En diciembre llegaban las brisas, de Marvel Moreno, abordan temas políticos y de identidad sexual a la vez que evidencian un interés por desarrollar nuevas técnicas narrativas. Esta búsqueda lingüística también es evidente en autoras posteriores, tales como Laura Restrepo, Carolina Sanín, Lina María Pérez y Consuelo Triviño, estas tres últimas han sido en su momento miembros del PEN de Colombia.
Dentro de la ensayística y la crítica cabe destacar la obra de autoras como Helena Araújo, Carmen Elisa Acosta, Ángela Robledo, Montserrat Ordóñez, Betty Osorio, Carolina Alzate, Luz Mary Giraldo –estas cuatro últimas ligadas al PEN de Colombia-,  quienes han contribuido a la reflexión literaria en el país y han llevado a cabo una labor importante al analizar y rescatar obras de escritoras y escritores que no han recibido la atención que merecen.
*Ph.D. en Literatura.  Profesora de la Universidad de los Andes, crítica literaria y  autora de cuento, novela y ensayo.  Miembro del PEN de Colombia



Anexo 2

El PEN Internacional vino a Bogotá  (Una estudiante narra el itinerario del evento)

Juliana Buriticá Alzate

Mi perspectiva del Congreso Mundial del PEN Internacional es la de una estudiante que participó voluntariamente en su organización.

Fue una oportunidad de generar lazos académicos, artísticos y de amistad entre escritores de diferentes partes del mundo y Bogotá.  El tema del Congreso fue “El papel de la palabra- The role of the word- La part de la parole.” Los múltiples idiomas y culturas se unieron en una misma armazón de propósitos: la tolerancia, el respeto por la opinión del otro, la firme defensa del derecho a manifestarse sin censura y sin miedo, el derecho a pensar distinto y a construir mundo a partir de la escritura.

El Congreso del PEN; estuvo en las primeras páginas de los periódicos del Mundo y de Colombia. Bogotá como ciudad anfitriona se benefició de muchas maneras por la presencia de escritores internacionales. La literatura fue el punto de partida para promover el diálogo intercultural sobre la formación de ciudad, la ruptura de estereotipos, el entendimiento de las diferencias, y la importancia de la libre expresión y el respeto por la disidencia.

Desde el martes 16 de septiembre empezó el Congreso con la llegada de los miembros de la Junta Mundial del PEN. Sin embargo, la agenda oficial tuvo inicio el miércoles 17 de septiembre. Fueron llegando los delegados y participantes al Hotel Tequendama, la Junta Mundial se reunió durante varias horas en la Fundación Alzate Avendaño. Y desde el primer momento el Congreso se proyectó hacia la comunidad bogotana. A las 9:30 am  del miércoles 17 salieron cuatro escritoras acompañadas de estudiantes de la Universidad de los Andes y de la traducción requerida, a dos colegios del Distrito. En el colegio María Mercedes Carranza en el Barrio Perdomo se encontraron Joanne Leedon Ackerman de Estados Unidos y Nadezda Cacinovic de Croacia con varios estudiantes de este colegio. Simultáneamente, en el colegio Alfonso López Michelsen ubicado en Bosa, se encontraron Anabel Torres de Colombia residente en España y Amanda Hopkinson de Inglaterra con sus estudiantes. Ambos encuentros no pueden ser categorizados como conferencias, pues se trató de diálogo, intercambio de ideas, preguntas y respuestas que iban y venían. Después las escritoras de dirigieron hacia la Universidad de los Andes a formar parte de una gran audiencia de la conferencia de Fadia Faqir, escritora británica de origen jordano quien dictó una charla titulada “Cantar en la lengua del otro.”

 En la tarde de este mismo día, a eso de las 3:00pm hubo también dos eventos paralelos. Por un lado, en la Fundación Gilberto Alzate Avendaño se llevó a cabo una lectura de poemas abierta a la comunidad; Ángel Cuadra de Cuba, Emile Martel de Canadá, Rita Dahl de Finlandia, Edda Armas de Venezuela, Jaime Manrique, Anabel Torres y Leonor Carrasquilla cuyo pseudónimo es La Maga, de Colombia, nos hicieron el regalo de sus palabras.

Por otro lado, en el Instituto Caro y Cuervo – la Casa Cuervo- hubo una mesa de trabajo de RENATA (Red Nacional de Escritura Creativa) en la que participaron Nahum Montt, Melba Escobar, Hugo Jamioy y José Zuleta. Ya adentrada la noche hubo una copa de vino en la Iglesia Museo  de Santa Clara, y así acabó el primer día.

El jueves 18 de septiembre fue un día largo y colmado de eventos, en el que todo parecía suceder al mismo tiempo, y así fue. De 9:00 a.m a 7:00 p.m hubo una muestra y exhibición permanente sobre el sector gráfico que promovía alternativas ambientales para la producción de libros e impresos.  Ecoparque –microempresa de impresión ecológica- fue la protagonista. En esta misma jornada se presentaron nueve escritores en sesiones consecutivas que tuvieron la oportunidad de presentarse ante más de 200 estudiantes de los colegios distritales: Tabora, Gonzalo Arango y Manuel Elkin Patarroyo. Nuevamente se propició un encuentro entre la ciudad y el Congreso lleno de preguntas, fotografías, risas y aprendizajes.

Cecilia Balcázar, Jiri Grusha, Enrique Santos Molano y el Alcalde Samuel Moreno.
 
A tan sólo unos cuantos pasos de la Biblioteca Luis Ángel Arango, en el Auditorio del Museo del Banco de la República, de 9:00 am a 11:30 am se realizó un foro llamado “El papel de la palabra en el periodismo”. Y a unas cuantas cuadras, en el Hotel Tequendama, a estas mismas horas, escritores del PEN trabajaron duramente en sus respectivos comités: Traducciones, Derechos lingüísticos y Escritoras. Ya a las 12:15 se reunieron todos y todas en el Auditorio Teresa Cuervo del Museo Nacional,  y allí se realizó la ceremonia de inauguración del 74º Congreso Mundial del PEN. Cecilia Balcázar de Bucher miembro de la Junta Mundial del PEN y cabeza de la organización del Congreso en Bogotá-sin su dedicación no hubiese sido posible este congreso- pronunció las palabras de bienvenida. Después intervino Jiri Grusha, presidente del PEN Internacional. Posteriormente, Samuel Moreno Rojas, Alcalde Mayor de Bogotá les dio la bienvenida a los escritores. Finalmente habló Enrique Santos Molano, presidente del PEN de Colombia.  La ceremonia se cerró con un concierto de música andina colombiana.

Y este agitado día – todavía jueves 18 de septiembre- concluyó con una mesa redonda llamada “El papel de la palabra en su relación con la justicia y en la construcción de la paz”, la reunión del comité de escritores en prisión, y otra conferencia magistral de Fadia Faqir en la BLAA. El conferencista programado, el renombrado escritor francés Michel Deguy, no pudo llegar y enviaría más tarde su conferencia titulada “Ecología y Poesía.   La noche llegó en el Museo del Banco de la República, en compañía de música, vino y arte colombiano.

El viernes 19 de septiembre hubo un trabajo interno en los diferentes comités a lo largo de todo el día. Sin embargo, el vínculo con Bogotá tampoco faltó. A las 12:00 del día hubo una película en la Cinemateca Distrital sobre un libro de Jiro Asada, autor japonés, llamada “Subirse al metro.”  Y en la tarde, a las 6:30 p.m.  hubo una conferencia de John Ralston Saul titulada “El papel de la palabra en la reinvención del mundo” con la presencia de la Doctora Margarita Garrido, Directora de la Biblioteca Luis Ángel Arango. Y en estas mismas instalaciones cerró el día otro coctel, ofrecido por la Embajada del Canadá. El día siguiente se caracterizó por talleres, reuniones, y trabajo interno en los salones del Hotel Tequendama.

El domingo 21 de septiembre fue el último día del Congreso y concluyó en la Biblioteca Virgilio Barco donde hubo presentaciones de varios escritores, un recorrido por la Biblioteca y un almuerzo típico ofrecido por la Secretaría de Educación. Después los escritores aprovecharon para conocer la región y se fueron a la Catedral de sal en Zipaquirá. La fiesta de despedida fue en el Club Metropolitan y estuvo llena de conversaciones sobre recuerdos de días pasados, intercambio de correos electrónicos, promesas de volver a verse y motivación para seguir adelante con la organización de poetas, ensayistas, novelistas, traductores, editores entre otros, quienes creen en el poder de las palabras para la construcción de un mundo mejor, basado en la inclusión y el respeto de las diferencias.   


PEN International came to Bogotá.
 An itinerary of the event, narrated by a student, Juliana Buriticá Alzate

My view of PEN International Congress was that of a student who participated in the organization.   This proved to be an opportunity to network on the academic and artistic fronts and also make friends with writers from different parts of the world. The many languages and cultures joined in a common purpose: to encourage tolerance, respect for the opinion of others, the firm defense of the right to express ourselves without censorship and without fear and the right to think differently and construct a world from writing.
PEN Congress was front-page news throughout the world and in Colombia. Bogotá, as the host city, benefited in many ways through the presence of international writers. Literature was the focal point for promoting inter-cultural dialogue on many topics: the formation of the city, the rupture of stereotypes, understanding differences and the importance of freedom of expression and respect for dissidences.
From the beginning, the Congress reached out to the Bogotá community, something new for this kind of event. A number of students of the city thus received the seeds of a contact which might be of significance in their lives.
First, four women writers, Joanne Leedon Ackerman (USA), Nadezda Cacinovic (Croatia), Anabel Torres (Colombia, resident in Spain) and Amanda Hopkinson (UK) visited two Bogotá public schools in the company of students from the Universidad de los Andes: Colegio María Mercedes Carranza in the Perdomo neighborhood and Colegio Alfonso López Michelsen in the suburb of Bosa. They gathered with students and teachers and chatted and answered questions – both sides were surprised! That same morning at the Universidad de los Andes, Fadia Faqir, the Jordanian writer resident in England, also addressed students and professors and answered their questions.
In the afternoon there were two parallel events: a poetry reading, open to the public, at the Colonial house of the Fundación Alzate Avendaño, coordinated by PEN vice-president Gloria Guardia. Ángel Cuadra of the Cuban PEN writers-in-exile was present, as were Émile Martel (Canada) Rita Dahl (Finland) Edda Armas (Venezuela), Jaime Manrique (Colombia, resident in NYC), Anabel Torres and La maga, Leonor Carrasquilla (Colombia).
At the Instituto Caro y Cuervo, housed in the Colonial mansion of the great Colombian philologist José Rufino Cuervo, delegates heard about the writing projects of RENATA (National Network for Creative Writing) from its managers, Mahum Montt, Melba Escobar, Hugo Jamioy and José Zuleta.
That same day, a number of delegates visited Simón Bolívar’s rooms at San Carlos Palace, which have been preserved in period style. Then they crossed the Plaza Bolívar to the baroque museum church of Santa Clara, where PEN Colombia offered a glass of wine.
On the second day, many visitors saw the exhibition of Ecoparque, a clean technology operation for manufacturing books and printed materials. In that venue, conference rooms of  the Biblioteca Luis Ángel Arango, nine writers met with over 200 public school students, among which Marta Cerda, Judith Rodríguez, Jens Lohman and Lucina Kathman. There too, an encounter with the city, with much laughter and learning, questions and photos.
A few steps away, in the Auditorium of the Banco de la República’s museum, a forum was held on the role of the word in journalism, while at the Hotel Tequendama the Women Writers’ Committee and the Linguistic Rights and Translators’ Committees held their sessions.
At midday, the Congress was formally inaugurated at the National Museum, a handsome 19th century stone building, originally a panoptic.  Cecilia Balcázar de Bucher addressed the delegates, as did Jiri Grusha, PEN International President, Clarisa Ruiz, representing the Minister of Culture, Bogotá Mayor Samuel Moreno and Enrique Santos Molano, the PEN Colombia President. The ceremony closed with a concert of Colombian music from the Andean region.
In the afternoon, the Writers in Prison Committee met at the Friedrich Ebert Foundation (FESCOL), where distinguished Colombian journalists discussed the role of the word in relation to justice and the construction of peace – their visions of the Colombian conflict.
Fadia Faqir delivered an address on trans-cultural writers, in lieu of Michel Deguy, unable to attend, who sent on his paper Ecology and Poetry.
PEN Colombia offered a reception at the Casa de la Moneda of the Banco de la República, where attendees visited the collection of contemporary Colombian painting.
On Friday, Jiro Assada’s film Chikatetsu Ni Notte, based on Japanese PEN member Jiro Asada’s book, was shown.
In the evening, Canadian writer John Ralston Saul delivered a conference on the role of the word in the reinvention of the world, introduced by Margarita Garrido, the Biblioteca Luis Ángel Arango’s director. The Canadian Embassy then hosted a reception.
On Sunday 21st September the congress concluded with a guided visit to the Bogotá public libraries net, ending at the Biblioteca Virgilio Barco, the work of architect Rogelio Salmona. Carmenza Prada, the director and Virginia Torres, representing the city’s education authority, received the visitors. Fawzia Assad, Robyn Lloyd-Jones and Yang Ling among others read some of their work. To conclude, a typical Colombian lunch was offered.
A number of writers followed up the congress with visits to places of interest in the area, especially the Catedral de Sal in Zipaquirá. A farewell dinner was offered at the Club Metropolitan where lively conversation, networking and promises to meet again closed this meeting of poets, essayists, novelists, translators, publishers and journalists -- all those who believe in the power of the word in the construction of a better world based on inclusion and the respect for differences.

























ALGUNAS PUBLICACIONES DE PRENSA Y DE LA RED

EFE
Actualizado 18-09-2008 23:18 CET

Bogotá.-  El escritor y ex diplomático checo Jiri Grusa inauguró hoy en Bogotá el 74 Congreso Internacional del PEN (Poetas, Escritores y Narradores), que congrega a 120 delegados de más de 70 países.



"Nuestro papel como escritores es ser buques insignia del conocimiento de nuestras sociedades", declaró Grusa, que preside el PEN y cuyos trabajos como escritor y editor bajo el comunismo en las décadas de los 60, 70 y 80 del siglo pasado le supusieron la censura, la prisión y la apatridia.
Esta edición del congreso del PEN, que se extenderá hasta el próximo día 22, se articula en torno al tema "El papel de la palabra", definido por Grusa como "el poder individual de la persona parlante, que muestra su personalidad, su habilidad de persuadirnos y su capacidad analítica, combinada con la seriedad moral".
Se espera que durante los cinco días que dura el evento las diferentes delegaciones internacionales debatan sobre la libertad de expresión, la libertad de los escritores encarcelados y la paz mundial, elementos por los que se ha destacado la organización a lo largo de su historia.
A la apertura también asistieron el presidente del PEN Colombia, Enrique Santos Molano; la presidenta honoraria de esta misma delegación, Cecilia Balcázar y el alcalde de Bogotá, Samuel Moreno Rojas.
"En la pasada Edad Media las brujas eran el enemigo y la brujería el motivo plausible para perseguir la libertad de expresión y ahorcarla (..). En el alto medievo tecnológico, simplemente se ha cambiado de terminología, ya no se señala de brujo sino de terrorista", dijo Santos Molano.
En este sentido, Santos mostró su apoyo a la periodista estadounidense Amy Goodman, quien fue arrestada durante la pasada convención del Partido Republicano de su país por defender a sus colegas, que informaban sobre las manifestaciones antibelicistas que se producían en paralelo.
Además de los debates de la Junta del PEN, se desarrollarán estos días numerosas actividades en el Congreso, como conferencias magistrales, mesas redondas o recitales de poesía.
En el encuentro de este año destacan los escritores Erik Lax (EE.UU.), Cecilia Balcázar (Colombia), Mike Butscher (Sierra Leona), Takeaki Hori (Japón), Mohamed Magani (Argelia), John Ralston (Canadá) y Fadia Faqir (Jordania).
En la actualidad, el PEN cuenta con más de 15.000 poetas, ensayistas, novelistas, dramaturgos, editores, traductores y periodistas afiliados, y se reúne anualmente para establecer sus directivas de acción.


ELESPECTADOR.COM
Editorial

Bienvenidas las plumas del Pen

ES UN HONOR PARA COLOMBIA Y EN especial para la capital del país que se celebre en Bogotá, a partir de hoy, el 74° Congreso Internacional del Pen Club.
El Pen Club es sin duda la más importante asociación mundial de escritores y probablemente la primera ONG en la historia del mundo que se dedicó por entero a la defensa de los derechos humanos y, más concretamente, a la defensa de la libertad de expresión. Cuando fue fundada (en Inglaterra, en 1921) el nombre Pen era un acrónimo que estaba por “Poets, Essayists and Novelists” (Poetas, ensayistas y novelistas), con el añadido de una evocación especial, ya que pen significa “pluma” en inglés. Pero esta especie de sindicato internacional de escritores pronto se abrió a otros profesionales de las letras: traductores, historiadores, editores y periodistas. Hoy en día es la asociación de escritores con mayor prestigio a nivel mundial, por su trabajo desinteresado y constante a favor de la literatura y la libre manifestación del pensamiento.
La organización de este importante congreso en Colombia se debe a la labor desvelada y continua de una gran activista cultural colombiana que ha pertenecido a la mesa directiva internacional del Pen en los últimos años, la destacada poeta vallecaucana Cecilia Balcázar de Bucher.
Después de presidir durante años el capítulo colombiano del Pen, la señora Balcázar se despide de su labor a nivel local mediante la organización de esta gran asamblea internacional. No fue fácil lograrlo, pues algunos países dudaban de que Colombia mereciera organizar este evento, básicamente por las amenazas que todavía pesan sobre algunos periodistas colombianos.
Sin duda en nuestro país sigue habiendo problemas para el libre ejercicio de nuestra profesión. No hay semana en la que, entre rumores más o menos fundados, no corran voces de que hay personas interesadas en interferir con la violencia en el libre ejercicio de la labor periodística. Pero la presencia aquí del Congreso del Pen Club es algo que nos anima a mantener muy en alto las banderas de la defensa de estas libertades fundamentales: la de informar, la de pensar, y la de publicar libremente lo que averiguamos y pensamos.
No es esquivando a nuestro país como mejor se defienden estos valores fundamentales, sino viniendo aquí a reivindicar abiertamente estos derechos. Si los muchos ojos llenos de prestigio de los miembros del Pen están puestos sobre Colombia, quienes ejercemos este noble oficio nos sentimos un poco más cuidados y protegidos.
Entre los miembros fundadores del Pen hubo escritores de la talla de Joseph Conrad, George Bernard Shaw, Heinrich Böll y H.G. Wells. Durante la guerra fría el Pen defendió con valor el derecho a la expresión de muchos escritores perseguidos y encarcelados como disidentes en los países de la órbita soviética. Después de la caída del muro de Berlín, el Pen Club ha defendido con ahínco a escritores de muchas otras latitudes, en especial de África, Turquía y algunos países islámicos. También el Pen ha manifestado su preocupación y solidaridad con algunos periodistas colombianos amenazados por la guerrilla o por los grupos paramilitares. Hoy en día, entre sus miembros, hay escritores de la talla de Günther Grass, Mario Vargas Llosa o J.M. Coetzee.
Desde los siglos de la Colonia española en nuestro territorio se han cultivado las letras con bastante decoro. Desde don Juan de Castellanos, pasando por Jorge Isaacs y José Asunción Silva, hasta Gabriel García Márquez y Álvaro Mutis, se ha formado en Colombia una importante tradición literaria. Si bien en las ciencias o en la tecnología nuestro país revela un atraso manifiesto, en la literatura, quizá gracias a esta tradición secular, ha habido y sigue habiendo un respeto especial y un ejercicio digno de esta actividad artística. El Espectador celebra que este congreso se realice en Colombia y espera que los escritores asistentes, de diversas partes del mundo, se lleven una idea más completa de un país mucho más complejo que los lugares comunes que circulan internacionalmente sobre él.



Cultura| 18 Sep 2008 - 9:06 pm

Autores del mundo en Bogotá

El poder de las letras

Por: EL ESPECTADOR
De Jordania a Colombia, de Japón hasta Inglaterra, la fuerza de la palabra sirve como vínculo para estos cuatro escritores que participan en el 74 Congreso Mundial de Escritores: Pen International. El Espectador habló con cada uno de ellos.

Cultura| 16 Sep 2008 - 9:39 pm

Escritores, poetas y periodistas de más de 70 países se reunen en Bogotá

AFP - Bogotá, Colombia - 16:41 - 17/09/2008


Escritores y periodistas de 70 países de Asia, Europa, Latinoamérica, Norteamérica y África, se reúnen desde el miércoles en Bogotá en el desarrollo del 74º Congreso Mundial del PEN Internacional, informaron los organizadores.

El PEN, fundado en 1921 en Londres, es la organización de escritores y periodistas más importante del mundo, y cuenta con más de 144 centros para la promoción de la interculturalidad y la defensa de la libertad de expresión.

El encuentro de Bogotá, que se prolongará hasta el próximo 22 de septiembre, reúne a intelectuales como Takeaki Hori (Japón); Mohamed Magani (Argelia); Elizabeth Nordgren (Finlandia); Kristin T. Schnider (Suiza-Alemania) y Haroon Siddiqui (Canadá).

Dentro de la programación del Congreso están previstas conferencias sobre temas de periodismo, así como exposiciones, charlas y lecturas de poemas y escritos en diversos centros culturales y académicos de la capital colombiana.

Una de las discusiones se referirá al "papel de la palabra en el periodismo" y en ella participarán los periodistas y analistas Javier Darío Restrepo, Claudia López (Colombia), Paul Knox (Canadá) y Haroon Siddiqui (India-Canadá).

 

 

 

 

Versión 74 del Congreso Mundial del PEN Internacional se celebrará del 17 y el 22 de septiembre en Bogotá

La organización, fundada en 1921, bajo la presidencia de John Galsworthy, ha contado entre sus miembros a Joseph Conrad, George Bernard Shaw y H.G. Wells, Anatole France y Paul Valéry.
También se cuentan las plumas de Thomas Mann, Benedetto Croce y Karel Capek. Hoy reúne a más de 15.000 poetas, ensayistas, novelistas, dramaturgos, editores, traductores y periodistas. En la actualidad reúne a más de 15.000 poetas, ensayistas, novelistas, dramaturgos, editores, traductores y periodistas.

El tema: 'El papel de la palabra'. Contará con la presencia de 120 delegados de más de 70 países.

El anfitrión será el escritor Enrique Santos Molano. El encuentro
tendrá actividades en la Fundación Gilberto Alzate Avendaño, la Casa Cuervo, la Biblioteca Luis Angel Arango, la Biblioteca Virgilio Barco, entre otros espacios. El público capitalino podrá interactuar también con poetas como Angel Cuadra (Cuba), Emile Martel (Canadá), Rita Dahl (Finlandia) y Edda Armas (Venezuela).

También habrá una muestra de libros en la Biblioteca Luis Ángel Arango con la presencia de importantes escritores.

 

Este miércoles empieza

El Pen en Bogotá

Por: Redacción cultural
La primera cita, del encuentro de escritores del mundo,  es en la G. Alzate Avendaño.
Cecilia Balcázar es miembro por segunda vez y hasta el 2009 de la junta directiva del Pen.    
Envió 140 cartas a destinos tan lejanos como Turquía, Jordania o Sierra Leona. “Querido J.M.  Coetzee”, “respetado señor Orham Pamuk”, “recordada Toni Morrison”, cada uno de los grandes premios Nobel que pertenecen a la junta directiva del Pen recibieron su invitación personal,  “Colombia los invita a participar del 74° congreso en Bogotá”.
Cecilia Balcázar, que fue por segunda vez nombrada para hacer parte de la junta directiva hasta el 2009, recibió confirmaciones de 90 países, incluido del premio Nobel sudafricano John Michael Coetzee, quien luego de sopesar todas las peripecias que tenía que hacer para arribar a Colombia desde Australia  tuvo  que excusarse.
Las confirmaciones estaban listas, y empezaba la difícil  empresa de los visados: “La Cancillería colombiana nos ayudó enormemente”, explica Balcázar. Sin embargo, y aunque los escritores lo pueden casi todo, hubo algunos visados Schengen denegados, como sucedió con el escritor proveniente del Tíbet y dos que venían desde Jordania.
La candidatura de Colombia para celebrar el congreso anual del Pen, la asociación internacional de escritores más importante del mundo, estuvo planteada desde el 2005, pero con la intención de no competir contra un país amigo, fue retirada para darle paso a la celebración de Guajaca, México. Sin embargo, en el congreso de Dakar (Senegal) 2007, se reconsideró la posibilidad de llevar el congreso a la ciudad manita a raíz de unos serios casos de violación de los derechos humanos no  aclarados, entonces se realizó de nuevo la votación y por mayoría ganó Colombia.
El logro, sin embargo, no había sido gratuito. La delegación colombiana no sólo había ganado gran relevancia por hacer que el Pen en 1998 adoptara también el  español como lengua de trabajo  ( al mismo nivel del inglés y el francés dentro de la organización), sino que además su gestión en programas de integración de la población más desfavorecida a través de la creación literaria también había marcado parámetros para  países africanos en conflicto, lo que  terminó haciendo meya en  los miembros de la asociación.
La tarea parecía titánica: “¡Los congresos del Pen son como una reunión de las Naciones Unidas!”, exclama Balcázar, quien añade: “Las editoriales no se mostraron muy interesadas en ser patrocinadores del evento, pero en cambio las embajadas,  la Administración Distrital, el Ministerio de Cultura, La Federación de Cafeteros, Davivienda entre otros,  han sido muy generosos”, asegura la escritora, quien cree que este tipo de encuentros permite la comunicación de los pueblos a través de la literatura.
Cada uno de los miembros del Pen que han llegado a las habitaciones del Tequendama y que se dirigirán el miercoles a la Fundación Alzate Avendaño para su primera reunión pueden contar entre sus méritos la defensa de los derechos y libertades de los escritores. “Para los Juegos Olímpicos mandamos a traducir un poema en donde se contaban los horrores de la dictadura a más de 100 lenguas”, comenta Balcázar, quien también rememora casos emblemáticos como el de Ángel Cuadra, el poeta cubano que después de durar encerrado 17 años en la Habana fue rescatado por el Pen y enviado a Suecia.
“La represión se da en muchos países. El Pen de Nueva York  ha tenido unas campañas muy fuertes contra todas las disposiciones legales después del 11 de septiembre que llegaron hasta pedirle a las bibliotecas públicas que pasaran un listado de los libros que la gente leía”, concluye la escritora.

El 74º Congreso de PEN Internacional urge la promoción y protección mundial de culturas


El 74º Congreso de PEN Internacional urge la promoción y protección mundial de culturas y de lenguas indígenas a través del dialogo y el derecho a la libertad de expresión

PEN Internacional da el cierre a un Congreso histórico en Bogotá, fortaleciendo su compromiso para con los escritores y la literatura de todas las culturas y lenguas. Del 17 al 22 de septiembre, más de 120 delegados de 70 países apoyaron la importancia de las ideas y de la libertad de la palabra con respecto al cambio y desarrollo de la sociedad civil.
Jirí Grušá, Presidente Internacional de PEN International, comentó: "Nuestras discusiones y nuestros debates aquí en la preciosa ciudad de Bogotá han sido un gran suceso. Quedamos agradecidos a PEN Colombia por su maravillosa hospitalidad y por compartir su cultura y patrimonio literario. Además, nos complace mucho dar las bienvenidas a tres nuevos Centros PEN, que se juntarán a nuestra comunidad mundial: PEN Etiopia, PEN Haití, y PEN Uyghur."
Con un enfoque especial en Latinoamérica, y particularmente en Colombia, se conmemoró y se dio reconocimiento al trabajo excepcional de los Centros PEN en ésta región. La edición de otoño del 2008 de PEN Internacional, ‘Contexto: Latinoamérica y el Caribe', incluirá obras escritas por los mejores novelistas, autores de cuentos, poetas, y ensayistas de la región. La Asamblea de Delegados aprobó diez resoluciones, entre ellas una que urge la protección de periodistas en Colombia y México, y también la liberación de todos los escritores encarcelados en Cuba; una campaña defendiendo la libertad de expresión y el derecho a escribir en America del Sur y del Norte será una prioridad clave para PEN Internacional en el 2009. También se aprobó una resolución pidiendo al gobierno Chino que abstenga del acoso y de la persecución de todos los escritores y periodistas Chinos. Esta resolución formó parte de la campaña de PEN Internacional para promover la libertad de expresión en China. Se aprobaron también resoluciones con respecto a escritores en peligro en Irán, Vietnam, Rusia, Zimbabwe y Afganistán.
El tema del Congreso - el papel de la palabra - estuvo presente a lo largo de los seis días. Delegados del PEN asistieron a lecturas literarias y a conferencias, y a una mesa redonda sobre el papel de la palabra en el conflicto, la justicia, la verdad, y la construcción de la paz. Además aplaudieron el trabajo de una red colombiana de talleres de escritura creativa. A través de todos estos eventos los delegados debatieron las formas en las que las palabras, escritas o habladas, son decisivas en la promoción del entendimiento entre culturas e idiomas.
Cecilia Balcázar, Presidenta del Congreso, comentó: ‘El mundo mejorará cuando todos entendamos el papel de la palabra, su poder para crear o impedir el diálogo. Se erradicará la violencia cuando descubramos las mentiras que se esconden por detrás de la apariencia de la verdad creada por las palabras; cuando todos seamos conscientes de la intolerancia que ésta promueve; y cuando identifiquemos que el dogmatismo del discurso de la hegemonía se impone sobre formas alternativas y validas de construir la realidad en la que todos vivimos.'
Caroline McCormick, Directora Ejecutiva de PEN Internacional, observó que: "Escritores eminentes del mundo entero se vieron unidos en su investigación del ‘papel de la palabra'. Sus diferentes perspectivas culturales iluminaron nuestro entendimiento sobre la continuación de la importancia de la literatura actualmente."
Kata Kulavkova (PEN Macedonia) fue elegida como Vicepresidenta por sus servicios a PEN. Se une a una lista de Vicepresidentes distinguidos, que incluye a J. M. Coetzee, Margaret Atwood, y Nadine Gordimer. Josep Maria Terricabras (PEN Catalan) fue elegido como el nuevo Presidente del Comité de Traducción y Derechos Lingüísticos. Mohamed Magani (PEN Algeria) fue reelegido al Consejo Directivo de PEN Internacional, y Yiang Lian (Centro PEN Chino Independiente) fue elegido al Consejo Directivo por primera vez. Se unen así a los demás escritores eminentes del Consejo, al Secretario Internacional Eugene Schoulgin (PEN Noruega), al Tesorero Eric Lax (PEN USA), al Secretariado en Londres y a todos los Centros PEN, para concebir y realizar las ambiciones y el futuro de la organización.
1
El PEN Internacional es una sociedad mundial
de escritores, única en su género. Reúne a más
de quince mil poetas, ensayistas y novelistas;
también a dramaturgos, editores, traductores
y periodistas. Cuenta con ciento cuarenta y cuatro
centros en ciento cinco países. Sus objetivos
principales son promover la cooperación intelectual
y la tolerancia mutua entre los escritores para que,
en esta medida, realcen el papel del lenguaje y de
la literatura en el devenir de la cultura en medio de
las vicisitudes de la sociedad contemporánea.
Asimismo y dado el hecho de que estos fines
implican una colaboración internacional que no
puede darse sin la necesaria libertad de expresión,
el PEN es un decidido vocero del derecho a la libre
expresión y en contra de la censura. Es un
reconocido defensor de los escritores ante cualquier
persecución que vulnere su integridad y los haga
víctimas de abusos, persecuciones
o encarcelamientos, propios de las dictaduras.
El PEN es una entidad no partidista. Ha sido
clasificada bajo el status A, de la UNESCO, y
tiene carácter consultivo de Las Naciones Unidas.
Su participación está abierta a todos los escritores
que tengan obra publicada, sin distingo de clase,
religión, nacionalidad, raza o género.
Cada centro PEN es autónomo en la promoción de
organizaciones juveniles y de aquellas actividades
culturales e intelectuales que busquen propiciar
el diálogo y el encuentro a través del arte, de la
literatura y del análisis de los hechos sociales y
científicos. Realiza sus tareas dentro de cada uno de
los países de origen; organiza conferencias
y seminarios regionales y mantiene vínculos con
los demás centros a través de la sede central que
funciona en Londres.
4
The role of the word • El papel de la palabra • La part de la parole
El PEN Internacional fue fundado en Inglaterra
en 1921, bajo la presidencia de John Galsworthy.
Entre sus constituyentes estuvieron Joseph Conrad,
George Bernard Shaw y H.G. Wells. En poco
tiempo la organización se extendió por el resto
de Europa y escritores de la talla de Anatole France,
Paul Valéry, Thomas Mann, Benedetto Croce y Karel
Capek contribuyeron a fecundar su legado.
Un número plural de sus miembros ha sido
galardonado con el Premio Nóbel de Literatura,
con el Premio Cervantes, con el Premio Príncipe
de Asturias, así como también ha recibido otras
distinciones nacionales e internacionales de
importancia. Entre sus presidentes se recuerda
a Alberto Moravia, a Heinrich Böll, a Arthur Miller,
a Pierre Emmanuel, a Mario Vargas Llosa, a Homero
Aridjis. Entre sus vicepresidentes actuales, elegidos
por sus servicios a la literatura, se cuentan J.M.
Coetze, Toni Morrison, Nadine Gordimer, Margaret
Atwood. Entre los vicepresidentes elegidos por sus
servicios a la Organización se encuentran tres
escritoras de las Américas, Joanne L. Ackerman,
Gloria Guardia y Lucina Kathmann.
La Asamblea de Delegados se reúne anualmente
durante el Congreso Mundial en diferentes ciudades
del mundo. Durante estos congresos sesionan los
comités que integran la organización: El Comité
de Escritores en Prisión, uno de los más activos
por la cantidad de casos que se dan en el mundo
de censura y persecución de escritores y periodistas.
El Comité de Derechos Lingüísticos y de Traducción;
el Comité de Escritoras, que apoya la inserción de
la mujer en el mundo de las letras, en los países
en donde se requiere esta acción y denuncia las
violaciones de sus derechos; el Comité de Escritores
en el Exilio y el Comité de la Paz, que promueve la
reflexión de cómo el uso irresponsable de la lengua
fomenta la violencia; de cómo el lenguaje produce
y consolida prejuicios étnicos o de género, y desata
pasiones que desencadenan y mantienen conflictos
internos e internacionales.
5
The role of the word • El papel de la palabra • La part de la parole
Desde 1921 hasta 1998 las lenguas de trabajo
del PEN fueron el inglés y el francés. A partir
del Congreso de Helsinki, en el año de 1998,
se enmendaron los estatutos y quedó consagrado
el español como una de las tres lenguas de trabajo
del PEN por acción de la delegación de Colombia
integrada por Cecilia Balcázar y Gloria Guardia.
Los escritores hablantes de español pueden así
participar en la Organización y conocer
directamente los servicios y el amparo de derechos
que el PEN ofrece a todos sus miembros.


24
• Iris Helena Fiori.
• Sara Beatriz Venegas.
• Víctor Sahiuatoba.
• Martha Cerda.
• Judith Rodríguez.
• Lucina Kathman.
• Antonio Della Roca.
27


[1] Término empleado por A. Berque
[2] Terminología heideggeriana
[3]  Subtítulo que le di a mi libro  «L’énergie du désespoir» (PUF, 1988)
[4] Expresión de Martin Rueff en el subtítulo de su libro « Différence et identité », Hermann, 2009.
[5] Terme usité par A. Berque
[6] Terminologie heideggérienne
[7] C’est le sous-titre que je donnai au volume « L’énergie du désespoir » (PUF, 19  )
[8] Expression de Martin Rueff en sous-titre de son livre « Différence et identité », Hermann, 2009.
[9] Word used by A. Berque
[10] A Heideggerian terminology
[11] Quote from Baudelaire’s Fleurs du mal
[12] It is the subtitle of my book L’énergie du désespoir (PUF, 1998)
[13] The subtitle to Difference et identité, by Martin Rueff, Hermann, 2009
[14] By reference to La dévastation et l’attente, by M. Heidegger, the translation in French of Abendgespräch, Gallimard, 2006   
* Directora de la Biblioteca Luis Ángel Arango del Banco de la República, Bogotá, Colombia.
[15] El artículo no aborda el análisis de la poesía escrita por mujeres.  Algunas de ellas son  miembros del PEN de Colombia tales como las académicas Maruja Vieira, Dora Castellanos y Cecilia Balcázar.  Además, pertenecen al PEN  Anabel Torres, Carmiña Navia, Leonor Carrasquilla, Luisa Ballesteros, Luz Giraldo, Olga Helena Matei y Renata Durán.  Mención especial en la poesía colombiana merece la poeta y académica  Meira del Mar.  Tampoco se trata el tema de las periodistas entre quienes se destaca María Teresa Herrán, miembro del PEN de Colombia.
Aunque no se clasifica dentro de la literatura colombiana,  cabe mencionar aquí el nombre de la escritora panameña Gloria Guardia, residente en Bogotá, miembro del PEN de Colombia y ganadora del premio Bogotá, ciudad que sueña, 1997


[i]  The data cited in this article proceed mostly from the Observatorio del Conflicto Armado of the Corporación Arco Iris, and from the office of the Alto Comisionado de Paz of the Unidad de Justicia y Paz of the Fiscalía General de la Nación, and the Ministerio de la Defensa.
  


___________________________________________________________________________________

[1]  The data cited in this article proceed mostly from the Observatorio del Conflicto Armado of the Corporación Arco Iris, and from the office of the Alto Comisionado de Paz of the Unidad de Justicia y Paz of the Fiscalía General de la Nación, and the Ministerio de la Defensa.


[1]  The data cited in this article proceed mostly from the Observatorio del Conflicto Armado of the Corporación Arco Iris, and from the office of the Alto Comisionado de Paz of the Unidad de Justicia y Paz of the Fiscalía General de la Nación, and the Ministerio de la Defensa.
[1]  The data cited in this article proceed mostly from the Observatorio del Conflicto Armado of the Corporación Arco Iris, and from the office of the Alto Comisionado de Paz of the Unidad de Justicia y Paz of the Fiscalía General de la Nación, and the Ministerio de la Defensa.